Les Mineurs isolés face au rectorat de Paris : luttons pour leur scolarisation !
Tue, 14 Apr 2026 18:57:41 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalCe mercredi 8 avril, le Collectif des Jeunes de Belleville s'est mobilisé pour revendiquer le droit à la scolarisation des mineurs isolés. Loin des promesses de campagne du nouveau maire Emmanuel Grégoire, leur quotidien reste rythmé par le racisme d'Etat, avec la complicité de la Mairie de Paris.

Des jeunes mineurs exclus de leurs droits
« Chaque jour, nous voyons nos amis et nos frères qui dorment dans la rue. Nous sommes condamnés à vivre dans la précarité » rappelle un délégué du Collectif des Jeunes de Belleville. Devant le rectorat de Paris se pressent ses membres et leurs soutiens. Le rendez-vous prévu le matin même entre l'instance et une délégation des mineurs non accompagnés (MNA) a été annulé en dernière minute. La présence d'interprètes pour les mineurs non francophones, portant la délégation à 9 personnes au lieu des 6 prévues, aura été le coup de grâce de ce rendez-vous. Si le prétexte confine au ridicule, il illustre néanmoins la politique teintée de peur et de racisme du rectorat.
Celui-ci est en effet tenu de scolariser tout enfant qui le souhaite. Mais les droits démocratiques restent une promesse formelle et incantatoire pour les mineurs isolés. Ni la Convention internationale des droits de l'enfant ratifiée en 1990, ni le droit à l'instruction et la formation professionnelle reconnu dans le préambule de la Constitution de 1946, ni le Code de l'éducation [1] ne leur bénéficient. Derrière les formules, l'Etat et son racisme institutionnalisé dominent et excluent l'école nombre de jeunes mineurs. L'un des nombreux obstacles dénoncés par les jeunes est la difficulté d'accéder au test du CASNAV, organisme public chargé d'évaluer le niveau scolaire des mineurs isolés pour les placer dans des établissements scolaires. Les jeunes sont obligés de rafraichir sans cesse la page internet du CASNAV tous les matins, dans l'espoir d'obtenir un rendez-vous. Pas de hasard si le CASNAV rappelle les pratiques de l'ANEF [2] : dans les deux cas, les délais de rendez-vous placent souvent les étrangers dans une situation de sans-papiers.
L'opposition du rectorat n'est pas le seul obstacle pour les jeunes. Même en cas de réussite du test du CASNAV, ils sont confrontés au délabrement de l'éducation nationale. 172 fermetures de classes sont prévues à la rentrée scolaire 2026 par le rectorat parisien. Au-delà de la casse actuelle de l'école publique, l'instance refuse la scolarisation de nombreux jeunes en invoquant une différence d'âge avec le reste des enfants scolarisés. Bien que les jeunes aient été reconnu mineurs, le rectorat continue ainsi de jouer le même rôle que les évaluateurs : trier et exclure.
Cette nouvelle exclusion du chemin de l'école pousse nombre d'entre eux vers des filières professionnalisantes, comme l'apprentissage. Ce dernier, bien plus pénible physiquement, permet aux entreprises d'exploiter les jeunes étrangers racisés à moindre coût. Si l'apprenti a les mêmes obligations qu'un salarié, il n'est payé que 27% du SMIC durant sa première année. Leur situation est une double aubaine pour le patronat, qui peine à recruter dans de nombreux secteurs « en tension » vers lesquels les jeunes sont orientés en priorité, comme la restauration ou l'entretien [3]. Leurs salariés y dénoncent des cadences de travail infernales ou encore le recours massif à des contrats précaires. Cette chaine de l'exploitation débute par l'opération de tri menée entre les jeunes lors de l'évaluation.
L'Etat est responsable de l'exclusion des MNA
Toute leur situation reste en effet subordonnée à la reconnaissance de minorité, décidée par des organismes en partenariat avec l'administration. L'AMNA (Accueil des Mineurs Non-Accompagnés) dans le 13ème arrondissement, est chargé d'évaluer l'âge des jeunes. Si le dispositif communique peu, l'évaluation des jeunes est critiquée de longue date par les associations du secteur. En 2017, le GISTI (Groupe d'Information et de Soutien des Immigrés) critiquait déjà la Croix-Rouge et la Mairie de Paris, qui refusaient l'accès à la protection de l'enfance au creux de l'hiver. Si l'AMNA parisienne est maintenant gérée par France Terre d'Asile, les chiffres révèlent une continuité dans l'exclusion de la protection. En 2024, seuls 30% des jeunes avaient été reconnus mineurs sur les 12 288 qui se sont présentés. 8 560 d'entre eux ont donc été poussés à la rue par ce seul dispositif.
L'association relai ainsi la politique migratoire décidée par la Mairie de Paris qui s'appuie elle-même sur les directives du gouvernement. De l'aveu de sa directrice Béatrix Allan en 2025, le dossier constitué par France Terre d'Asile est remis à la Mairie centrale, qui « prend la décision finale ». Cette imbrication révèle toute la responsabilité des « associations » et des pouvoirs publics parisiens dans la situation de milliers de jeunes laissés à la rue. La maire socialiste Anne Hidalgo laissait ainsi plusieurs centaines de policiers lourdement équipés expulser et violenter des jeunes mineurs et le Collectif des Jeunes du Parc de Belleville qui occupaient la Gaîté Lyrique pour appuyer leurs revendications : logements, reconnaissance de minorité, titres de transport, prise en charge de la santé. L'entre-deux tours des municipales lui-même a été marqué d'une occupation éclair du Collectif, qui a obtenu la mise à l'abri des jeunes présents le 20 mars.
