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2000 morts : l'agression coloniale du Liban continue, Nawaf Salam pave la voie à la normalisation

Mon, 13 Apr 2026 22:05:17 CEST

Révolution Permanente

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Après plus de 40 jours de guerre, le bilan de l'agression israélienne du Liban s'élève désormais à plus de 2000 morts. Au même moment, le gouvernement de Nawaf Salam s'apprête à négocier avec Israël sans même que les bombardements ne s'interrompent.

Ce samedi, le ministère de la Santé libanais a annoncé que le bilan de la guerre israélienne contre le Liban s'élevait désormais à plus de 2000 victimes, dont 248 femmes, 165 enfants et 85 membres du personnel médical. À ces morts s'ajoutent près de 6500 blessés, mais aussi plus d'un million de déplacés, forcés de fuir le sud du pays face aux bombardements et incursions de l'armée israélienne, ainsi que la destruction de plus de 40 000 habitations au sud du pays.

Des chiffres qui témoignent de l'ampleur de la guerre d'agression coloniale, qui a atteint son apogée après l'opération « Nuit éternelle » lancée par Israël mercredi dernier, suite au refus d'inclure le Liban dans les négociations à Islamabad, qui se sont conclues ce samedi par un échec. Le crime de masse le plus atroce depuis la fin de la guerre civile en 1990.

Israël retire le Liban des négociations d'Islamabad et massacre la population

Mercredi dernier, quelques heures après que les États-Unis ont reculé sur leur menace d'« anéantir la civilisation iranienne » en acceptant l'ouverture de négociations avec l'Iran sur la base d'un cessez-le-feu — qui incluait notamment la fin de la guerre régionale, y compris au Liban —, l'armée israélienne a annoncé que le Liban ne serait pas inclus dans cet accord. Dans le même temps, Israël a lancé une offensive d'une extrême violence contre le Liban. En l'espace de quelques minutes, une centaine de frappes ont visé plusieurs zones du sud du pays, dans la Békaa et à Beyrouth, faisant près de 300 morts en moins de dix minutes.

Alors que la position israélienne consistait à dissocier le Liban du dossier iranien, le Premier ministre pro-impérialiste Nawaf Salam a semblé adopter la même ligne politique. Quelques heures après l'annonce des principaux points du cessez-le-feu qui devait être négocié à Islamabad, Nawaf Salam a déclaré que « personne ne négociera au nom du Liban », un message clairement adressé à l'Iran pour retirer le Liban du cadre des négociations, alors même qu'Israël venait de lancer son offensive.

La manœuvre du Premier ministre permet à Netanyahou de se présenter en position de force afin d'imposer ses conditions, notamment le désarmement du Hezbollah et l'application – sous les bombes – d'un accord de paix. Cette position constitue un véritable cadeau politique offert à Israël par le gouvernement libanais. Elle contribue en effet à déplacer le centre des négociations au sujet des combats au Liban loin d'Islamabad – où le rapport de force aurait pu être plus favorable à l'Iran.

Une rencontre directe entre Israël et le Liban

Alors que le gouvernement libanais tente de présenter cette rencontre avec Israël comme une tentative de défendre la souveraineté du pays, les négociations prévues, ce mardi 14 avril, entre Israël et le Liban n'ont rien de souverain, en même temps qu'elles marquent une rupture avec l'interdiction de toute forme de contact avec Israël, considéré comme un « État ennemi » dans le Code pénal libanais.

En effet, Israël a affirmé vouloir engager des négociations avec le Liban, par la voix de son ambassadeur aux États-Unis, Yechiel Leiter, chargé des discussions prévues à Washington. Cette logique a été pleinement assumée par Netanyahou lorsqu'il s'est rendu dimanche sur le territoire libanais aux côtés des forces israéliennes, dans une mise en scène relevant d'une opération de propagande coloniale, évoquant les négociations à venir.

Le Premier ministre israélien a posé deux conditions à la fin de la guerre : le désarmement du Hezbollah et la signature d'un « accord de paix qui tiendra pour des générations ». Autrement dit, Israël aborde ces négociations avec l'objectif d'obtenir des avancées majeures dans la normalisation de ses relations avec le Liban et dans la destruction du Hezbollah. De leur côté, le Hezbollah et son allié, le mouvement Amal, ont vivement critiqué la décision du gouvernement libanais et son attitude conciliatrice. Ils affirment que toute négociation ne pourrait être envisagée qu'après un cessez-le-feu, un retrait des troupes israéliennes et le retour des civils déplacés.

Leur portée apparaît cependant en réalité très limitée. D'une part, la composition de la délégation libanaise reste floue. D'autre part, Nawaf Salam est prêt à accepter la logique imposée par Israël, en acceptant d'ouvrir des discussions alors même que les bombardements israéliens se poursuivent et que l'armée israélienne continue sa progression. En effet, les forces israéliennes ont récemment encerclé la ville de Bint Jbeil, un village central du sud du pays qui relie plusieurs axes stratégiques dans le sud. Cette position revêt une importance particulière pour Israël dans la mise en œuvre de son projet d'extension et de contrôle territorial. C'est donc dans un contexte de pression militaire constante et d'intensification des opérations israéliennes que le gouvernement libanais compte se rendre à Washington pour entamer ces négociations.

Face à la complicité du gouvernement, les Libanais se mobilisent

Les positions du gouvernement libanais ont suscité une énorme colère chez les Libanais, notamment parmi les déplacés, qui voyaient dans les négociations à Islamabad une porte de sortie de la guerre et un espoir pour eux de retourner dans leur village. Après le massacre commis par Israël le 7 avril, et qui a plongé le pays dans un deuil collectif, les Libanais ont pris la rue vendredi et samedi au centre de Beyrouth pour dénoncer la complicité de Nawaf Salam et exiger sa démission. Plusieurs manifestants affirment : « Dans cette manif, il n'y a pas que des chiites, on est des chiites, sunnites, chrétiens, tous là pour défendre notre terre ».

Dans un reportage du Monde, un Libanais affirme, lors d'un hommage aux victimes à Saïda, que « les États-Unis vont être l'arbitre de ces discussions à Washington. Or, il s'agit du principal pays qui arme Israël. Comment leur faire confiance ? ». F., 60 ans, déplacé depuis le sud vers Beyrouth, note auprès de Révolution Permanente : « Ces négociations à Washington ne sont pas légitimes, et Israël ne pourra rien nous imposer, on ne va jamais accepter la normalisation, ça fait 30 ans qu'Israël essaie ». À côté des mobilisations des Libanais, le peuple iranien a pris les rues après les massacres pour exprimer sa solidarité avec des slogans : « Nous n'abandonnons pas le Liban ».

Ces mobilisations sont un point d'appui important qui doit inspirer la jeunesse et les travailleurs de la région, victimes de l'agression impérialiste, à se mobiliser contre la guerre en cours et à se prononcer pour la défaite de l'impérialisme étasunien et de l'État d'Israël, en toute indépendance politique du régime iranien ou de ses relais régionaux.

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