Irlande : la mobilisation contre la hausse du prix des carburants fait plier le gouvernement
Wed, 15 Apr 2026 20:41:59 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalDimanche dernier, après presque une semaine de mobilisations contre le coût de l'énergie, le pays a frôlé la paralysie. Malgré ses limites, ce mouvement social à la composition hétérogène, que l'extrême droite a tenté en vain de récupérer, a obtenu une victoire partielle qui démontre qu'il est possible de faire reculer les classes dominantes.

Depuis quasiment une semaine, un mouvement composé notamment de secteurs du petit patronat s'est mobilisé contre l'explosion des prix du carburant, bloquant des lieux de production stratégique. Ce dimanche 12 avril, le gouvernement de coalition Fine Gael-Fianna Fail a fini par céder en annonçant la prolongation des exemptions de taxes sur les carburants et le décalage de la hausse de la taxe carbone, qui devait entrer en vigueur le 1er mai. Une première victoire partielle, qui ne répond pas aux demandes de plafonnement mais est tout de même significative. Pendant ce temps, en conséquence de la guerre impérialiste en Iran et les perturbations dans le détroit d'Ormuz, la crise des carburants se poursuit. En Irlande, le prix du gazole a augmenté d'au moins 25% en un mois, passant à 2,17 euros le litre.
Toute la semaine, de nombreux blocages ont eu lieu, notamment devant l'unique raffinerie d'Irlande, et aux terminaux de pétroliers. Les blocages ont notamment visé les ports de Foynes, sur la plus grande rivière irlandaise, et de Whitegate, où se trouve la raffinerie et où passe un tiers du carburant. Résultat : des centaines de stations d'essence ont été à sec, entraînant l'arrêt des transports à l'école et mettant sous tension les services ambulanciers et de pompiers. Ce sont notamment les transporteurs routiers et les agriculteurs qui ont été au cœur de la mobilisation, entraînant également des petits commerçants et des secteurs du mouvement ouvrier, par exemple des travailleurs agricoles et des chauffeurs de bus.
Mais ce mouvement, au caractère social composite, avec une partie importante du petit patronat, a d'emblée été largement investi par l'extrême droite qui tente de récupérer la colère sociale. Alors que les manifestants se coordonnent largement sur les réseaux sociaux, les pages les plus réactionnaires ont relayé les appels à se mobiliser. Plusieurs figures publiques ont affiché ouvertement leur soutien au mouvement, comme le militant identitaire Tommy Robinson en Angleterre ou le joueur de MMA Connor McGregor, fervent soutien de Trump. Des figures de l'extrême droite irlandaise, ont tenté de diriger l'indignation des manifestants contre les immigrés, à l'image du conseiller départemental Tom McDonnell qui a exigé que le gouvernement ferme des centres d'accueil pour immigrés pour redistribuer l'argent aux agriculteurs.
Comme pour la mobilisation des Gilets jaunes en France, cette tentative de récupération est rendue possible par la passivité des organisation du mouvement ouvrier. L'espace laissé à l'extrême droite est le résultat d'une désertion de la mobilisation par les directions syndicales, qui auraient pu diriger la colère populaire contre les multinationales qui continuent d'engranger les profits, en plus de cibler le gouvernement qui entend faire payer la crise aux travailleurs.
Il est possible de faire plier les classes dominantes
Face à la crise, le gouvernement a même déployé l'armée pour tenter de déloger et intimider les manifestants bloquant des axes routiers, tout en diabolisant la mobilisation. Une décision qui a suscité une vive critique des forces d'opposition et a fragilisé le gouvernement, qui a du faire face à une motion de censure. Si celle-ci n'a pas été adoptée, le ministre de l'Agriculture a tout de même annoncé sa démission, signe que le mouvement a fragilisé le gouvernement.
Si le gouvernement a fini par reculer, la victoire reste relative : le prix ne baisse finalement que de 7 centimes sans revenir au prix original, et la hausse de la taxe carbone devrait quand même prendre effet en quelques mois. Il s'agit d'un recul tactique de la part du régime pour temporiser et répondre à la colère sociale, pendant que l'inflation se poursuit.
Cependant, la mobilisation incarne malgré ses limites et l'absence du mouvement ouvrier organisé une première réponse contre les coûts de la guerre, qui pèsent lourdement sur les classes populaires dans le monde entier. Au Moyen-Orient, la guerre à déjà fait des milliers de morts en Iran et au Liban, les bombardements ont frappé des écoles, des appartements, des hôpitaux… A l'échelle mondiale, l'impact passe par la hausse des prix du pétrole et du gaz, attisant l'inflation, la baisse du pouvoir d'achat et la dégradation des conditions de vie. La réaction irlandaise montre que cette guerre se déplace sur le terrain social, avec une répression à craindre alors que les gouvernements disposent de marges budgétaires limitées pour contenir les mobilisations. A l'heure où cette colère se fait entendre de tous bords, les organisations du mouvement ouvrier doivent se positionner pour accompagner et soutenir les travailleurs contre l'explosion des prix, et ne pas laisser cette question à l'extrême droite.
Crédits photo : Capture d'écran Youtube Sky News.