« Affaire Ultia » : le CNC cède à l'extrême droite et suspend un fonds d'aide à la création
Fri, 10 Apr 2026 18:20:35 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalAprès une polémique lancée sur X par l'extrême droite, le CNC a limogé la streameuse Ultia et suspendu l'attribution du fonds d'aide pour les créateurs sur les réseaux sociaux. Une première victoire pour l'extrême droite qui rêve de mettre le cinéma et la culture au service des milliardaires.

Gaëtan Bruel, le président du Centre National du Cinéma et de l'image animée (CNC) a, sous pression de l'extrême droite, annoncé ce mercredi 8 avril le gel du « Fonds d'aide à la création sur les plateformes sociales » jusqu'à « nouvel ordre ». Ce dispositif, qui remplaçait depuis janvier le CNC Talents, créé en 2017, supporte financièrement des projets et des créateurs de contenus sur les réseaux sociaux.
Cette suspension fait suite à une polémique déclenchée par un clip de la streameuse Ultia, publié par le compte d'extrême droite TwitchGauchiste. Réagissant à sa récente nomination au sein du jury, elle déclarait ne pas vouloir soutenir des projets proposés par des personnes d'extrême droite et qu'elle défendrait en commission les projets de ses proches. Alors qu'elle subit une campagne de cyberharcèlement sexiste depuis le ZEvent en septembre 2021, elle a été confrontée à une nouvelle vague d'attaques.
Si son propos a été tronqué et déformé (l'extrait, de moins de trois minutes, élude des passages où Ultia explique que « c'est évidemment subjectif, c'est pas pour rien qu'on est une bonne dizaine, on est là pour se contredire »), le CNC a décidé de mettre fin à ses fonctions le jour même, sans procédure contradictoire ou possibilité qu'elle puisse se défendre, cédant ainsi aux pressions réactionnaires.
Si l'extrême droite prétend, avec cette affaire, dénoncer les conflits d'intérêt et le copinage, elle n'a rien à dire sur les nombreuses affaires de corruption dans le monde de la culture, comme les détournements d'argent public répétés de la part de Rachida Dati, ou les nominations de certaines personnes à la tête de grandes institutions, favorisées par leur proximité avec le pouvoir.
Cette concession de la part du CNC est une première victoire pour ceux qui, comme le Rassemblement national, souhaitent la suppression totale de cette institution, parce qu'elle ne soutiendrait que des projets « idéologiquement orientés et uniformes pour une rentabilité nulle ». Cette offensive s'accompagne, depuis des mois, par une campagne pour la privatisation de l'audiovisuel public, menée par le député UDR Charles Alloncle, en tant que rapporteur de la commission parlementaire sur l'audiovisuel public.
La structure de financement qui vient d'être suspendue constituait déjà un recul face aux attaques contre le CNC Talents. Le CNC avait publié un communiqué dénonçant le détournement des aides du CNC Talents vers la production de « contenus de nature informationnelle » tout en expliquant qu'il ne subventionnerait plus les « reportages, analyses factuelles et commentaires de l'actualité ».
Le CNC pourra donc demander des remboursements rétroactifs si les sujets subventionnés sont de nature informationnelle plus qu'artistique. À un an des présidentielles, cette mesure va rendre encore plus difficile la production de contenus au sujet de la situation internationale convulsive, des attaques de l'extrême droite, des agressions impérialistes à répétition contre l'Iran ou le Venezuela ou du génocide à Gaza.
De plus, cette attaque intervient en même temps que l'audition par le Sénat de différents médias au sujet des « zones grises » de l'information : bien sûr, seuls des vidéastes comme Jean Massiet et des médias d'investigation comme Mediapart et Disclose sont interrogés. Les grands médias tenus par des milliardaires ne sont pas soupçonnés d'entrer dans ces « zones grises », évidemment.
Ces attaques de l'extrême droite visent à profiter du définancement public de la culture et du cinéma pour y imposer l'hégémonie idéologique des Bolloré, Stérin et du grand patronat, avec la complicité du CNC qui cède aux pressions réactionnaires. Au-delà de l'aspect idéologique, ce seront les travailleurs de l'audiovisuel et du cinéma qui subiront les conséquences des offensives austéritaires accrues et de la précarisation des conditions de travail. D'où l'importance de se mobiliser, comme l'ont fait récemment les travailleurs de l'UGC Les Halles ou du Louvre.