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RATP : au ferré, des agents en grève reconductible pour les salaires et les conditions de travail

Mon, 13 Apr 2026 19:38:21 CEST

Révolution Permanente

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Depuis le 7 avril, des agents de l'atelier de maintenance des équipements de Vaugirard du ferré de la RATP sont en grève illimitée. Organisé en assemblées générales, le mouvement dénonce des salaires insuffisants et des conditions de travail en forte dégradation.

Sur l'atelier RATP de Vaugirard, une partie des agents a décidé, depuis mardi 7 avril, de se mettre en grève reconductible pour dénoncer les mauvais salaires et la dégradation des conditions de travail. Il faut remonter au 18 février dernier, où une trentaine d'agents de Vaugirard se retrouvent alors devant le site de Lyon Bercy. « Pendant que les syndicats négociaient, nous, on était dehors à se cailler. On s'est mis à discuter entre nous pour s'organiser par nous-mêmes » nous dit un mécano.

Des salaires trop bas, les agents de l'AME en grève

Sur le site, qui compte 170 agents, dont 120 à la production, les mécanos organisent la mobilisation autour d'assemblées générales quotidiennes à l'atelier de Vaugirard. Chaque matin, une vingtaine de travailleurs se réunissent pour débattre et voter les décisions. De réunion en réunion, les travailleurs échangent leurs situations respectives et mettent des mots sur leurs conditions. Progressivement, une évidence s'impose : durcir le mouvement et passer à la grève reconductible.

La revendication centrale est claire : une augmentation d'environ 300 euros, qui correspond à une revalorisation d'environ 50 points. Un mot d'ordre circule dans les ateliers, parti de Vaugirard et repris par les grévistes : « Pas de points, pas de train ! ». Pour eux, le décalage est évident : les exigences du métier augmentent, mais les salaires stagnent. Les compétences demandées sont élevées, les responsabilités importantes, mais la reconnaissance ne suit pas.

Dans le même temps, les départs se multiplient. Démissions, turn-over, perte d'expérience : les ateliers se vident progressivement – au point que, comme le glisse ironiquement un électronicien, « même certains cadres finissent en burn-out ». « On nous demande toujours plus, mais derrière, nos salaires ne suivent pas », résume un mécano.

Sécurité sacrifié et menace de la direction

Dans les ateliers, un outil cristallise particulièrement la colère : Magellan. Ce nouveau système de suivi de production, issu de Capgemini (récemment décrié pour ses liens avec ICE qui rafle les étrangers aux États-Unis), a coûté plusieurs dizaines de millions d'euros et est massivement rejeté. « On perd un temps énorme en saisie, la production devient impossible à tenir » nous dit un technicien. Les nouveaux objectifs deviennent intenables. Les écarts donnent lieu à des « démarches de progrès », perçues par les agents comme des outils de pression. « Dès que tu refuses ou que tu contestes, ça peut aller jusqu'au licenciement » dénonce l'un d'entre eux.

Dans les ateliers, les inquiétudes sur la sécurité sont bien présentes. « Il y a des dispositifs de sécurité qui sont volontairement mis à la trappe pour gagner du temps », témoigne un gréviste. Pour les travailleurs, il ne s'agit pas de situations isolées, mais d'une organisation du travail sous tension, où la production prime sur la sécurité. Face aux revendications, la direction reste silencieuse. D'après certains d'entre eux, elle maintient la pression, y compris sur les non-grévistes, en les menaçant de les priver de toute évolution de carrière dans l'entreprise.

Extension de la grève

Pour y faire face, les grévistes se donnent désormais comme objectif l'extension de la grève en élargissant le mouvement à l'ensemble des ateliers du ferré. Pour cela, ils se rendent dans les autres ateliers pour transmettre leur expérience : expliquer comment s'organiser, tenir une assemblée générale et construire une grève.

Au-delà des revendications salariales, les grévistes décrivent une transformation profonde de leur métier : intensification du travail, perte de sens, pression permanente. Pour beaucoup, cette évolution s'inscrit dans une dynamique plus large de restructuration du secteur. « Le seul levier qu'on a pour se faire entendre, c'est la grève », rajoute un pneumaticien. Un appel à la mobilisation est d'ailleurs lancé pour le 16 avril, jour de CSE à Val de Fontenay.

Mais ce mouvement ne se résume pas à une contestation. Il est aussi une expérience collective forte. Dans les assemblées générales, les travailleurs parlent de fierté, de respect retrouvé, de dignité reconquise face à un management vécu comme méprisant. « On est fiers de ce qu'on construit » conclut un gréviste.

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