Retour

Lyon 2. La CFVU vote contre le plan de suppressions de 28 000 heures : un point d'appui pour la mobilisation !

Sat, 11 Apr 2026 17:07:35 CEST

Révolution Permanente

Ouvrir l'original

La présidence de Lyon 2 a subi un revers ce vendredi avec le rejet de son plan d'austérité et de suppressions de cours. Alors qu'un projet alternatif va être présenté, il faut approfondir la mobilisation et exiger qu'aucune heure ne soit supprimée !

Alors que la présidence de l'université Lyon 2 veut mettre en place un plan d'austérité drastique, avec notamment la suppression de 28 000 heures de cours, elle a subi un premier revers ce vendredi lors du vote en CFVU. La mesure a en effet été refusée avec 17 votes contre, 12 pour et 4 abstentions. Ce coup d'arrêt doit servir de point d'appui pour continuer et élargir la mobilisation, car la direction de l'université ne compte pas s'arrêter là, et va devoir présenter un nouveau plan d'austérité.

Le plan de suppressions de 28 000 heures mis en échec

En effet, la situation budgétaire à Lyon 2 est particulièrement difficile. Après 4 millions d'austérité votés à l'automne dernier et l'application de la loi raciste Bienvenue en France à la rentrée 2025, la présidence souhaitait faire 1,5 million d'économies en supprimant 28 000 heures de cours, soit 10% de l'offre de formation.

Pour mener à bien son plan, la présidence prévoyait un minimum de 3% de cours supprimés en licence et 5% en master pour toutes les formations, en comptant faire augmenter ces seuils pour les UFR avec le moins d'effectifs ou considérés comme moins professionnalisant. D'après un militant CGT à l'université de Lyon 2 « leur objectif est d'en finir avec les filières jugées non rentables, et favoriser l'alternance et la formation professionnelle pour récolter des fonds propres ». Un exemple criant du rôle de l'austérité dans les facs, qui sert à imposer un modèle d'université toujours plus adapté aux besoins et exigences du patronat.

Certaines filières sont ainsi menacées de fermeture, comme la licence de portugais. Dans les masters, des parcours entiers pourraient être fermés, comme nous l'explique un étudiant en géographie : « Je suis en M1 dans le parcours environnement et urbanisme et on nous a déjà annoncé que le parcours allait fermer après l'année 2026-2027, ils ne font déjà plus rentrer personne dans le parcours et quand le cursus actuel de deux ans se termine le parcours est fermé. Ça veut dire que si on redouble notre M1, on n'aura pas la possibilité de finir le cursus, le parcours n'existera plus ». Ainsi, la présidence coupe des places filière par filière, pour éviter de rendre l'attaque trop visible et limiter l'organisation collective des étudiants et personnels.

Une colère importante chez les personnels

Pour autant, ce plan ne semble pas fonctionner pour l'instant. Le projet d'attaque a choqué largement étudiants et personnels, qui voient leurs conditions d'étude et de travail fortement menacées. Ce vendredi 10 avril, un rassemblement intersyndical était ainsi organisé dans la cour du site de Berges du Rhône de Lyon 2, où s'est tenue la CFVU, à l'appel de la CGT, Solidaires, l'UNEF, l'Union étudiante, la FSE et Le Poing Levé. Les personnels mobilisés ont expliqué comment le manque de moyens impacte leurs conditions de travail. Un militant Sud Solidaires nous expliquait ainsi « il y a une envie de se mobiliser chez les collègues, dans les UFR de langue et de droit économie gestion, les personnels ont envoyé des mails sur les listes de diffusion pour témoigner de situation de fatigue et d'épuisement à cause du manque de moyens. Ça montre le ras-le-bol et un mal-être important, que la présidence cherche à cacher, elle a même reproché aux syndicats d'avoir relayé ces mails ».

