« Il faut construire une force sociale » : 150 personnes en assemblée avec RP et Elsa Marcel à Saint-Denis
Wed, 15 Apr 2026 20:55:43 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalÀ Saint-Denis, pour la première assemblée ouverte organisée par Révolution Permanente depuis les municipales, plus de 150 personnes étaient réunies pour échanger avec Elsa Marcel et Dorian Gonthier, fraîchement élus conseillers municipaux, sur la nécessité de reconstruire une gauche révolutionnaire.

Depuis les municipales, la situation nationale et internationale s'est accélérée : au Moyen-Orient, les États-Unis et Israël répandent le chaos, avec déjà plus de 5000 morts dans la région en plus des 70 000 palestiniens tués depuis le début du génocide ; conflit provoque une explosion du coût de l'essence en France ; et en parallèle, l'État français prépare une série d'offensives, à commencer par la loi Yadan et une nouvelle loi séparatisme. C'est dans ce contexte, où s'organiser devient toujours plus urgent, que 170 personnes se sont réunies ce dimanche 12 avril pour échanger avec Révolution Permanente et notamment ses deux nouveaux conseillers municipaux, Elsa Marcel et Dorian Gonthier.
En particulier, dans la ville de Saint-Denis, les jours qui ont suivi l'élection du candidat LFI Bally Bagayoko ont été marqués par une offensive médiatico-politique raciste d'une ampleur inédite, déchaînant une déferlante négrophobe à l'encontre du nouveau maire et plus largement de la population de la ville. De plus, alors que la mairie a notamment commencé son mandat en publiant un arrêté anti-expulsion sans solution de relogement, la préfecture du 93 s'en est immédiatement emparé, afin de le faire annuler par le tribunal administratif de Montreuil : chose faite.
Révolution Permanente, et ses deux élus municipaux, ont donc appelé à se réunir à la salle de la Légion d'honneur, afin de discuter de la nécessité de reconstruire une gauche révolutionnaire sur le territoire, consciente des limites d'une stratégie qui place au centre l'action dans les institutions. C'est en ces termes qu'Elsa Marcel a introduit la discussion, expliquant que « voter ne suffira pas. Si on ne prépare pas une réponse par en bas, même les avancées les plus minimales, nous ne les obtiendrons pas. ». Pour expliquer une stratégie alternative, la militante a évoqué l'exemple de Minneapolis : « Comment se préparer aux offensives qui arrivent ? On se réfère beaucoup à la grève de Minneapolis qui a permis d'infliger une défaite à Trump et l'ICE, c'est une mobilisation où tous les secteurs de la ville se sont mis en mouvement. C'est la perspective d'un antiracisme lutte des classes qui va à l'affrontement direct avec l'État. »
Après une première intervention d'un habitant d'Argenteuil, venu spécialement pour l'assemblée, Hannane, du collectif Dignité au travail 93, a pris la parole pour évoquer la lutte des femmes de ménage du conseil départemental de Seine-Saint-Denis, aujourd'hui laissées sans salaire. « On demande à ce que le ménage soit internalisé au conseil. C'est un service public. Ce sont toujours les mêmes qui font ce travail, des femmes issues de l'immigration. On demande que ces femmes puissent avoir de la sécurité. Le conseil a fait le choix de passer par une entreprise d'insertion, qui se fait de l'argent sur le dos de femmes précaires. » a-t-elle expliqué, avant d'inviter la salle à venir le 16 avril devant la préfecture afin d'envahir le conseil départemental et porter les revendications des travailleuses en lutte.
Un habitant de la ville depuis 26 ans, Rachid, s'est ensuite exprimé au sujet du mal-logement. « Les charges de locataires n'ont jamais été aussi importantes. Le fonctionnement des bailleurs, les problèmes de cafards, de rats, de travaux n'ont jamais été aussi terribles. Je rejoins Elsa sur la nécessité de défendre l'arrêté anti-expulsions dans la rue. Mais on ne peut pas se contenter de ces arrêtés » a-t-il expliqué, avant d'appeler à réquisitionner des logements vides. Il a ainsi rappelé qu'en 2009, « il y a eu un arrêté de réquisition. À Saint-Denis, il y a des dizaines de bâtiments vides, organisés en bureau pour ramener des entreprises ». Un symptôme de la politique de gentrification menée depuis des décennies par le PCF puis par le Parti socialiste.
