« On est à bout et on est débordé » : mobilisation à l'hôpital Tenon en soutien aux travailleurs réprimés
Mon, 13 Apr 2026 19:57:07 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalCe jeudi 9 avril, travailleur·ses et syndicalistes se sont mobilisé·es devant l'hôpital Tenon en soutien aux salarié·es d'ATN visés par une violente offensive répressive. Licenciements, harcèlement, menaces disciplinaires : la direction multiplie les attaques pour faire taire les travailleurs combatifs.

Nous étions nombreux ce jeudi 9 avril devant l'hôpital Tenon pour un rassemblement de soutien à plusieurs travailleur·ses de l'entreprise de nettoyage ATN, appelé par plusieurs syndicats (la CGT, FO et la CNT).
Depuis le début de l'année, la direction d'ATN tente de faire taire les travailleur·ses qui se battent pour leurs droits. Les salarié·es d'ATN s'étaient mobilisés en décembre 2024 pour exiger de meilleures conditions de travail contre le harcèlement de leur hiérarchie. Néanmoins, en 2026, la situation ne s'est pas arrangée. La CGT, FO et la CNT expliquent la situation étouffante à Tenon dans leur communiqué : « Suite à un protocole de sortie de grève, datant d'il y a plus d'un an, permettant enfin aux collègues de la société de ménage d'obtenir deux jours consécutifs de repos, les agents qui ont souhaité en bénéficier se sont vus harcelés par leur encadrement ».
Ange s'est exprimée ce jeudi midi lors du rassemblement, après son licenciement abusif par ATN après 13 ans de CDI. Elle faisait partie des employées ayant obtenu les 2 jours de repos consécutifs. Peu de temps après avoir défendu ses droits, la direction d'ATN a décidé de la licencier pour des motifs abusifs, par un simple appel téléphonique. Le lendemain, Ange a continué à travailler, dans l'attente de recevoir un courrier réglementaire pour son licenciement. Sa responsable l'a alors agressée verbalement, lui ordonnant de quitter les lieux devant l'ensemble de son service. Refusant d'abandonner son poste, Ange a poursuivi son travail et sa hiérarchie a alors appelé la police pour la faire sortir de l'hôpital. Une décision scandaleuse qui montre bien la volonté de faire taire toute forme de contestation. Comme le demande Nicolas, délégué CGT à Tenon lors du rassemblement de ce jeudi : « On demande la réintégration immédiate d'Ange et que les conditions de travail de nos collègues du nettoyage changent ! »
Ange n'est pas la seule à être menacée de licenciement, Julie, travailleuse chez ATN à Tenon, vient d'être convoquée par sa direction pour un entretien préalable à une sanction disciplinaire pouvant aller jusqu'au licenciement. Elle dénonce la pression constante exercée par ATN envers les agent·es de nettoyage : « On est à bout et on est débordé·es. Si je tombe, on trouve un remplaçant pour moi au boulot mais moi je ne serai pas remplacée dans ma famille. Il faut que ça cesse, battez-vous ! »
Le rassemblement de ce jeudi s'inscrit dans la continuité d'une lutte contre la répression des travailleur·ses d'ATN. Mardi 7 avril, un autre rassemblement s'est tenu pour dénoncer la répression d'une autre employée de l'entreprise. Elle avait été convoquée pour un entretien préalable à un licenciement, un véritable coup de pression à l'encontre d'une travailleuse précaire qui s'était mobilisée pour obtenir de meilleures conditions de travail. La mobilisation des travailleur·ses de l'hôpital a fait pression sur la direction et a permis d'empêcher son licenciement.
Ce management brutal et cette répression des voix contestataires sont constants chez ATN, qui fait systématiquement travailler ses employé·es en sous-effectif et se retrouvent également chez d'autres sous-traitants de l'APHP. Thierry et Sophie, également de la CGT, dénoncent des cas similaires dans un autre hôpital : « À Henri Mondor (Créteil), c'est exactement la même chose pour le personnel de nettoyage, ils étaient en grève ce matin et la direction a fait venir les flics à l'hôpital ». En effet, le même jour, des agent·es en charge du nettoyage au sein de l'hôpital s'étaient mobilisé·es pour dénoncer des conditions de travail intenables et le non-respect de leurs droits fondamentaux, mais la direction a pris la décision scandaleuse de faire intervenir les forces de police afin d'évacuer des travailleur·ses réuni·es pacifiquement.
Ce rassemblement de soutien rappelle que la répression contre le personnel de l'hôpital n'est pas un fait isolé, mais s'inscrit dans une offensive générale contre l'ensemble du personnel de santé. Harcèlement disciplinaire, attaques islamophobes, licenciements abusifs, sous-effectif permanent, fermetures de lits et coupes budgétaires participent d'une même logique : discipliner les travailleur·ses tout en poursuivant le démantèlement de l'hôpital public.
Pendant que le gouvernement impose une saignée budgétaire aux services publics, il débloque des milliards pour la militarisation et pour satisfaire les ambitions guerrières des classes dirigeantes françaises. Face à cette politique, il est urgent de construire une riposte collective, en unissant la lutte contre l'austérité qui détruit l'hôpital public à un combat résolu contre le racisme, l'islamophobie et la répression de tous les travailleur·ses de la santé. L'hôpital ne peut fonctionner sans les travailleur·ses du nettoyage, il est nécessaire d'imposer leur titularisation et l'internalisation de l'ensemble des sous-traitants de la santé, pour en finir avec la précarité et la surexploitation organisées par ces entreprises.
Pour obtenir ces revendications et construire un véritable service public de la santé au service des patient·es et des travailleur·ses, il faut se mobiliser contre chaque attaque : il faudra être nombreux ce mardi 14 avril à 14 h pour soutenir le personnel ouvrier de l'APHP à leur assemblée générale au parc de la hauteur à la Pitié-Salpêtrière, pour défendre leurs droits et leurs conditions de travail.