Toulouse. Une semaine de mobilisation dans l'éducation : il faut un plan de bataille à la hauteur !
Fri, 10 Apr 2026 22:15:01 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalFermetures de classes, suppression de postes, élèves sans AESH… Face aux conséquences de l'austérité, les enseignant·e·s et le personnel de l'éducation étaient mobilisé·e·s cette semaine pour faire entendre leurs revendications.

Des journées de grève suivies dans le premier degré et chez les AESH
Mardi 31 mars a marqué le début d'une « semaine de mobilisation » du corps enseignant dans le premier et second degré, appelée par l'intersyndicale de l'Education Nationale, avec un taux de grévistes dans le premier degré estimé par les syndicats à 30% à l'échelle nationale. À Toulouse, cela s'est traduit par un taux de participation de 24,34 % dans le premier degré et de 8,72 % dans le second. Au total, sur les 134 écoles de la métropole toulousaine, 26 écoles étaient fermées sur plusieurs jours (Simone Veil, Châtelêt, Michoun, Périole, Héritier, …), voire toute la semaine comme l'école Marengo. Le Rectorat s'est vu également occupé pendant une journée par plus de 300 personnes.
Ces journées de grève sont la conséquence directe du budget 2026. Annonciateur d'une véritable saignée dans l'Education Nationale, on parle d'une suppression de 4000 postes d'enseignants, alors que le nombre d'absences non remplacées a augmenté de 49 % dans le premier degré et de 93,2 % dans le second degré entre 2018 et 2024.
Le personnel de l'éducation alertait déjà lors du vote sur les conséquences des suppressions de postes et des fermetures de classes allant à l'encontre des besoins de la population, mais la nouvelle « carte scolaire » a marqué un sursaut dans la colère enseignante : 17 postes d'enseignants titulaires dans le premier degré sont menacés d'être supprimés au niveau du département, et 94 à l'échelle de l'Académie de Toulouse, ce qui pourrait signifier jusqu'à 165 fermetures de classes pour la rentrée prochaine.
Jeudi 2 avril, c'était au tour des AESH de se mettre en grève et de réunir en assemblée générale une centaine de personnes. Déjà mobilisé·e·s le 16 décembre, le 11 et le 12 février derniers, les AESH appelaient à un durcissement de la mobilisation. En effet, en France, sur les 35 2102 élèves handicapés disposant d'une notification MDPH à la rentrée 2025, 48 726 élèves n'étaient pas accompagnés, dont 1 741 sur l'Académie de Toulouse. En outre, le 7 janvier dernier, le Sénat a rejeté la proposition parlementaire de loi visant à créer un corps de fonctionnaires de catégorie B pour les AESH, ce qui aurait pu leur permettre d'accéder à une revalorisation de leur métier.
Pour organiser la colère, il faut un plan de bataille à la hauteur !
Alors que la colère monte dans les établissements et que enseignants, élèves et parents s'organisent pour contester la politique gouvernementale, la question de la stratégie de l'intersyndicale se pose de plus en plus frontalement.
Face à un pouvoir macroniste inflexible, les appels à des journées isolées apparaissent insuffisants pour nombre d'acteurs mobilisés. En effet, les appels de l'intersyndicale à deux journées dans la même semaine sans coordination des secteurs conduit à diviser les forces plutôt que de les unifier. Cette stratégie empêche de penser la construction d'un mouvement de masse capable de s'affronter à l'ampleur de l'offensive austéritaire.
Au-delà de la division des dates, c'est la stratégie du « dialogue social » de l'intersyndicale qui se révèle insuffisante. Alors que des formes d'auto-organisation émergent, comme les assemblées générales de personnels, qui rassemblent de plus en plus largement et cherchent à coordonner les luttes entre établissements, l'idée d'un mouvement plus structuré et coordonné gagne du terrain, avec l'ambition de dépasser les revendications locales pour construire un rapport de force à l'échelle nationale.
Au lieu de s'appuyer sur cette colère pour durcir la mobilisation, l'intersyndicale reste l'arme au pied, à l'image de Sophie Vénétitay, secrétaire du SNES-FSU, syndicat majoritaire dans l'éducation, qui déclare : « Ces mobilisations en continu montrent qu'il faut abandonner la logique des suppressions d'emplois. Nous envoyons aussi un message fort en vue du budget 2027 : il serait irresponsable qu'il ne comporte ni revalorisations salariales ni arrêt des suppressions de postes ». Ainsi, elle appelle en réalité à négocier la misère, abandonner la mobilisation dans la rue et repousser l'échéance de la lutte au prochain budget.
Faire front contre l'austérité : de l'argent pour l'éducation, pas pour l'armée !
Pour arracher des moyens à la hauteur des besoins, il faut une stratégie alternative et un programme offensif qui revendique l'ouverture de 600 postes d'AESH et 500 postes de professeurs dans l'académie de Toulouse, la titularisation de tous les contractuels, mais également le contrôle des budgets alloués à l'Éducation nationale par le personnel, les élèves et leurs familles, afin de décider de l'orientation à donner à une école qui soit mise au service de la population.
Alors que le prix de l'essence atteint un prix record de 2,18 euros le litre, dépassant son précédent sommet de 2022, il faut articuler ces revendications avec des mesures sur le pouvoir d'achat en exigeant l'indexation des salaires sur l'inflation ainsi qu'une augmentation salariale de 400 euros nets pour chacun.
Pendant que l'austérité et la casse des services publics se poursuivent, les budgets de l'armée explosent. Dans cette perspective, la mobilisation du personnel de l'éducation et des parents d'élèves doit défendre un investissement massif dans les services publics plutôt que dans l'armée. À l'heure du matraquage idéologique et de la multiplication des partenariats avec l'armée dans l'éducation, il y a urgence à lutter contre la casse de l'école au nom de la militarisation !