Alors que la présidence espérait que chaque UFR se dispute le nombre réduit d'heures à répartir, pour diviser les personnels et limiter une réaction collective, c'est pour l'instant l'inverse qui se produit. Le même syndicaliste explique « le fait que des collègues de filières habituellement peu mobilisées s'expriment, se rendent en réunion d'information, ça commence à les inquiéter ». Dans le même temps, la direction de l'université demande déjà aux formations de remplir des maquettes de cours, avec un volume horaire réduit : « dans la pratique c'est irréalisable ce qu'on nous demande de faire. Les délais sont intenables et il y a des situations absurdes. Vu qu'on ferme leurs cours, on va demander aux profs de portugais de donner des cours d'anglais ! ».

Cette colère latente a sans doute fait pression sur les élus à la CFVU pour refuser le plan d'austérité. La présidence avait commencé à réduire l'ampleur de l'attaque, en proposant ce vendredi un peu moins de 24 000 heures de suppressions au lieu des 28 000 initiales. Avec le rejet de la proposition, elle va devoir proposer un plan alternatif, qui comprendra sans aucun doute toujours des suppressions importantes. L'enjeu est donc de ne pas s'arrêter à ce premier revers, et mobiliser étudiants et personnels pour mettre en échec le plan d'austérité dans son intégralité, et refuser toute suppression d'heures.

Pour gagner contre l'austérité il faut préparer la mobilisation !

L'enjeu de se mobiliser est d'autant plus important que les attaques à Lyon 2 s'enchaînent depuis plusieurs années. Pour les étudiants étrangers notamment, l'application de la loi raciste Bienvenue en France va encore être durcie à la rentrée prochaine. Depuis septembre 2025 ils ne bénéficient déjà plus de l'exonération par l'université, mais certains ont pu avoir une reconduction tacite pour des critères sociaux, ce qui sera plus difficile l'an prochain. L'application de Bienvenue en France plonge déjà beaucoup d'étudiants étrangers dans une situation de grande précarité, et d'incertitude liée aux démarches administratives. Un enseignant mobilisé nous raconte : « j'ai des étudiantes qui n'ont toujours pas reçu de certificat de scolarité car elles n'ont pas pu payer l'intégralité des frais d'inscription, on ne peut pas inscrire leurs notes sur le logiciel. Ca bloque aussi les démarches pour le CROUS, pour toutes les aides. Elles ne viennent plus en cours parce qu'elles ont peur d'être dénoncée et radiées ! » Une inquiétude attisée par la répression que l'on voit dans de nombreuses facs, à l'image de l'université de Strasbourg qui a scandaleusement exclu 25 étudiants pour cette raison.

Face à la situation à Lyon 2, l'enjeu est de répondre par une mobilisation large des étudiants et personnels, qui prenne appui sur le revers de la présidence en CFVU, exige qu'aucune heure ne soit supprimée et la fin de l'application de la loi raciste Bienvenue en France. Lors du rassemblement devant la CFVU, Io, militante au Poing Levé, expliquait ainsi « il faut s'inspirer des mobilisations dans les facs, comme à Toulouse où les étudiants en s'organisant dans des AG ont obtenu le remboursement intégral de frais de scolarité d'étudiants qui avaient vu leur master passer à 10 000 € l'année, ou à Bordeaux, où il y a des AG à plus de 600 étudiants et de personnels, qui revendiquent le mot d'ordre « Pas un euro, pas un poste, pas une place en moins ! ». Des exemples qui doivent inspirer les étudiants de Lyon 2, et montrent qu'un mouvement national contre l'austérité est possible, tant les attaques sont généralisées à toutes les universités.

Pour préparer un mouvement d'ampleur, les étudiants doivent s'organiser dans les promos et les UFR dans des assemblées générales, pour recenser les attaques en cours, discuter de revendications aux côtés des personnels, et convaincre leurs camarades de l'enjeu de se mobiliser, en cette fin d'année université et en vue de la rentrée de septembre. Dans le même temps, le retard de la présidence pour changer les maquettes et appliquer les suppressions d'heures est un point d'appui pour les travailleurs de l'université, qui peuvent mettre la présidence en échec en s'organisant par la grève. Au Poing Levé, nous pensons qu'il faut encourager les tendances à la mobilisation, se préparer à une lutte de longue haleine contre l'austérité, construire l'alliance entre étudiants et personnels car ensemble ils ont la force de mettre en échec le plan de la présidence et se battre pour une université ouverte à toutes et tous.

/ / / / / /