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L'échec de Trump offre à la Chine une occasion de vaincre sans combat au Moyen-Orient

Fri, 10 Apr 2026 18:25:07 CEST

Révolution Permanente

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La Chine a joué un rôle décisif dans la conclusion du cessez-le-feu entre les États-Unis et l'Iran, tout comme elle l'avait été pour appuyer les efforts de Téhéran visant à fermer le détroit d'Ormuz. Quel lien lie ces deux épisodes dans la stratégie chinoise ?

Un parallèle s'impose entre l'attitude de la Chine et la maxime attribuée à Napoléon Bonaparte, observant les Autrichiens abandonner une position avantageuse à Austerlitz : « N'interrompez jamais votre ennemi lorsqu'il est en train de commettre une erreur ».

Pékin a fait sienne cette règle de conduite. Elle a laissé Donald Trump s'embourber dans ses propres erreurs, aggravant ainsi le déclin stratégique des États-Unis dans l'agression impérialiste contre l'Iran. Comme le souligne The Economist, « toutes les guerres n'ont pas un vainqueur. Mais toute guerre a au moins un perdant et, si le cessez-le-feu marque la fin de la guerre en Iran, le plus grand perdant sera Donald Trump. »

Malgré certaines contradictions, la Chine apparaît jusqu'ici comme la principale bénéficiaire du conflit. Plus que les perturbations temporaires de ses approvisionnements énergétiques, ce qui compte pour Xi Jinping est de voir les États-Unis sortir affaiblis de la séquence.

C'est bien ce qui semble se dessiner. Trump, en position de faiblesse et relégué au rôle de simple spectateur face au contrôle exercé par l'Iran sur le détroit d'Ormuz, s'est résolu à un accord fragile de cessation des hostilités, sans avoir atteint les objectifs politiques qu'il s'était fixés, révélant au passage les limites de la coercition militaire étasunienne.

Dans le même temps, la Chine s'est révélée indispensable à la conclusion de cet accord, en pesant de manière décisive sur la médiation engagée par le Pakistan. Pourquoi ? Parce que chaque phase de la guerre obéit à sa propre logique. Pékin ne s'est pas contenté d'observer passivement les erreurs de Trump, mais veut aussi éviter que l'escalade conduise à des conséquences trop graves dans une région où elle dispose d'intérêts stratégiques majeurs.

La Chine veut un Moyen-Orient stabilisé et ouvert aux affaires

Une chose est de voir son principal rival s'enliser en Iran ; une autre serait de laisser cette autodestruction stratégique nuire aux intérêts économiques fondamentaux de la Chine au Moyen-Orient. C'est dans ce cadre que Pékin a ajusté sa ligne : faire pression sur l'Iran pour qu'il accepte un accord qui, dans les conditions présentes, ne pouvait être que défavorable aux États-Unis, tout en évitant une escalade plus large. Mieux encore, la fin des hostilités permet au capitalisme chinois de tirer profit d'un nouvel épisode de discrédit de l'impérialisme au Moyen-Orient.

Après l'échec des premières attaques étasuniennes, qui ne sont pas parvenues à causer un « changement de régime », et la reprise des flux énergétiques dans le Golfe, l'initiative stratégique est passée dans les mains de Téhéran. Carpe diem pour la Chine. Pékin a su saisir l'occasion, en soutenant en coulisses l'effort iranien, comme elle l'avait fait pour la Russie face à l'Ukraine. Sous couvert de neutralité, la Chine est devenue un fournisseur clé de perchlorates indispensables à la fabrication de propergol solide utilisé pour la propulsion des missiles, ainsi que de composants microélectroniques et de modules satellitaires BeiDou 3 (le système chinois équivalent au GPS pour les frappes de précision), permettant à l'Iran de viser des cibles américaines et leurs alliés régionaux. De fait, Pékin a contribué au verrouillage du détroit d'Ormuz.

La situation a toutefois changé lorsque Trump a menacé de détruire les infrastructures électriques iraniennes si aucun accord n'était trouvé. La destruction des installations énergétiques alimentant l'extraction et le raffinage du pétrole et du gaz (comme la centrale thermique de Damavand ou la centrale nucléaire de Bushehr) aurait eu des répercussions majeures pour la Chine. Des représailles visant l'ensemble des infrastructures énergétiques du Moyen-Orient – la cité industrielle de Ras Laffan au Qatar, plus grand pôle mondial d'exportation de gaz naturel, ou le champ pétrolier de Ghawar en Arabie saoudite – auraient profondément bouleversé l'économie mondiale pour une durée indéterminée.

Le risque d'escalade constitue donc un problème pour Pékin. D'abord parce qu'il pourrait offrir aux États-Unis ce qu'ils n'avaient pas réussi à obtenir jusque-là : rouvrir par la force le détroit d'Ormuz, créant ainsi un précédent qui pourrait justifier des entreprises similaires sur d'autres théâtres, notamment en Asie-Pacifique. Le chef de la diplomatie chinoise, Wang Yi, a multiplié les contacts avec ses homologues régionaux pour souligner la nécessité d'un cessez-le-feu et dissuader tout recours à la force pour rouvrir le détroit. La Chine, aux côtés de la Russie, a d'ailleurs opposé son veto à une résolution de ce type à l'ONU.

