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École à deux vitesses : Geffray assume vouloir faire baisser les taux de réussite au bac et au brevet

Sun, 12 Apr 2026 12:12:48 CEST

Révolution Permanente

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Le ministre a annoncé vouloir le durcissement des modalités d'évaluation au bac et de brevet, ainsi que la création d'un concours général des collèges. Une politique visant à renforcer le tri social à l'école, dans un contexte de casse austéritaire et de militarisation.

Dans un entretien du 2 avril dernier pour le journal Dauphiné libéré, Édouard Geffray a annoncé la création d'un concours général des collèges, ainsi que le durcissement des modalités d'évaluation au bac et au brevet. Des mesures visant, selon le ministre, à « valoriser [...] l'excellence », alors que, dans le même temps, le budget 2026 prévoit 4000 suppressions de postes d'enseignant·es et des centaines de fermetures de classes pour la rentrée 2026.

Le ministre assume faire baisser les futurs taux de réussite au bac et au brevet pour renforcer encore la sélection

Un premier levier qu'Édouard Geffray compte utiliser pour durcir la sélection au baccalauréat est la limitation des points jury. Les élèves ayant obtenu moins de 8/20 ne pourront plus être repêchés pour le rattrapage par décision du jury.

L'autre levier est l'orthographe : « On ne peut plus accorder la moyenne à une copie présentant une orthographe et une syntaxe déplorable. » Annoncée par le ministre de l'Éducation comme une mesure de bon sens, que les élèves pourraient, selon lui, facilement surmonter par une meilleure méthode de relecture, l'objectif apparait surtout de renforcer encore le tri social à l'école, l'orthographe restant un important marqueur social – sans parler des élèves relevant de troubles tels que la dyslexie.

Ce projet, qui vise à valoriser une forme d'élitisme au collège et au lycée, passe également par un durcissement du brevet. Après l'abandon du « brevet couperet » de Gabriel Attal devant conditionner l'accès au lycée, Édouard Geffray assume vouloir « une chute assez drastique du taux de réussite » au diplôme national du brevet (DNB). Pour la session 2026, l'examen passe de 50 à 60 % de la note finale et le contrôle continu prend désormais en compte les notes de 3e, et non plus la maîtrise d'un « socle commun » de connaissances et compétences sur l'ensemble du cycle 4 (5e, 4e, 3e).

C'est qu'en l'absence d'investissements massifs et de moyens suffisants pour permettre une meilleure éducation, Geffray défend la méthode pédagogique de la culpabilisation : « il est essentiel de leur dire la vérité très tôt sur leur niveau réel afin qu'ils puissent ajuster leurs efforts. » Mais cette justification de façade ne cherche qu'à masquer le réel projet derrière ces transformations : mettre les élèves en difficulté en situation d'échec dès le plus jeune âge et préparer leur exclusion future des études supérieurs.

Un nouveau concours général des collèges pour renforcer une école à deux vitesses

Pour développer l'école à deux vitesses, sanctionner et culpabiliser les élèves en difficulté ne suffit pas. L'autre versant des mesures du ministre consiste dans une accentuation de la compétition : « il faut aussi donner un horizon aux élèves les plus à l'aise et qui ont envie d'être nourris. Dans cet esprit, nous allons créer un concours général des collèges en 2027. Les établissements pourront inscrire jusqu'à 10 % de leurs élèves. »

Sous couvert « d'émulation », il s'agit surtout d'encourager un élitisme à destination des « plus à l'aise » qui s'avèrent – sans surprises – être bien souvent les plus aisés. Le Top 10 des établissements les plus primés en 2025 au concours général des lycées est en effet édifiant : Lycée privé Stanislas, Lycée Louis-le-Grand, Lycée International de Saint-Germain-en-Laye, mais aussi lycée français à Munich, Shanghai ou Londres.

Une école du tri scolaire et social, au service des besoins du patronat, et bientôt de l'armée ?

Alors que l'école subit une offensive austéritaire d'une ampleur inédite depuis Sarkozy, avec 4000 suppressions de postes d'enseignant·es prévu à la rentrée, que le nombre d'élèves par classe en France est parmi les plus élevés d'Europe, et que l'organisation de soutien scolaire devient toujours moins envisageable dans les établissements, cette évolution des critères d'évaluation ne va que durcir la sélection des élèves en fonction de leur origine sociale. La France est en effet l'un des pays de l'OCDE où la réussite scolaire est la plus fortement corrélée à l'origine sociale – ce que reconnait y compris le ministère de l'économie.

Après la réforme du baccalauréat, Parcoursup et feus les groupes de niveau au collège, les transformations des modalités d'examen ne visent pas d'autre but que de permettre la séparation grandissante entre, d'une part, une jeunesse « d'excellence », à laquelle les études supérieures seraient réservées et qui aurait été habituée à l'élitisme de la sélection par concours, et d'autre part la constitution d'une main d'œuvre bon marché pour l'industrie. Une main d'œuvre elle-même susceptible, dans un contexte global de militarisation et de multiplication des guerres, d'être recrutée efficacement par l'armée comme chair à canon.

Il devient dès lors urgent de dénoncer ce projet d'école en lui opposant des revendications claires. Contre une école qui vise à renforcer la sélection scolaire et le tri social, et prépare la jeunesse à la soumission au patronat, il faut lutter contre tous les dispositifs qui visent à renforcer la sélection, pour la nationalisation des établissements privés, qui participent du tri social tout en étant financés par l'Etat, ainsi que pour la fin des notes et des examens et concours qui y sont associés. Et ce dans l'objectif de la mise en place d'une école unique, de la maternelle au lycée, combinant enseignement général et technique, pour tous les élèves sans distinction, afin de donner à toutes et à tous une chance de choisir son avenir.

Crédits photo : Capture d'écran RTL Matin

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