Violences au lycée Jules Guesde de Montpellier : lycéens et enseignants dénoncent l'instrumentalisation répressive
Fri, 17 Apr 2026 16:44:28 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalAprès l'altercation entre un lycéen et un enseignant au lycée Jules Guesde vendredi 10 avril, les lycéens se sont rassemblés devant leur lycée ce mardi. Ils dénoncent les discours de l'extrême droite et les appels à durcir la discipline, qui ne font qu'alimenter les violences en milieu scolaire.

« Stop aux violences en milieu scolaire » peut-on lire sur la pancarte d'un lycéen présent devant le lycée montpelliérain Jules Guesde, mardi 14 avril. Quatre jours après l'altercation violente entre un enseignant et un élève, et la campagne médiatique réactionnaire et raciste menée par l'extrême droite qui s'en est suivie, les élèves du lycée Jules Guesde se sont mobilisés en bloquant leur lycée pour faire entendre un autre discours.
Cette campagne médiatique faisait suite à la publication, vendredi 10 avril, sur les réseaux sociaux de vidéos de l'altercation en question. D'après les informations disponibles, des élèves attendaient leur cours dans le couloir, ce qui avait été interdit quelques semaines auparavant par la direction. Un enseignant a voulu prendre l'identité d'un élève, d'abord en lui demandant sa carte scolaire puis en tentant de le filmer avec son téléphone. L'élève a repoussé le téléphone et l'enseignant l'a alors giflé violemment. La situation s'est emballée : deux élèves répondent en frappant à leur tour l'enseignant, mis au sol, avant que d'autres élèves ne les séparent. L'élève, comme l'enseignant, ont depuis été suspendus. L'enseignant, tout en déclarant regretter son geste dans les médias, a pourtant déposé plainte pour « vol avec violence en réunion dans un établissement scolaire. »
L'extrême droite et le SNALC s'emparent de la polémique pour criminaliser la jeunesse
Face à cette situation, les médias d'extrême droite, comme CNEWS, se sont rapidement saisis de la vidéo pour avancer leur agenda raciste et osent ainsi scandaleusement justifier la gifle de l'enseignant en parlant d'un « réflexe de chaque adulte » et en normalisant « l'envie de les gifler ».
Le représentant du SNALC, syndicat connu pour ses positions très à droite a immédiatement instrumentalisé l'affaire pour défendre une logique proche de celle de l'extrême droite. Interviewé par Sud Radio, le président montpelliérain du syndicat, Karim El Ouardi parle d'élèves qui refusent de « décliner leur identité », qui « refusent d'obtempérer » face à des « agents dépositaires de l'autorité publique », reprenant ainsi une rhétorique policière. Après avoir affirmé, cette fois-ci sur CNews, que « rien ne justifie qu'on touche à un agent public dépositaire de l'autorité publique », il parle d'élèves « qui souhaitent en découdre avec la direction de cet établissement ».
Au-delà de l'extrême droite, on a pu observer parmi les syndicats professionnels un soutien inconditionnel à l'enseignant : la CGT Educ'action 34 a par exemple « exprimé tout son soutien au collègue concerné par cet acte inadmissible alors qu'il a suivi les consignes et préconisations de la direction de son établissement », oubliant de mentionner la gifle. De fait, le soutien inconditionnel à l'enseignant invisibilise et normalise la violence subie par les lycéens et oppose les personnels de l'éducation aux élèves. Il s'agit pourtant de questionner les causes qui engendrent de telles violences à l'école. Le point de départ de l'altercation est ici lié à un cadre disciplinaire qui, loin d'empêcher les comportements violents, semble au contraire les provoquer.
« Ce n'est pas une guerre d'élèves contre les profs » : les lycéens et les enseignants du lycée dénoncent l'instrumentalisation et pointent les conséquences de la dégradation de l'école
Les lycéens ont ainsi dénoncé dans Libération cette instrumentalisation et la partialité des discours qui « ont tout de suite donné raison au prof et diabolisé les élèves », rappelant que c'est l'enseignant qui avait initié l'altercation par une gifle. Ils pointent également la dégradation des conditions d'études du fait des décisions restrictives prises par la direction. Dans leur communiqué, rédigé en commun avec des lycéens d'autres établissements montpelliérains, ils interrogent les causes des violences et reviennent sur le manque de moyens dans l'éducation. Ils ajoutent : « Nous, lycéens, ne pouvons qu'apporter notre soutien à nos enseignants qui souffrent, eux aussi, de ce système scolaire écrasant ».