Mais l'inquiétude principale est d'ordre économique. Bien qu'elle soit un grand producteur pétrolier, la Chine importe plus de 70 % du pétrole qu'elle consomme (environ 11 millions de barils par jour), dont 40 % proviennent du Moyen-Orient via Ormuz. Elle est le premier acheteur de pétrole iranien (13 % de ses importations maritimes transitent par ce détroit), ainsi que de fertilisants et de ressources stratégiques comme l'hélium — sous-produit du gaz naturel essentiel à la fabrication de semi-conducteurs et aux technologies qui alimentent l'économie de l'intelligence artificielle. Un conflit prolongé pourrait non seulement perturber les routes commerciales et renchérir les coûts d'importation, mais aussi provoquer des pénuries pour l'industrie de haute technologie chinoise. En poussant au cessez-le-feu, Pékin a donc protégé à la fois sa relation stratégique avec Téhéran et sa sécurité énergétique.

Au-delà, cette intervention s'inscrit dans une stratégie politique plus globale : éviter une déstabilisation durable du Moyen-Orient, préserver ses intérêts économiques et affirmer son rôle de contrepoids à l'hégémonie américaine. Les investissements chinois dans la région sont considérables et diversifiés — énergie, infrastructures, technologies, finance — et constituent un pilier central des « Nouvelles routes de la soie ». En Arabie saoudite, la Chine a investi des milliards dans des projets pétrochimiques et d'énergies renouvelables, en lien avec la Vision 2030 de Riyad, tout en sécurisant ses approvisionnements pétroliers à long terme. Aux Émirats arabes unis, ses investissements couvrent les véhicules électriques, l'aéronautique et le numérique. Au Qatar, des accords gaziers incluent des participations dans des champs comme North Field East et North Field South.

L'importance de sécuriser ses approvisionnements en matières premières depuis l'Iran, l'Arabie saoudite, les Émirats, le Qatar et aussi Israël – la Chine étant devenue le premier exportateur de biens vers Tel-Aviv, avec des investissements dans les ports et les lignes ferroviaires à grande vitesse de l'enclave coloniale – fait du Moyen-Orient la deuxième zone d'influence de Pékin, aux côtés de l'Afrique. Il n'est donc pas dans son intérêt que des infrastructures dont elle tire des bénéfices croissants soient durablement endommagées voire détruites.

Un autre enjeu central est l'extension de l'usage du yuan dans les transactions énergétiques. Certains parlent déjà de « pétroyuan ». Sans pouvoir encore détrôner le dollar, la Chine profite du chaos provoqué par les États-Unis pour étendre progressivement l'usage de sa monnaie. Le système chinois de paiements interbancaires transfrontaliers (CIPS) a récemment enregistré 1 220 milliards de yuans de transactions en une seule journée (178,5 milliards de dollars), en grande partie liées au Moyen-Orient. L'Iran fait partie des pays qui sont encouragés à utiliser le yuan en raison de l'impact des sanctions américaines.

Comme le souligne Federico Fubini dans Le Grand Continent, « le dollar résiste pour des raisons structurelles très réelles, mais qui ne sont pas des raisons de confiance, car il n'y a pas d'alternative. Cette résistance par défaut d'alternative est une résistance fragile parce qu'elle repose sur le coût de sortie plus que sur la confiance dans la robustesse de l'émetteur. Or ce coût n'est pas fixe. Il diminue à mesure que les alternatives se renforcent, même lentement. Chaque contrat pétrolier signé en yuans, chaque réserve centrale reconstituée partiellement en or, chaque accord bilatéral libellé en renminbi réduit imperceptiblement ce coût. Le processus est lent, invisible dans les marchés au quotidien. »

Les difficultés internes de la Chine sont en partie masquées par les erreurs de Trump. Dans le contexte des négociations, après le cessez-le-feu, Xi Jinping a exigé des commandants militaires qu'ils restaurent et promeuvent les « bonnes traditions du Parti et de l'Armée », abandonnent les « attitudes erronées » et restent fidèles à l'identité nationale. Le problème « Zhang Youxia » semble relégué au second plan. Mais la formation de généraux loyaux, ainsi que l'absence de spécialistes et de militaires de carrière au sein de la Commission militaire centrale, apparaissent comme des difficultés sans solution immédiate pour un pays aux ambitions expansionnistes en Asie-Pacifique et à Taïwan.

Peut-être plus encore que la maxime de Napoléon, la Chine suit un principe classique de Sun Tzu : remporter cent victoires sur le champ de bataille n'est pas l'excellence suprême ; l'excellence suprême consiste à vaincre sans combattre. Elle y parvient aujourd'hui en grande partie grâce aux erreurs de Trump. Les prochains développements diront jusqu'où le capitalisme chinois, dans sa forme réactionnaire, pourra progresser au Moyen-Orient, longtemps dominé par l'impérialisme américain.

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