La victoire d'Emmanuel Grégoire, dauphin de la maire sortante, incarne en ce sens une continuité politique pour les mineurs isolés. S'il promettait alors un centre de primo-accueil et d'orientation ouvert en permanence, la création de 1000 places d'hébergement et une inscription automatique à l'école, c'était en mettant des garde-fous qui empêchent toute réelle application de ces mesures ultra-minimales. Des fausse promesses minimalistes qui ne surprennent personne et qui poursuive la même politique raciste qu'Anne Hidalgo, avec le même mépris : aucune délégation n'a été reçue jusqu'à maintenant, tandis que les demandes de rendez-vous des soutiens du collectif sont restées lettre morte. Sans surprise, l'exécutif parisien poursuit la politique de tri et d'exclusion de la Préfecture et de l'Etat.
La majorité socialiste, au pouvoir à Paris depuis 2014, n'a pas non plus rougi de la fermeture de nombreux lieux associatifs qui accueillaient les jeunes. L'association les Midis du MIE, accueillant chaque jour une centaine de mineurs isolés, était obligée par la mairie socialiste du 13e arrondissement de quitter son local porte d'Ivry en septembre 2025. Les Amarres, lieu associatif emblématique dans le milieu de l'exil, a fermé ses portes en juillet 2025. Il accueillait pourtant dans la journée plus de 300 personnes en situation migratoire et assurait des services de première nécessité (repas, douches, salles de repos), accompagnement social et psychologique, activités culturelles et cours de français. La trentaine d'associations accueillies dans le lieu portaient de leur côté des projets divers de soutien aux personnes exilées : sport, hébergement solidaire, scolarisation, cours de langue… Dans le reste de Paris, les Arches Citoyennes et la Flèche d'Or, deux lieux au service de la culture et de la solidarité, seront bientôt remplacés par de nouveaux projets. Le remplacement partiel des Amarres par les « Amarres nouvelles » peine à cacher une gentrification du projet, qui maintiendra néanmoins un accueil de jour. La plupart des associations qui y avaient leurs bureaux ont dû les déménager, souvent en dehors de Paris. L'espace libéré servira à accueillir des bureaux de coworking et un café.
Contre l'exclusion des jeunes mineurs, faisons front face au racisme d'Etat !
La situation des jeunes mineurs rappelle que la capitale parisienne n'est pas la ville d'accueil qu'elle pense être. Paris repose en réalité sur le travail des étrangers. Ils représentent un tiers des travailleurs essentiels en Ile-de-France, dans des secteurs aux conditions de travail pénibles et difficiles. Plus de 60% des agents de propreté, près de 40% des agents hospitaliers ou 25% des travailleurs de l'alimentaire y sont immigrés. Pourtant nombre d'entre eux ne peuvent voter dans cette ville qu'ils font vivre, le droit de vote étant formellement réservé aux nationaux inscrits sur les listes électorales. Parmi ces derniers, combien de travailleurs ne peuvent encore voter dans un endroit où ils passent pourtant la majorité de leur temps éveillé ? Combien d'étudiants sont contraints de vivre à plusieurs heures de transport de leurs établissements ? Sous l'impulsion de la Mairie, Paris s'est tournée vers ses habitants les plus riches par une gentrification effrénée. Cette politique choisie conjugue de multiples exclusions, qui touchent des millions de travailleurs, de jeunes, de personnes racisées, de minorité de genre. La situation des jeunes mineurs nous montre l'imbrication profonde entre le statut attribué par l'Etat, l'accès à un logement, à l'éducation, aux soins et aux transports.
La campagne municipale menée par Révolution Permanente dans le 13ème arrondissement ouvert un espace politique pour refuser d'administrer la misère et s'attaquer aux causes sociales de la précarité endémique de nos réalités locales. Nous y avons revendiqué la réquisition des 21% de logements vacants dans le quartier et des bureaux vides sans indemnisation, un investissement massif dans les services publics et leur contrôle par les travailleurs ainsi que la fin des politiciens professionnels et leurs privilèges. Nous y avons défendu la dissolution immédiate des corps spéciaux de la police, le désarmement de la police municipale et la régularisation inconditionnelle de tous les étrangers comme mesures d'urgence. Ces revendications, qui s'affrontent à la mainmise sur le quartier de milliardaires comme Xavier Niel, ne seront arrachées que par la lutte. Celle-ci doit nécessairement impliquer de se confronter à la réalité coloniale parisienne, alors que la capitale fonctionne grâce aux immigrés et aux étrangers.
Face au racisme d'Etat que l'extrême-droite et le gouvernement cherchent à durcir, nous devons faire front et opposer un bloc de résistance. En ce sens, la combativité des mineurs isolés et leur lutte nous montrent un exemple de radicalité à suivre. Avec Révolution Permanente, nous invitons les habitants, les travailleurs et les jeunes, à s'organiser contre le racisme d'Etat, pour construire nos luttes, à l'Assemblée ouverte le 16 avril à 19 h au Digital Village !