SUD Éduc 93 : « nous méritons mieux que des outils syndicaux verrouillés, des exclusions et des calomnies »
Tue, 21 Apr 2026 16:39:35 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalLe 9 avril, la justice a invalidé le congrès de SUD Éducation 93, suite à la plainte d'adhérents exclus du syndicat. Nous relayons ci-dessous leur communiqué revendiquant une victoire face à la violation des statuts et dénonçant les pratiques antidémocratiques de la direction du syndicat.

Procès de SUD Educ 93. Victoire pour un syndicalisme antiraciste et autogestionnaire
Le 9 avril 2026, la décision rendue en première instance a invalidé le Congrès de juin 2025, au motif qu'il avait violé nos règles démocratiques et nos statuts. Nous relayons ci-dessous le communiqué dénonçant les pratiques antidémocratiques de la direction autoproclamée et appelant à reconstruire un syndicat démocratique et autogestionnaire.
Blog médiapart : Des adhérent.e.s de SUD éducation 93 et leurs soutiens
En septembre 2025, 13 adhérent·es ont assigné en justice notre syndicat, SUD éducation 93. Cette procédure est la conséquence d'un coup de force effectué à la suite du dernier congrès de juin 2025 qui depuis désorganise et paralyse notre syndicat. Après 3 reports, la décision de justice en première instance a été rendue le 9 avril dernier. Son verdict est très clair : nos règles démocratiques et nos statuts n'ont pas été respectées, le texte « S'autoriser à expérimenter » qui a été présenté aux adhérent·es est hors statut et les décisions prises lors du congrès de juin 2025 sont invalidées, avec exécution provisoire.
Ce congrès extraordinaire de juin 2025 a abouti à l'exclusion, de fait, des espaces syndicaux, d'au moins 70 adhérent·es et au départ de nombreux·es autres. Le projet de la direction du syndicat était de dissoudre la commission antiraciste et de purger les militant·es critiques de son orientation, en particulier celleux issu·es des minorités. Dans un texte intitulé « Pistes de réflexions pour un scénario de séparation », la direction assumait ouvertement ce congrès de purge, en écrivant que « les personnes signataires des textes minoritaires seraient radiées du syndicat ».
N'ayant pas obtenu la majorité des deux tiers requise par les statuts, la direction est passée outre pour exclure de fait toute une frange de l'organisation et supprimer de nombreux espaces de discussion du syndicat (comme les AG départementales, les commissions antiraciste, LGBTQIA+, antisexiste et 1er degré, les canaux de discussion internes comme les listes mails, notamment « vie interne »...). C'est une offensive menée contre les 43 % des adhérent·es présent·es au congrès et qui s'y sont opposé·es (soit 66 voix contre, et 89 voix pour).
Depuis ce congrès, les AG départementales ont été remplacées par sept AG de secteurs, supposées garantir "un ancrage local" mais divisant ainsi les espaces militants. Largement dysfonctionnelles, ces AG ont été contraintes de réunir plusieurs secteurs pour rassembler suffisamment d'adhérent·es. Par ailleurs, un nouveau "Conseil Syndical Départemental" au fonctionnement opaque, où seul·es les mandaté·es ont le droit de parole et de vote, s'est imposé comme le principal organe décisionnaire, s'éloignant de nos principes autogestionnaires afin d'adopter un mode de fonctionnement vertical. Dans l'ensemble de ces espaces, les ordres du jour sont rarement communiqués en amont et les décisions prises ne reflètent pas toujours les discussions réellement menées. Au sein du premier degré, aucun travail syndical n'a été effectué. Ainsi, lorsque la DSDEN 93 a annoncé 296 fermetures de classe pour la carte scolaire 2026, le siège de SUD éducation 93 au CSA-SD était vide. Enfin, les textes et communiqués que nous avons envoyés aux permanencièr·es au nom du droit d'expression des minorités n'ont jamais été diffusés.
