Retour

Rapport 2026 sur Parcoursup et Mon Master : la machine à tri social accélère chaque année

Wed, 15 Apr 2026 14:58:44 CEST

Révolution Permanente

Ouvrir l'original

Le dernier rapport du Comité éthique de Parcoursup et Mon Master confirme une réalité brutale : de la licence au master, la sélection s'intensifie, excluant chaque année davantage d'étudiants. Un processus vise à adapter toujours davantage l'université publique aux intérêts du patronat, que le rapport propose d'intensifier.

Le rapport du comité éthique et scientifique de Parcoursup et Mon Master, commandé par le ministère de l'Enseignement Supérieur et publié ce lundi 13 avril, dresse un constat sans appel : la sélection s'installe durablement à tous les niveaux de l'université. Derrière l'opacité technocratique de ces plateformes, elles servent depuis 8 ans à organiser l'enseignement supérieur comme une machine à trier.

Alors que les licences d'université étaient historiquement présentées comme accessibles à tous les bacheliers, cette réalité appartient de plus en plus au passé. Entre 2020 et 2025, les parcours sélectifs ont fortement augmenté, représentant aujourd'hui 10 % des places en licence, soit 4 400 places supplémentaires. Dans le même temps, les licences dites « non sélectives » ont perdu 7 300 places.

Mais parler de filières « non-sélectives » relève désormais de la fiction : ces formations ne sont accessibles que dans la limite de capacités d'accueil toujours plus contraintes par les coupes budgétaires. Résultat, une part croissante de jeunes est exclue dès l'entrée à l'université.

L'exemple de l'Île-de-France est particulièrement révélateur : malgré son fort taux d'admission général, un lycéen y a deux fois plus de chance de se retrouver sans aucun vœu validé sur Parcoursup. La cause selon le rapport ? Il y aurait trop peu de formations professionnalisantes pouvant accueillir les jeunes de classes populaires de la région. Une façon peu discrète de contourner l'évidence : l'enseignement supérieur leur ferme la porte.

En master, une concurrence devenue insoutenable

Si la sélection s'accentue en licence, elle atteint son paroxysme à l'entrée en master.
Le rapport souligne une explosion des saisines, ces recours permettant théoriquement de garantir la poursuite d'études. Elles ont été multipliées par 2,25 entre 2017 et 2025. Un chiffre qui ne reflète qu'une partie du problème puisqu'il exclut tous les étudiants découragés ou non informés qui n'engagent pas cette procédure. Et parmi les rares dossiers qui aboutissent, beaucoup débouchent sur des propositions éloignées géographiquement et donc impossibles à accepter.

Dans les faits, le nombre d'étudiants sans solution après une licence a au minimum doublé depuis la mise en place de Trouve mon master, ancêtre de Mon master. À cela s'ajoute un véritable parcours du combattant administratif pour candidater. Chaque vœu implique de compiler lettres de recommandation, certifications, projets de recherche… autant d'exigences chronophages qui pèsent sur les étudiants, souvent en pleine période d'examens et alors qu'une partie croissante des étudiants est contrainte de travailler à côté de ses études.

Certaines filières illustrent particulièrement cette explosion de la concurrence. En psychologie et en droit, la situation est devenue critique. À elles seules, elles concentrent près de la moitié des saisines. En psychologie, on compte jusqu'à 28 candidats pour une seule place en master en 2025 et la moitié des étudiants en L3 sont privés de la possibilité de poursuivre leur formation. Après trois années d'études validées sous une très forte pression académique que le rapport est forcé d'admettre, des milliers d'étudiants se retrouvent ainsi brutalement mis sur le carreau.

L'alternance grande gagnante de Parcoursup et Monmaster, levier d'une université au service du patronat

Face à cette pénurie organisée, les filières qui répondent directement aux besoins du marché du travail tirent leur épingle du jeu. Le rapport met en avant le développement massif de l'apprentissage, avec un nombre de formations multiplié par cinq ces dernières années. Depuis son arrivée au pouvoir, le renforcement de l'apprentissage a été coeur du projet d'Emmanuel Macron pour l'université et la jeunesse. Il révèle une transformation profonde de l'enseignement supérieur de plus en plus calibré pour répondre aux attentes immédiates des entreprises.

