Recul sur le 1er mai : le gouvernement est fébrile, il est possible d'arracher bien plus !
Tue, 14 Apr 2026 21:35:26 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalLe gouvernement vient de reculer sur son offensive contre le 1er mai, symptôme de sa fébrilité face à une situation instable marquée par l'accumulation des crises. Cette fragilité doit être mise à profit par le mouvement ouvrier pour arracher ses revendications, afin que ce ne soit plus aux travailleurs de payer la crise.

Le gouvernement, par l'intermédiaire de Jean-Pierre Farandou, vient de reculer sur le 1er mai. Il renonce, pour cette année, à ouvrir une nouvelle brèche dans le Code du travail qui aurait permis aux employeurs de faire travailler leurs salariés le seul jour férié obligatoirement chômé et rémunéré de l'année. Le Ministre du Travail nous apprend ainsi qu'il faut faire preuve d'une « sensibilité particulière » vis-à-vis de ce jour férié. Lire entre les lignes : s'attaquer au 1er mai en pleine crise des carburants et alors que le gouvernement est extrêmement fragilisé et illégitime serait dangereux, voire suicidaire. Si le gouvernement recule, c'est qu'il a bien conscience de ses propres fragilités et qu'il peut perdre bien plus. Le mouvement ouvrier doit prendre conscience de ses propres forces et repartir à l'offensive pour arracher l'ensemble des revendications.
Recul et fragilité du gouvernement
La proposition de loi visant à élargir le travail ce jour-là, portée par le camp présidentiel via la niche de Gabriel Attal, a été enterrée en catastrophe. L'exécutif a renoncé à convoquer une commission mixte paritaire, renvoyant toute réforme à 2027, officiellement sous la pression conjuguée des syndicats et de la menace d'une nouvelle motion de censure venue de LFI et EELV. Ce n'est pour autant pas un renoncement complet à cette attaque désirée depuis longtemps par le patronat, puisque Farandou renvoie à des négociations de branche, pouvant ensuite être inscrites dans la loi, pour permettre à certains secteurs d'en finir avec le 1er mai. Derrière l'excuse bidon d'un soutien aux « petits artisans », une nouvelle démonstration que le « dialogue social » sert à détricoter les droits des travailleurs.
Mais ce recul du gouvernement va bien au-delà d'un simple accroc. Dans la presse patronale, dépitée, on parle d'une « retraite en rase campagne ». L'incapacité à construire un consensus, y compris dans son propre camp, montre que la crise politique des derniers mois est loin d'être résolue et que la fragilité du gouvernement perdure. La présidente de l'Assemblée nationale, macroniste de la première heure, critique elle-même la gestion du dossier par le gouvernement, symptôme d'un exécutif qui peine à réaffirmer sa légitimité, malgré le passage en force du budget 2026. Et pour cause : les municipales ont mis au jour les divisions du « socle commun », tandis que la course à la présidentielle aiguise les appétits au sein du camp macroniste, comme en témoigne la crise ouverte par Attal lui-même.
Si la situation internationale avec l'agression impérialiste de l'Iran par les Etats-Unis et Israël a éclipsé la crise politique en France, elle pourrait aussi bien l'aggraver, en venant aiguiser la crise sociale et l'inflation. Des mécanismes qui alimentent directement la colère sociale, alors que les prix à la pompe ont explosé ces dernières semaines, battant de nouveaux records, et que les prix de l'énergie pourraient ne pas tarder à se répercuter sur l'ensemble de l'économie et des biens. Alors que le gouvernement, fragile, marche sur des œufs avec la colère sociale montante, s'attaquer au 1er mai, symbole international du droit des travailleurs, présentait un risque considérable, celui de l'embrasement.
La crise du carburant, la goutte de pétrole qui fait déborder la cuve ?
Au cœur de cette situation inflammable, il y a la question du carburant et de l'inflation. La flambée des prix ne tombe pas du ciel. Elle s'inscrit dans une crise énergétique mondiale qui s'aggrave à grande vitesse, notamment avec la guerre en Iran et ses répercussions sur le marché pétrolier. L'Agence internationale de l'énergie a d'ailleurs revu brutalement ses prévisions, anticipant une baisse de la demande de pétrole inédite depuis la crise du Covid-19, signe de l'étendue mondiale de la crise en cours et à venir. Surtout, alors que la réalité du blocage d'Ormuz annoncée par Trump reste encore incertaine, les pires secousses économiques pourraient encore être à venir.