Depuis plusieurs années maintenant, la commission antiraciste est désignée comme responsable de tous les maux, jusqu'à en exclure ses membres. Pire encore, le syndicat n'a pas hésité, par la voix de son avocat, Maître Slim Ben Achour, à reprendre les éléments de langage de nos ennemis, en osant affirmer dans sa plaidoirie que « depuis l'épisode Blanquer, on peut voir des cerbères devant les salles de réunion qui se permettent de décider qui est racisé et qui peut exclure des gens » ou encore quela non-mixité « vise à imposer une vision du monde qui heurte, qui ne respecte pas nos méta-principes » en rajoutant que « c'est une violation flagrante de notre façon de vivre dans ce pays ». Cela révèle une trahison de l'histoire, des valeurs et des principes de notre organisation. Nous dénonçons avec force et détermination le financement de cette plaidoirie abjecte par les cotisations syndicales des adhérent-es.
Par ailleurs, ce n'est pas la première fois que notre syndicat est attaqué pour ses pratiques antiracistes. Jean-Michel Blanquer, puis six parlementaires LR avaient tenté de dissoudre le syndicat après une polémique lancée par l'extrême-droite contre l'organisation de stages antiracistes et la pratique de la non-mixité. Aujourd'hui, c'est de l'intérieur que notre syndicat est attaqué pour ses pratiques antiracistes.
Malgré l'invalidation du congrès par la justice, la direction du syndicat a publié ce vendredi 10 avril un communiqué dans lequel, non seulement, elle ne répond en rien aux motivations du jugement concernant ses pratiques anti-statutaires, mais reprend globalement les mêmes arguments que dans sa plaidoirie. Contrairement au récit présenté dans ce communiqué, il n'y a aucune tentative de déstabilisation qui proviendrait de Révolution Permanente. Parmi les exclu·es du syndicat, les militant.es de Révolution Permanente n'étaient que 4 sur les 66 votant.es contre « l'expérimentation » anti-statutaire, tandis qu'aucun ne figurait dans les assignateur·trices. Ce qui gêne la direction est plutôt le fait que ses pratiques anti-démocratiques soient rendues publiques. Il s'agit, de fait, d'agiter un nouvel épouvantail pour éviter de se justifier sur le fond. La direction du syndicat continue d'attaquer les pratiques de non-mixité, à tel point que ce même communiqué a été relayé, tel quel, par un média d'extrême droite : FdeSouche.
Avec ces calomnies, la direction de SUD éducation 93 cherche à dissimuler ses pratiques bureaucratiques. En effet, elle a choisi une période primordiale aux discussions sur l'avenir de notre syndicat pour lancer des procédures anti-statutaires de suspension puis d'exclusion de plusieurs assignateur·ices ou membres de la commission antiraciste. La direction du syndicat a également demandé à faire retirer ces adhérent·es des listes de diffusion fédérales et locales. Nous ne reconnaissons pas ces suspensions en violation manifeste des statuts.
Malgré la notification de la décision de justice ce mardi 14 avril 2026, la direction du syndicat continue de vouloir entériner définitivement son fonctionnement actuel contraire à nos valeurs démocratiques et autogestionnaires.
Face à ces méthodes anti-démocratiques brutales, nous nous retrouverons en Assemblée Générale départementale le mercredi 6 mai 2026. Pour nous, ce revers juridique pour la direction de SUD éducation 93 est un premier pas afin de reconstruire un syndicat démocratique, autogestionnaire, attaché à la lutte antiraciste et contre toutes les oppressions, faire un bilan des derniers mois, commencer le travail de réparation, rétablir un fonctionnement autogestionnaire et réorganiser nos outils en conformité avec nos statuts.
Plus que jamais, nous considérons nécessaire de porter à la connaissance de l'ensemble des adhérent·es du syndicat et de la Fédération notre démarche. Les travailleur·euses, les élèves et leurs familles méritent mieux que des outils syndicaux verrouillés par le haut, des exclusions et des calomnies.
Des adhérent·es de SUD éducation 93, parmi lesquel·les : des assignateur·ices, des signataires de la pétition pour la défense de la démocratie syndicale, des membres des comissions premier degré, antiraciste, antisexiste et anti-LGBTphobies et des nouvelles·aux adhérent·es choqué·es de ce fonctionnement.