Avec la défaite en Iran, Trump est plus affaibli que jamais
Mon, 13 Apr 2026 19:54:10 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalTrump a déclenché l'une des guerres les plus impopulaires de l'histoire des États-Unis et il en paie aujourd'hui le prix.

Cet article est d'abord paru dans les colonnes de Left Voice, le journal de l'organisation sœur de Révolution Permanente aux États-Unis.
À peine un jour s'était écoulé depuis l'annonce du cessez-le-feu avec l'Iran que les fissures de cet accord fragile ont déjà commencé à apparaître. Pour l'instant, personne ne peut dire avec certitude quelle tournure prendra la guerre, mais plus d'un mois après son déclenchement, elle a déjà gravement porté atteinte à l'administration Trump et à la légitimité des États-Unis sur la scène internationale, mettant à nu les faiblesses d'un empire en déclin.
À un peu plus de six mois des élections de mi-mandat, où son parti pourrait essuyer de lourdes pertes, Trump doit faire face aux coûts politiques de l'une des guerres les plus impopulaires de l'histoire des États-Unis. Les retombées de la guerre attisent également le mécontentement grandissant des masses. De la révolte contre l'ICE à Minneapolis aux rassemblements massifs « No Kings », marqués par un fort sentiment anti-guerre, l'opposition à Trump et à l'extrême droite ne cesse de croître.
Quelle que soit la tournure que prendra la guerre, on peut affirmer sans se tromper que Trump a essuyé une défaite politique en Iran. Cette défaite témoigne de l'échec de sa stratégie de « paix par la force » et de « l'Amérique d'abord » comme moyen d'enrayer le déclin de l'hégémonie de l'impérialisme étasunien. La guerre en Iran a été une formidable démonstration de « force » sans stratégie, conduisant à l'une des humiliations de l'impérialisme américain les plus significatives de l'histoire récente.
Robert Pape, professeur de sciences politiques à l'Université de Chicago, a exprimé toute la profondeur de cet échec : « Au cours des quarante derniers jours, Washington a progressivement intensifié ses actions : élargissement des cibles, accélération du rythme, durcissement des menaces. À chaque étape, on s'attendait à ce qu'un recours accru à la force obtienne la soumission. Cela n'a pas été le cas. Au contraire, chaque escalade a généré une contre-pression - sur les marchés de l'énergie, sur les alliés et, en fin de compte, sur le processus décisionnel américain lui-même. C'est là le schéma d'un échec stratégique. Il ne s'agit pas d'un simple faux pas, mais d'une séquence dans laquelle un recours accru à la force conduit à une perte de contrôle. »
De plus, l'incapacité des États-Unis à vaincre l'Iran jette un sérieux doute sur leur capacité à défier et à contenir la Chine, dont l'armée est bien sûr supérieure à celle de l'Iran. En effet, la Chine semble avoir joué un rôle central en poussant l'Iran vers un cessez-le-feu défavorable aux États-Unis, ce qui devrait lui permettre d'accroître son influence dans la région.
Pour l'instant, on ne sait pas clairement quelle ligne de conduite la bourgeoisie impérialiste américaine suivra sur la scène mondiale après Trump. Mais, alors que la guerre d'Israël contre le Liban se poursuit et que de nouvelles contradictions apparaissent chaque jour, la situation reste très incertaine. Quoi qu'il arrive, il est évident que l'issue de la récente guerre aura des répercussions à long terme qui demeurent encore difficiles à prévoir.
L'ascension de JD Vance et l'aile isolationniste de la coalition de Trump
La guerre en Iran a une nouvelle fois secoué le mouvement MAGA. Des figures du mouvement comme Marjorie Taylor Greene et Alex Jones ont qualifié le président d'incompétent et ont appelé à sa destitution en vertu du 25e amendement. Parallèlement, des influenceurs MAGA, qui affichent un antisémitisme décomplexé, tels que Tucker Carlson, Candace Owens et Joe Rogan, ont expliqué à leurs dizaines de millions de followers que Trump travaille pour Israël et trahit les intérêts américains. Aussi importantes que soient les divisions au sein de la base du mouvement MAGA, elles n'ont pas encore touché les échelons supérieurs de la direction de l'extrême droite au pouvoir. Jusqu'à présent, les différentes ailes au sein du gouvernement, y compris celle de Vance, plus isolationniste, n'ont pas encore rompu avec Trump, mais des fissures commencent à apparaître.
L'incapacité de Trump à atteindre le moindre de ses objectifs dans cette guerre a mis à nu la faiblesse de la logique expansionniste d'une partie du trumpisme et placé Vance et l'aile isolationniste de la coalition trumpiste dans une position plus favorable. Ce n'est pas un hasard, par exemple, si c'est Vance, et non Hegseth ou Rubio, qui a mené les négociations avec Téhéran au Pakistan ce week-end.
Cependant, le renforcement de l'aile isolationniste de la coalition Trump ne garantit pas pour autant un changement sur le plan de la politique étrangère. Il est tout à fait possible que, dans le but de réaffirmer la puissance étasunienne, Trump choisisse de mener des actions encore plus agressives en Amérique latine dans le cadre de sa « doctrine Donroe ». Malgré la posture actuelle de l'armée américaine au Moyen-Orient, l'Amérique latine reste une cible de choix pour le secrétaire d'État Marco Rubio et d'autres secteurs plus bellicistes de l'administration Trump. Cuba reste sous la menace d'une intervention, et l'armée américaine a renforcé ses infrastructures et accumulé des troupes et des ressources en Équateur et au Panama.