En France, cette nouvelle vague inflationniste vient aiguiser une crise sociale déjà bien avancée. La consommation des ménages ralentit fortement, quasiment à l'arrêt (+0,4 % en 2025 contre +1,1 % en 2024). Pire : la consommation alimentaire chute, avec une baisse de 10 % en volume depuis 2020. Pendant ce temps, les inégalités ont explosé, et la pauvreté et le nombre de personnes à la rue bat chaque année de nouveaux records. Alors que Total a amassé un milliard de dollars de profits supplémentaires en mars grâce à la guerre impérialiste, les travailleurs eux les travailleurs s'appauvrissent.
Dans ce contexte, la question du carburant devient une bombe sociale à retardement. Ce n'est plus une simple question de pouvoir d'achat, c'est une question de survie pour de plus en plus de travailleurs. Dans nos colonnes, un intérimaire de 26 ans explique déjà qu'il « travaille pour payer l'essence ». Et demain, ce sera le gaz, avec des hausses qui pourraient dépasser les 500 euros par an et une hausse d'au moins 15 % à venir au 1er mai.
Face à cette situation, la grève de la CGT TotalEnergies de ce mardi 14 avril prend tout son sens. Parce qu'elle ne se contente pas de constater la crise : elle pointe ses responsables, les « profiteurs de guerre » et avance des revendications claires. Baisse des prix à la pompe, hausse des salaires, dénonciation des « profits de guerre » : elle montre la voie en liant immédiatement la question du coût de la vie à celle de la répartition des richesses. C'est un premier point d'appui, qui montre concrètement ce que pourrait être une réponse à la hauteur de la situation, et de l'urgence de la crise sociale.
Car face à une telle crise, il n'y aura pas de solution sans s'affronter au gouvernement et au patronat, malgré les logiques de « dialogue social » prônées par les directions syndicales. Et la fébrilité du gouvernement le montre : il existe une marge pour imposer des reculs, à condition que le mouvement ouvrier entre réellement dans la bataille.
Face à la fébrilité du gouvernement, le mouvement ouvrier peut arracher plus
Alors que les directions syndicales se félicitent du recul du gouvernement comme du produit de leur mobilisation, ce n'est cette fois pas la « mobilisation qui [a] payé » comme l'écrit Sophie Binet, mais la peur d'un retour de la lutte des classes. Une peur qui révèle surtout qu'il existe une fenêtre de tir pour le mouvement ouvrier, qui pourrait s'ouvrir avec la mobilisation du 1er mai, à condition d'imposer une stratégie qui tire les bilans des derniers mouvements sociaux à commencer par la bataille des retraites. En ce sens, ce recul sur le 1er mai est surtout le produit de la peur du gouvernement, qui montre tout le potentiel qu'aurait une mobilisation coordonnée de différents secteurs du monde du travail et de la jeunesse.
Cette fébrilité peut devenir un point d'appui, à condition de rompre avec l'attentisme des directions syndicales et de construire un véritable rapport de force par en bas. La grève de la CGT TotalEnergies en donne un aperçu, en articulant des revendications salariales et pour l'ensemble de la population, comme le blocage des prix à 1,50€/L. Face à une crise appelée à s'aggraver, entre guerre impérialiste et crise inflationniste, les demi-mesures ne suffiront pas. Ce qu'il faut, ce sont des réponses à la hauteur : l'indexation des salaires sur l'inflation pour empêcher l'appauvrissement, le blocage et la baisse des prix de l'énergie, et la réquisition des profiteurs de guerre, à commencer par Total.
Le 1er mai, dans ce contexte, ne peut pas être une simple journée symbolique de plus et pourrait devenir un véritable point d'appui pour transformer la colère sociale en réponse d'ensemble face à l'offensive sur nos salaires, l'austérité et le militarisme. Mais sans intervention du mouvement ouvrier, la fébrilité du gouvernement pourrait être capitalisée par l'extrême droite, tandis que les conditions de vie des classes populaires continueront de s'aggraver. C'est seulement avec une stratégie offensive que le mouvement ouvrier peut ouvrir la voie à des victoires bien plus larges, dont notre classe a urgemment besoin.