Le logement est une problématique centrale à Saint-Denis comme à Pierrefitte : une habitante a dénoncé, là-bas aussi, la dégradation des appartements et les conditions insalubres, tandis qu'un autre est revenu sur la hausse perpétuelle des loyers et des charges. Les résidents du foyer Siqueiros font figure d'exemples, dans leur lutte contre le bailleur social Adoma, qui veut les expulser : « J'ai eu des enfants dans la même chambre mais ils payent l'huissier pour nous faire partir », a dénoncé l'un des résidents, tout en remerciant Le Poing Levé pour leur soutien. Alexis, militant au sein du collectif étudiant à Paris 8, a rappelé l'importance de mettre en lien « la lutte contre les expulsions, le harcèlement policier, les questions d'éducation. C'est pour ça que nous animons également un média : pour se mettre au service des habitants de la ville et dénoncer toutes les problématiques auxquelles sont confrontés les travailleurs et les jeunes à Saint-Denis ».
Une autre habitante, qui travaille au sein de la commune depuis de nombreuses années, a dénoncé la casse des services publics : « Depuis six ans, on subit de la répression, nos agents sont mis dans la précarité, il y a des tentatives de suicides. Beaucoup d'agents sont partis ; il y a une dégradation énorme du service public et une vraie souffrance des agents. » Une parent d'élève a rapporté l'état délétère des lycées – « à Paul Éluard, les bâtiments sont catastrophiques, il fait froid, mon fils n'a pas eu de profs de philosophie pendant un an ! » Jinane Hanni, troisième sur la liste de Révolution Permanente et enseignante au lycée Bartholdi, est intervenue sur la situation de l'éducation, alors qu'elle était elle-même en grève le 31 mars auparavant avec ses collègues. « Ce qui se joue aujourd'hui dans l'éducation, c'est non seulement qu'elle est pourrie, qu'il manque des profs, mais c'est l'avenir de la jeunesse qui est en jeu. C'est pour cela qu'il faut résister, construire des grèves et instaurer un rapport de force ». Elle a invoqué l'exemple du Plan d'urgence 93, mais aussi des blocus lycéens, soulignant l'importance de lier les luttes des profs et des élèves, autour de revendications économiques mais aussi antiracistes. Cet aspect était également très important, avec plusieurs témoignages de personnes immigrées qui, après avoir passé toute leur vie en France, n'ont jamais obtenu la nationalité : revendiquer la régularisation de tous les sans-papiers et le droit de vote pour tous les étrangers reste toujours aussi urgent.
Dans la foulée, une personne est intervenue pour demander s'il était possible de fournir de l'aide à Révolution Permanente sur la ville, avant qu'un militant du collectif On s'en mêle ne prenne la parole pour apporter son soutien aux combats menés par Révolution Permanente à Saint-Denis, insistant notamment sur les enjeux locaux des combats à mener. Prisca, militante au Collectif d'Action Judiciaire (CAJ) et à RP, avocate dans le département, est intervenue de son côté pour annoncer que le CAJ organise chaque semaine des permanences au sein de la ville. Elle a expliqué la démarche : « Ce qu'on veut, c'est mettre nos compétences au service des habitants. On se retrouve très vite confrontés à des problèmes liés à un harcèlement policier constant, la question des logements insalubres, d'un accès basique à ses droits ».
Comme l'a résumé Dorian Gonthier : « On est beaucoup à se rendre compte que le simple vote ne résoudra pas tout, et qu'on doit prendre les choses en main. Au conseil, on sera vos yeux et vos oreilles, mais notre idée, c'est d'être dans la logistique, dans la restauration rapide, partout où on peut faire pression sur notre lieu de travail. » Elsa Marcel a abondé dans le même sens : « On cherche à bâtir une force politique révolutionnaire qui organise les secteurs de travailleurs et de la jeunesse qui ont le pouvoir de construire une résistance active et matérielle aux projets du gouvernement. On propose de forger une nouvelle génération militante sur cette ville, de militants syndicaux anti-bureaucratiques, de jeunes anti-impérialistes, qui peuvent se mobiliser en soutien de chaque grève, en faveur de la régularisation des sans-papiers, de la Palestine, qui seront de toutes les luttes. C'est cela qu'on vous promet de faire, et qu'on vous invite à faire avec nous. » L'assemblée ouverte a donc été l'occasion de poser les premières bases de ce projet à Saint-Denis après les élections municipales.