« Encadrement » des marges : un écran de fumée pour préserver les profits des patrons et de Total
Wed, 15 Apr 2026 20:55:54 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalLe gouvernement Lecornu a rendu public ce lundi 13 avril un projet d'encadrement des marges des distributeurs d'hydrocarbure. Une mesure cosmétique qui sert à dissimuler la responsabilité centrale des raffineurs comme Total, et qui a provoqué une levée de bouclier du patronat de la grande distribution.

Le gouvernement de Sébastien Lecornu a rendu public, ce lundi 13 avril, un projet de décret visant à encadrer les marges des stations-services jusqu'au 31 août. Attaqué dans ses intérêts, le patronat des géants de la grande distribution (Carrefour, Auchan, Intermarché, Leclerc et Coopérative U) est immédiatement monté au créneau, affirmant sur de nombreux plateaux télé que le projet serait « injuste, inapplicable et illégal ».
Le projet, dont les détails nous sont pour le moment inconnus, semble pourtant particulièrement limité, puisqu'il s'agit d'un simple encadrement, visant à « éviter les effets d'aubaine ». Les marges ne pourraient dépasser les niveaux de janvier et février. Or, l'augmentation du prix à la pompe ces derniers mois n'est pas le fruit d'une augmentation des marges des distributeurs. Comme le rapporte France Info, en février dernier, le gazole était à 1,70€/litre et la marge distributeur à 28 centimes, contre 2,31€/litre pour 27 centimes de marge aujourd'hui. Des chiffres similaires sont avancés par RMC, qui fait l'état de marges à 30 centimes par litre, contre entre 22 et 25 centimes l'année dernière en moyenne.
Dans les faits, la mesure aura donc une implication minime sur les marges réalisées par les grands distributeurs, et encore plus minime sur le prix à la pompe, objectif pourtant annoncé par le gouvernement. Les protestations des distributeurs, qui prétendent faire seulement « 1, 2, 3 centimes de marges », en sont d'autant plus hypocrites. Si ce ne sont pas les patrons qui ont le plus profité de la guerre au Moyen-Orient, ce n'en restent pas moins des capitalistes qui continuent d'engranger des profits sur chaque litre d'essence acheté par les travailleurs français. Et le gouvernement se garde bien de vouloir réellement attaquer ces bénéfices : face à cette levée de boucliers, il s'est empressé de temporiser, affirmant que la décision « n'est pas tranchée ».
Dans diverses déclarations, les porte-paroles du grand patronat exhortent l'État à annuler le projet et à y substituer une baisse de la TVA ou une suppression temporaire des certificats d'économies d'énergie, destinés à la transition énergétique. En ce sens, Laurent Wauquiez, président des députés Républicains, dénonçait déjà début avril le « surplus » de recettes réalisé par l'État et invitait le gouvernement à une « baisse de taxes ». Même son de cloche chez Marine Le Pen, qui dénonçait les « mensonges » du gouvernement et déclarait que « l'État [ne devait pas] profiter de la crise ».
Quoi qu'il en soit, ces solutions mettent systématiquement sous le tapis les responsabilités des différentes parties prenantes, et tout particulièrement Total, principal responsable de l'explosion des prix du carburant. Ce dernier, qui dispose d'une position dominante à toutes les étapes du processus de production, de l'extraction à la distribution, en passant par l'acheminement et le raffinage, est le vrai responsable central de la hausse vertigineuse des prix du carburant dans l'hexagone. Les réponses envisagées par le gouvernement et les différents secteurs du patronat visent en dernière instance à protéger les profits réalisés par la multinationale, tout en continuant de faire payer l'essentiel de la crise aux classes populaires et aux travailleurs.
Profitant de la guerre au Moyen-Orient et des craintes qu'elle suscite, Total,peu impacté par la situation internationale actuelle du fait de sa faible implantation dans le Golfe persique, a calqué ses prix sur celui des entreprises plus impactées, faisant ainsi exploser ses marges. De plus, elle multiplie les opérations spéculatives, comme elle l'a fait pour plus d'un milliard de dollars il y a quelques semaines afin d'organiser volontairement la rareté pour accroître encore l'ensemble des prix du marché. Grâce à ces opérations, le prix des hydrocarbures vendus par Total a explosé, alors que leurs coûts de production ont relativement stagné. Autrement dit, l'entreprise réalise une hausse record de ses profits, qu'elle vient directement prendre, via diverses manœuvres spéculatives et financières, dans les poches des classes populaires.
Face à cette situation, le projet de décret du gouvernement est un écran de fumée et la levée de boucliers des grands patrons de la distribution témoigne de leur volonté à défendre chaque miette de profit réalisées sur le dos des travailleurs. Pour arracher de véritables baisses des prix des hydrocarbures nous n'avons rien à attendre des mesurettes du gouvernement, ni du dialogue avec un patronat qui hurle au scandale pour le moindre centime de profit en moins. De façon similaire à la mobilisation en Irlande, qui est parvenue à obtenir des victoires partielles face à l'explosion des prix liée à la guerre au Moyen-Orient, seul un mouvement des travailleurs organisés peut permettre d'obtenir la baisse et le blocage des prix du carburant, le tout en s'attaquant directement aux profits de ceux qui exploitent la guerre pour leurs intérêts.
Dans ce sens, il est fondamental de suivre avec attention et d'apporter un maximum de force au mouvement de grève débuté ce mardi 14 avril dans plusieurs raffineries françaises, qui exige non seulement la hausse des salaires, mais aussi un plafonnement du prix du carburant à 1.50€ le litre.
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