En ce qui concerne ses relations avec Israël, la situation du régime étasunien ne pourrait être plus difficile. Même si l'Iran s'impose comme un obstacle majeur aux aspirations des États-Unis et d'Israël, ce dernier a néanmoins réussi à imposer son propre programme, profitant de la guerre avec l'Iran pour repousser ses frontières vers le sud du Liban. Israël a un plan pour le Moyen-Orient que les États-Unis n'ont pas ; ils mènent donc cette guerre avec des ambitions différentes. Les relations entre le régime étasunien et Israël ont été remises en question non seulement par l'extrême droite antisémite, de plus en plus virulente, mais aussi par la gauche, avec le puissant mouvement pro-palestinien qui a poussé des centaines de milliers de juifs de la diaspora à rompre avec le sionisme.
L'aile isolationniste de l'extrême droite a peut-être tiré profit de l'issue de la guerre, mais qui sait ce que l'avenir nous réserve. La classe dirigeante américaine a « testé » la doctrine de Trump pour remédier aux maux du déclin américain, mais Trump a démontré que son approche était intenable. Loin de renforcer l'impérialisme américain, la guerre américano-israélienne contre l'Iran n'a fait qu'accélérer son déclin en mettant à nu ses faiblesses.
Les actions de Trump en Iran mettent en évidence les faiblesses de l'impérialisme américain
L'Iran a remporté politiquement le premier round d'une guerre que l'armée américaine n'a jamais vraiment souhaité mener. Cela a déclenché l'une des pires crises entre le pouvoir politique et le commandement militaire de l'histoire récente, les hauts gradés, inquiets du possible recours aux armes nucléaires, menaçant de désobéir aux ordres de Trump. La crise au sein de l'armée, dont les groupes de réflexion et les analystes parlent depuis des années, est désormais évidente pour les alliés comme pour les ennemis des États-Unis.
L'Iran contrôle effectivement la distribution de 40 % du pétrole dans une économie mondialisée profondément interconnectée et interdépendante et, à la suite de la guerre, il pourrait obtenir le contrôle total du détroit d'Ormuz. Les négociations portent également sur la possibilité de mettre fin aux sanctions primaires et secondaires que les États-Unis ont imposées depuis des décennies à l'Iran, ainsi que sur des réparations financières et d'autres concessions. Alors que l'Iran semble avoir tout à gagner de ces négociations, les États-Unis n'ont pas réussi à opérer un véritable « changement de régime » ni à placer à la tête de l'Iran un leadership plus favorable. Au contraire, le régime iranien a montré qu'il était plus résilient.
Bien qu'il n'y ait pas eu de mouvement anti-guerre organisé aux États-Unis, la plupart des Américains, y compris de nombreux électeurs de Trump, sont farouchement opposés à la guerre. En effet, aucune autre guerre dans l'histoire n'a été menée avec aussi peu de soutien populaire. La récente mobilisation « No Kings » a montré que le sentiment anti-guerre pouvait déborder dans les rues. Trump ne veut pas affronter les masses, car il vient d'être battu à Minneapolis. Alors que la résistance continue de se développer, la menace d'une séquence de lutte des classes plus intense pourrait sérieusement limiter son programme à l'avenir. Du point de vue de la classe ouvrière, Minneapolis a démontré que Trump peut être battu.
Dans ce contexte de profond mécontentement anti-Trump et de défaite politique et militaire majeure, il est fort probable que les Démocrates remportent des victoires importantes lors des élections de mi-mandat. Mais la haine de Trump ne doit pas être automatiquement assimilée à un enthousiasme pour les Démocrates, comme le montrent clairement les sondages : le Parti démocrate reste une alternative peu attrayante et peu inspirante pour de larges secteurs des masses.
Dans ce contexte, les démocrates n'ont eux non plus aucune alternative à proposer à la politique étrangère de Trump. Ils se sont opposés à la guerre, mais n'ont rien fait de concret pour y mettre fin. L'establishment américain dans son ensemble reconnaît le déclin historique des États-Unis, et la stratégie ratée de Trump met en évidence le manque d'alternative pour le conjurer.
Le secteur le mieux placé pour tirer parti du mécontentement à l'égard des deux partis est peut-être l'aile contestataire du Parti démocrate, qui défend une solution populiste de gauche — un État-providence sans guerre et aux frontières fermées où les travailleurs américains peuvent aspirer à une amélioration progressive et graduelle de leurs conditions de vie, mais sans toucher à l'essence même de la domination capitaliste ou impérialiste. Il s'agit toutefois d'un conte de fées irréaliste en pleine époque de crise, de guerre et de révolutions.
La classe ouvrière et les opprimés doivent se préparer aux conséquences du déclin des États-Unis et tirer parti des défaites de nos oppresseurs. De l'Iran à Minneapolis, le fil conducteur de nos luttes est que nous sommes exploités et opprimés par le même système impérialiste administré par la classe dirigeante – la bande d'Epstein – qui nous conduit vers la barbarie. La lutte contre Trump, l'extrême droite et l'impérialisme, tant à l'échelle mondiale qu'au niveau national, repose sur la résistance menée par les travailleurs et la jeunesse, ainsi que sur le sentiment anti-impérialiste grandissant qui s'enracine parmi l'avant-garde aux États-Unis.
Crédits Photo. Flickr White House.