Attaque contre le 1er mai : un symbole et une brèche contre les droits des travailleurs
Thu, 09 Apr 2026 20:05:37 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalL'Assemblée s'apprête à voter une loi permettant à certains commerces d'ouvrir le 1er mai et de faire travailler leurs salariés lors du seul jour chômé de l'année. Une mesure contre les travailleurs et la mémoire ouvrière, dans la lignée des attaques austéritaires du gouvernement.

Ce vendredi 10 avril, une proposition de loi visant à élargir les catégories de salariés autorisés à travailler le 1er mai, seul jour officiellement « chômé » en France depuis 1948 - c'est-à-dire où les salariés ont l'obligation légale de ne pas travailler - sera soumise au vote à l'Assemblée. Préalablement adopté en première lecture par le Sénat en juillet 2025, le projet de loi concerne, a minima, 1,4 millions de travailleur·euses.
À l'heure actuelle, certains secteurs, « dont la nature de l'activité ne peut pas être interrompue », font déjà travailler leurs salariés le 1er mai : la sécurité, la santé, l'hôpital. Le but de la proposition de loi est d'étendre cette exception aux « commerces de bouche de proximité » (boulangeries, boucheries), aux secteurs répondant à un « usage traditionnel propre au 1er mai » (fleuristes), et aux établissements exerçant « une activité culturelle » (cinémas, théâtres). Il existait déjà une tolérance pour les commerces autorisés à ouvrir le dimanche, comme les boulangeries, mais l'objectif est de l'officialiser.
La proposition fait suite à une polémique, lancée l'an dernier, lorsque des boulangers ont été sanctionnés par l'Inspection du travail pour avoir fait travailler leurs salariés le 1er mai. Le gouvernement s'est depuis empressé de soutenir la proposition de loi en engageant une procédure accélérée, pour permettre aux salariés de certains établissements et services de travailler dès cette année. Initié par deux sénateurs centristes au printemps 2025, le texte a ensuite été porté par les députés LR en janvier 2026 lors de leur niche parlementaire à l'Assemblée, où ils ont échoué à faire examiner le texte par manque de temps. Ce sont désormais les députés Renaissance qui portent ce projet, à l'occasion de la niche dont ils disposeront vendredi 10 avril.
L'ensemble des groupes de gauche ont rejeté la proposition de loi au Sénat, et l'intersyndicale a publié un communiqué contre la mesure, affirmant que, « sous couvert d'une liste d'établissements visés, elle constitue une première brèche et remet en cause la précieuse exceptionnalité du 1er mai ». La CGT avait prévenu dans un précédent communiqué : « Pas question que le gouvernement reprenne à son compte cette proposition de loi et la présente à nouveau à l'Assemblée nationale ! Ce serait un casus belli ! ».
Plus récemment, Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, a recadré Gabriel Attal, président des députés Renaissance, l'interpellant sur son souhait de faire travailler les salariés sur la base du « volontariat » le jour de la Fête du travail. En effet, comme le rappelle la CGT, le volontariat semble bien utopique, compte tenu du rapport de subordination qui unit tout salarié à son employeur, sans parler du contexte austéritaire qui précarise toujours plus les travailleur·euses.
Malgré la mobilisation, les députés macronistes reprennent la proposition de loi sénatoriale, et publient même une pétition pour obtenir des soutiens sur leur texte. Gabriel Attal, président du parti, a en effet décidé d'en faire son combat du moment afin d'apporter une « solution à ceux qui veulent bosser », avec le soutien de Jean-Pierre Farandou. En effet, le ministre du Travail se dit favorable à cette proposition de loi, évoquant un « trou dans la raquette » du Code du travail et soulignant que « clarifier cette pratique par un cadre légal [lui] paraît de bon sens ». Il justifie sa position en déclarant : « Je voudrais que ce soit une fête de réconciliation » et ajoutant « il n'y a pas de travail sans les entreprises ».
La voie pour l'adoption du texte par les députés semble toute tracée, grâce au soutien de l'ensemble des partis du centre, de la droite et de l'extrême droite en commission des affaires sociales, en début d'année. La macronie et ses soutiens ouvrent ainsi une brèche, dans laquelle les futurs gouvernements ne manqueront pas de s'engouffrer pour finir par liquider le 1er mai, jour chômé gagné en 1947 après des décennies de lutte pour de meilleures conditions de travail. Un symbole alors que la journée internationale des travailleurs commémore la répression meurtrière des grèves menées autour du 1er mai 1886, à Chicago, pour obtenir la journée de huit heures, mais aussi, en France, la fusillade de travailleurs à Fourmies en 1891 et l'obtention de la journée de huit heures en 1919.
Attaquer le 1er mai, c'est aussi attaquer cette mémoire ouvrière, et c'est pour cette raison qu'il est fondamental de dénoncer cette offensive. À l'approche du 1er mai, soyons nombreuses et nombreux à nous mobiliser contre cette proposition de loi et à nous rassembler partout pour faire vivre cette mémoire ouvrière.
Crédits photo : O Phil des Contrastes