L'OQTF d'Amine annulée : une première victoire du mouvement lycéen à Marseille
Wed, 15 Apr 2026 16:47:55 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalVendredi 10 avril, c'est avec soulagement que Amine, élève en Terminale au lycée Montgrand à Marseille, a appris que son OQTF était annulée par le tribunal administratif. Cette première victoire démontre qu'il est possible de faire face au racisme d'Etat et constitue un point d'appui dans la lutte contre l'austérité.

En août dernier, trois mois après avoir fêté ses 18 ans, Amine reçoit de la préfecture en lieu et place du titre de séjour qu'il avait demandéle refus de sa demande de régularisation. Ce lycéen, d'origine tunisienne en France depuis ses 11 ans et s'apprêtant à faire sa rentrée au lycée Montgrand n'ose alors pas encore parler à ses camarades de l'obligation de quitter le territoire français dont il écope. Lui et sa sœur, qui s'occupe de son petit frère depuis son arrivée en France, prennent un avocat et font un recours en justice, ils attendent alors l'audience, prévue le 26 mars, avec angoisse.
La solidarité s'organise derrière Amine, au sein du mouvement contre l'austérité
En début d'année scolaire, la sœur d'Amine prévient les enseignants du lycée Montgrand de la situation. Mais la solidarité s'organise réellement à partir du mois de mars, poussée par le souffle du mouvement contre la baisse des dotations horaires et contre la militarisation de la jeunesse qui a cours à Marseille depuis le 5 mars, quand un premier blocus contre la militarisation est organisé au lycée Saint Charles.
Le lycée Montgrand, où est inscrit Amine, fait partie des premiers lycées à se mobiliser, et à être le plus durement touché par les baisses d'heures. Perdant 100 heures de dotation horaires, enseignants et élèves alternent blocages et grèves. Des temps de discussions collectives sont organisés, les élèves se réunissent en assemblée générale, ainsi que les parents d'élèves qui rejoignent petit à petit le mouvement. Parmi les lycées mobilisés, Montgrand constitue une des pointe avancée de cette auto-organisation.
C'est en ce sens que le 18 mars, élèves, professeurs et parents d'élèves décident d'organiser un comité de soutien pour « mettre en œuvre tout ce qui est en leur pouvoir pour qu'Amine Ganzaoui puisse rester ici, chez lui, et être régularisé ». Une pétition et un communiqué sont publiés et circulent dans les assemblées générales lycéennes organisées dans les établissements mobilisés.
Faire le lien entre les attaques austéritaires et racistes
Le mouvement de solidarité prend de l'ampleur et dépasse le parvis du lycée. Un appel est lancé pour organiser un rassemblement de soutien à Amine le 26 mars, jour de l'audience et de grève appelée par l'intersyndicale de l'éducation des Bouches-du-Rhône. L'occasion de rassembler un bon nombre de soutiens, en grève ou ayant bloqué leurs lycées, pour faire front.
Devant le tribunal administratif, des dizaines de professeurs, lycéens, AED, parents d'élèves et autres soutiens sont rassemblés pour dénoncer cette injustice. Mathias, professeur au lycée Montgrand, syndiqué à SUD et membre de RESF revient alors sur la mobilisation contre les coupes budgétaires qui anime les lycées : « Les lycéens sont politisés, ils ont une conscience politique, pendant cette mobilisation, ils font le lien, ils regroupent les choses ensemble, ils voient où est-ce qu'on peut mettre l'argent : dans les politiques d'expulsion. Et on voit où est ce qu'on met pas l'argent : dans l'éducation, dans les services publics. »
Le 10 avril, Amine et sa sœur reçoivent avec soulagement le verdict du tribunal : l'OQTF est annulée et la justice ordonne à la préfecture de régulariser le jeune lycéen dans un délai d'un mois.
Une victoire pour Amine, une perspective pour le mouvement dans l'éducation
La victoire d'Amine au tribunal incarne un espoir dans un contexte d'attaques racistes et sécuritaires permanentes que subit la jeunesse. Mais elle pourrait aussi servir de point d'appui pour doter la mobilisation dans l'éducation d'une boussole stratégique efficiente, à un moment où le mouvement connait un reflux : à Marseille, les taux de grève dans les lycées ont légèrement reculé entre le 26 et le 31, témoignant d'un essoufflement face à un manque de perspectives, alors que la combativité et la colère du corps enseignant a clairement rythmé le mois de mars. Au lycée Montgrand, peu de professeurs étaient en grève ce jour-ci, alors qu'ils avaient reconduit leur mobilisation sur plusieurs jours après le 10 mars.
Cet état d'esprit découle d'une absence de plan de bataille sérieux pour réellement nationaliser le mouvement. Les directions syndicales, de leur côté, préfèrent temporiser et reporter leurs attentes à des négociations sur le prochain budget, et en les cantonnant aux questions sectorielles. Sophie Vénétitay, secrétaire du SNES-FSU, syndicat majoritaire dans l'éducation, a ainsi déclaré : « Ces mobilisations en continu montrent qu'il faut abandonner la logique des suppressions d'emplois. Nous envoyons aussi un message fort en vue du budget 2027 : il serait irresponsable qu'il ne comporte ni revalorisations salariales ni arrêt des suppressions de postes ». Les directions syndicales se condamnent ainsi à l'impuissance face à une attaque systémique qui conjugue coupes budgétaires, politiques racistes et remilitarisation de la jeunesse.
La victoire pour Amine, obtenue collectivement, montre une autre voie par rapport à l'agenda des directions syndicales : celle de l'auto-organisation, des assemblées générales et des comités de soutien où s'élaborent collectivement les liens politiques entre l'austérité, le racisme et la mise au pas forcée de la jeunesse. Élargir les revendications du mouvement à ces questions doit permettre au plus grand nombre de jeunes, concernés par toutes les attaques du gouvernement, de rentrer dans la bataille contre l'avenir que Macron leur réserve. Alors que de nombreux lycéens font face à une répression policière acharnée, notamment dans les quartiers populaires, il est urgent de consolider une réponse forte contre le racisme et la violence d'État depuis le mouvement, comme la communauté l'a fait pour Amine.
Les mobilisations en cours doivent se détourner des stratégies de la défaite et voir que « l'éducation peut être un bastion de résistance contre les offensives austéritaires et racistes », comme le disait Jinane Hanni, enseignante et militante à RP à l'Assemblée ouverte de Révolution Permanente à Saint-Denis. Depuis nos établissements, nous pouvons construire un vrai rapport de force contre la guerre qu'ils mènent aux services publics, aux élèves et aux plus précaires.