La sélection et la réduction des capacités d'accueil via l'austérité sont les instruments de cette orientation menée avec soin. Elles permettent de réorienter les étudiants vers des filières jugées rentables, tout en accompagnant la privatisation de l'enseignement supérieur, et en arrosant d'aides publiques le patronat pour cette main d'oeuvre précaire et bon marché.

La restructuration des filières pour répondre aux intérêts du patronat plutôt qu'aux aspirations de la jeunesse est l'une des clés pour comprendre l'explosion des réorientations depuis la mise en place de Parcoursup, puisqu'ils ont doublé depuis 2018. Les reprises d'études elles aussi sont en constante augmentation. Cela a bien sûr tout à voir avec l'exclusion croissante des classes populaires des études supérieures. D'après une étude de l'Insee de février 2026, un jeune sur cinq a interrompu des études durant son parcours de formation. Pourtant, toutes ces interruptions ne se ressemblent pas : alors que 2 enfants de cadres sur 3 arrêtent leur formation initiale pour se réorienter, 2 enfants d'ouvriers sur 3 arrêtent définitivement les études lorsqu'ils abandonnent leur formation initiale en cours d'étude.
Désormais, un tiers des candidats Parcoursup ne sont plus des lycéens. Dans le même temps, un quart des élèves issus de bac professionnel disparaît tout simplement des radars de l'enseignement supérieur. Derrière les discours sur l'« employabilité », c'est bien une privatisation à marche forcée qui se dessine.

Des “solutions” hypocrites pour accompagner la sélection

Le ministère ne peut plus faire mine d'ignorer les résultats de plus en plus visibles des plateformes de sélection. Mais les solutions avancées par le comité d'éthique, nommé directement par le ministère, relèvent d'un cynisme assumé.

Les auteurs proposent ainsi de généraliser des tactiques déjà existantes comme d'indiquer aux étudiants, dès la licence, les faibles débouchés professionnels ou les taux de sélection en master. Pour résoudre la crise des masters de psychologie, il suffirait de s'inspirer des licences de droit qui imposent un questionnaire d'auto-évaluation avant même de candidater. Autrement dit, pousser les étudiants à s'auto-censurer. Pour leur éviter la violence d'un refus après trois ans d'études, on leur demande de renoncer eux-mêmes, seuls devant leur écran. Une manière efficace de réduire artificiellement le nombre de candidatures, tout en individualisant le problème de la sélection.

Dans la même logique, il est proposé de limiter encore davantage le nombre de candidatures possibles en master. Une mesure particulièrement honteuse quand on sait que les étudiants multiplient justement les vœux pour tenter d'échapper à la sélection. Encore pire, les masters devraient envisager de faire du « surbooking » en acceptant plus d'étudiants qu'ils n'ont de place pour anticiper les désistements.

Derrière un discours d'optimisation, l'étau se resserre autour de la jeunesse. Les choix d'orientation répondent de moins en moins à ses aspirations mais deviennent une stratégie individuelle pour survivre dans un système saturé. Un parcours qui ne relève plus, ni de l'intérêt personnel, ni de la curiosité, mais d'un chemin contraint vers les filières qui postulent à la formation de main d'œuvre pour les entreprises françaises, et pour éviter de laisser à la jeunesse le temps de réfléchir par elle-même, ce qui pourrait, par exemple, lui inspirer le rejet du génocide en Palestine dont l'État français est complice.

Parcoursup et Mon Master apparaissent de plus en plus clairement pour ce qu'ils sont, des outils de tri social. Année après année, le gouvernement perfectionne les rouages de cette machine, transformant l'accès à l'université en une compétition généralisée, où chacun est sommé d'accepter la mise en concurrence. Une logique à rebours des besoins exprimés par la jeunesse ces dernières années. Cette génération qui s'est mobilisée pour le climat, contre les oppressions, contre la présence des entreprises écocidaires ou complices du génocide dans les université. C'est cette même force qui peut mettre fin à la sélection pour ouvrir enfin les portes de l'université aux enfants d'ouvriers et des classes populaires, sans condition de nationalité et en totale gratuité.

/ / / / / / /