Répression : la préfecture interdit les manifestations anti-nucléaires prévues ce week-end près de Bure
Fri, 17 Apr 2026 16:10:08 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalLe préfet de la Meuse vient d'interdire tout rassemblement entre vendredi 17 et dimanche 19 avril dans 8 communes du département. Une offensive répressive qui vise le week-end de mobilisation organisé contre l'avancée de l'enquête publique de Cigéo et l'expulsion de la gare de Luméville-en-Ornois.

Le préfet de la Meuse Xavier Delarue vient de promulguer un arrêté préfectoral, interdisant « toutes manifestations ou rassemblements à caractères revendicatifs » jusqu'à dimanche 19 avril à 22h dans 8 communes aux alentours du projet d'enfouissement des déchets nucléaires Cigéo : Ribeaucourt, Houdelaincourt, Abainville, Gondrecourt-le-Château, Bonnet, Horville-en-Ornois, Mandres-en-Barrois, Bure et Chassey-Beaupré. Un second arrêté interdit spécifiquement « la circulation de piétons et automobilistes » à proximité du Bois Lejuc, terrain clef pour le projet Cigéo qui avait fait l'objet de plusieurs occupations par le passé.
L'arrêté vise explicitement à réprimer la mobilisation anti-nucléaire prévue ce week-end dans plusieurs de ces communes. Pour rappel, l'État français avance depuis des décennies un projet pharaonique d'enfouissement de déchets radioactifs à Bure et dans ses environs. Un scandale sanitaire et une politique écocide qui servira de caution pour poursuivre indéfiniment l'industrie nucléaire. En plus de polluer les sous-sols de la région pour une durée indéterminée, le projet s'attaque tout particulièrement aux paysans locaux, expropriés de force par l'Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (ANDRA) afin d'étendre le périmètre du projet Cigéo.
Pour y faire face, les opposants au projet organisent du 17 au 19 avril « un week-end de résistance et de célébration », notamment marqué par les Journées internationales des luttes paysannes à Mandres-en-Barrois. Cette mobilisation vise aussi à dénoncer l'annonce récente d'une accélération du calendrier du projet CIGEO, dont l'enquête publique est avancée au mois de mai, et à s'opposer à l'expulsion prochaine des occupants de la gare désaffectée de Luméville-en-Ornois, récemment expropriée par l'État et dont l'expulsion a été ordonnée par la justice le 23 mars dernier.
Comme c'est de coutume, l'arrêté tombe au dernier moment, afin de saboter les possibilités des organisateurs de le contester. Le préfet prétend répondre aux risques de violences des manifestants, pourtant, comme le collectif Burepartout l'explique très justement dans un communiqué : « La violence qui est constamment mise sous silence, c'est bien celle exercée par l'Andra (Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs) et la préfecture. C'est la violence subie par tous les agriculteurs et agricultrices à qui on a volé leurs terres… Alors n'en déplaise au préfet, il y aura toujours des personnes qui auront le courage de résister à la violence et c'est ce courage que l'on célébrera à l'ancienne gare de Luméville-en-Ornois ce week-end, mais aussi dans le village de Mandres-en-Barrois où les luttes paysannes et rurales seront à l'honneur ».
Le préfet a affirmé que « la participation à un tel rassemblement constituera une infraction et exposera ses auteurs à des poursuites pénales ». Une déclaration qui vise à la fois à décourager les soutiens du mouvement de se rendre aux différentes mobilisations du week-end, mais aussi à préparer le terrain à une intervention brutale des forces de l'ordre. En septembre dernier, la « Manif du futur » de Bure avait donné lieu à un déploiement sans précédent de blindés de la gendarmerie et à un déluge de lacrymogènes sur les manifestants. Des images qui rappelaient d'autres cas de répression brutale des mobilisations paysannes et écologistes ces dernières années, comme lors des manifestations de Sainte-Soline, ou, quelques années avant, contre les ZAD de Notre-Dame-des-Landes et Sivens, causant notamment la mort du militant Rémi Fraisse.
La répression violente qui s'annonce n'est que la poursuite de la criminalisation permanente que subissent les militants écologistes engagés contre Cigéo. Face aux moyens policiers et judiciaires massifs que déploie l'État pour mettre fin à la lutte contre ses projets écocides, il est urgent de construire un front de solidarité le plus large possible, incluant aussi bien les militants écologistes que les habitants de la région, et dans lequel le mouvement ouvrier a un rôle central à jouer.
Ancienne Gare de Luméville-en-Ornois, occupée par des militants anti-Cigéo. Crédits photo : Wikimedia Commons.