Pour dénoncer la banalisation des discours racistes et exprimer leur soutien aux élèves visés, les lycéens se sont mobilisés en organisant un blocage mardi matin . « Les médias ont parlé de l'incident de façon erronée, ils ont remis la faute sur l'élève. Alors que ce n'est pas une guerre d'élèves contre les profs » explique une élève du lycée auprès d'Hérault tribune. Les élèves font aussi le lien entre ces violences et l'austérité et dénonce les 4000 postes d'enseignants et la dégradation des conditions de travail des personnels et des élèves dans la continuité de la forte mobilisation lycéenne de ces dernières semaines en France et notamment à Marseille.
Dans une tribune, des enseignants en lycée, dénoncent eux aussi « une crise qui résulte des failles d'un système qui engendre la violence par ses insuffisances et incohérences », le manque d'espaces de vie scolaire et de travail, de cafétéria, d'accès à l'extérieur. « Ces manques sont aujourd'hui une atteinte à la dignité et au respect que nous devons aux élèves. Aujourd'hui, aux yeux de certains d'entre eux, nous sommes l'incarnation de l'autoritarisme et de l'impunité alors que chacun de nous met son énergie pour maintenir un cadre propice à leur réussite. Nous comblons, nous compensons, nous pallions des conditions matérielles indignes mais aussi une anxiété généralisée produite par un système quand il ne regarde plus que les performances à moindre coût. » Ils ont déposé un préavis de grève pour la période du 4 au 7 mai avec un rassemblement prévu lundi 4 mai à 8h, avant une manifestation en direction du rectorat. Les parents d'élèves de la FCPE ainsi que les représentants du Conseil de la Vie Lycéenne (CVL) ont annoncé leur participation à ce mouvement.
Lutter contre la répression et la discipline en alliance avec les élèves
Alors que de premières réaction syndicales, y compris celle de la CGT Educ'Action 34, sont marquées par une conception corporatiste, qui affiche un soutien à l'enseignant sans poser la question des élèves, la réaction des lycéens et des enseignants concernés insiste sur les causes communes et structurelles des souffrances des élèves comme des personnels.
De fait, l'événement apparaît en effet comme le symptôme d'une tendance au renforcement des dispositifs et des pratiques autoritaires et disciplinaires à l'école, qui va de pair avec la diminution des moyens. Non seulement le dernier budget Lecornu a attaqué le budget de l'éducation pour financer la hausse du budget de l'armée, mais les conséquences de cette baisse des moyens sur le cadre de vie et les pratiques des enseignants se traduisent par un durcissement autoritaire des conditions d'étude des lycéens malgré l'opposition à ces pratiques répressives qui peut exister chez les personnels. Le lycée Jules Guesdes est loin d'être le seul établissement où les élèves ne peuvent même plus attendre leur professeur dans les couloirs – sans parler des très nombreux établissements où les toilettes sont fermées hors des récréations, où les élèves doivent passer des portiques de sécurité ou ont interdiction de manger dans la cour.
Le recours à des réponses de plus en plus autoritaires s'inscrit dans un contexte où le contrôle de la jeunesse comme des travailleurs devient en effet une priorité croissante pour le gouvernement - qu'il s'agisse de faire accepter des politiques d'austérité, la dégradation des conditions de vie et de travail, ou encore les guerres à venir. Sans surprise, le blocus mis en place par des élèves du lycée Jules Guesdes mardi matin « pour dénoncer toutes les violences dans le milieu scolaire » a été lui-même réprimé, avec l'intervention de la police dès 9h30.
Face aux tentatives de la droite et de l'extrême droite pour instrumentaliser les violences à l'école et à rebours des réactions corporatistes qui ne font que nous diviser, il est nécessaire de dénoncer l'autoritarisme et la répression qui ne font qu'accentuer le problème. En plus d'exiger des moyens pour l'école, mais aussi pour tous les services publics, nous devons faire front commun contre les discours racistes des médias d'extrême droite et refuser les tentatives d'opposer enseignants et élèves. Alors que l'Éducation nationale est aujourd'hui en première ligne, nous avons au contraire des intérêts communs à défendre, avec nos élèves et leurs familles, contre des politiques qui visent à nous faire payer la crise des classes dominantes françaises et leurs conséquences.