Lyon-Turin : dans la rue ce 11 avril contre un projet écocide, pro-patronal et au service de la guerre !
Thu, 09 Apr 2026 15:38:02 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalAlors que le chantier rencontre une opposition grandissante et que ses soutiens assument publiquement les enjeux militaires, les opposants appellent à une manifestation ce samedi 11 avril, à Chambéry.

Comme nous l'écrivions l'année dernière, « depuis 1990, des militants écologistes s'opposent au projet ferroviaire du deuxième Lyon-Turin, en raison de ses conséquences écologiques (artificialisation des terres, creusement et déformation du massif alpin, dégâts sur la biodiversité et sur l'eau de la montagne…), du coût (estimé à 30 milliards d'euros) et de son utilité contestée (une ligne existe déjà et pourrait suffire). ». Alors que les opposants appellent à une nouvelle manifestation ce samedi 11 avril, à Chambéry, faisons le point.
Des retards, des surcoûts, et une opposition grandissante
Le 17 février dernier, Stéphane Guggino, directeur général de la Transalpine [1] annonçait fièrement que le chantier progressait, car 20 kilomètres de tunnel auraient été creusés sur 162. Mais dans un rapport rendu en janvier, la cour des comptes européennes déplore un report de l'inauguration à 2033, soit un nouveau recul de 3 ans, ce qui mène à un retard de 18 années par rapport au calendrier initial, ainsi qu'une augmentation des coûts de 127%. En effet, dans sa globalité, le projet est estimé à plus de 30 milliards d'euros d'argent public.
Dans ce contexte, on voit l'opposition s'élargir au-delà des militants écologistes ou de collectifs d'habitants opposés de longue date. Par exemple, un collectif de 150 élus locaux, le CEPURE, a saisi le Conseil d'Orientation des Infrastructures en février dernier, pour mener une réévaluation du projet, alors que la ligne existante demeure sous-utilisée. Le 17 mars, alors que le projet menace de détruire 1500 hectares, dont beaucoup de terres agricoles, la chambre d'agriculture de Savoie et Haute Savoie s'est prononcé contre le projet « dans sa forme actuelle ».
Du côté des organisations syndicales, la Confédération paysanne ainsi que Sud Rail sont opposées au projet de longue date. Du côté de la CGT transport - favorable au projet depuis au moins 2012 - la position est devenue plus nuancée, alors que le fret ferroviaire ne cesse de diminuer et que des militants écologistes remettent en question un positionnement qui semble aller contre les intérêts des travailleuses et travailleurs du rail.
Enfin, concernant les travailleurs du chantier, le militant Philippe Delhomme révèle qu'« une grande opacité entoure leurs conditions de travail, qui restent extrêmement dures, presque comparables à celles du 19ᵉ siècle. On ignore tout de leur réalité, mais trois accidents mortels ont eu lieu en 11 mois, sans compter plusieurs blessés. » Ainsi, il y a à peine trois semaines, sept ouvriers ont été blessés sur le chantier, en raison d'une projection de ciment.
LGV Lyon-Turin : un projet qui contribue à la militarisation
Malgré une opposition croissante, les soutiens au projet tiennent bon, notamment car des profits juteux sont à la clé. En effet, des groupes tels que Eiffage, Vinci ou NGE ont décroché des contrats allant de plusieurs centaines de millions d'euros jusqu'à plusieurs milliards, notamment pour le tunnel de base. Dans le contexte de militarisation actuel, ces enjeux se doublent d'un argumentaire qui lie le projet à la préparation des guerres à venir.
Ainsi en mars 2025, le Comité de la Transalpine expliquait : « l'actualité internationale donne l'occasion d'évoquer un aspect peu connu du transport ferroviaire. [...] leur usage militaire est souvent sous-estimée. ». Avant de poursuivre, « dans un contexte géopolitique incertain en Europe, la capacité d'éventuelles projections et d'acheminements des forces armées est un gage de sécurité ». Et de mettre en avant « trois avantages-clé de la nouvelle liaison ferroviaire » parmi lesquels « une capacité accrue permettant le passage de convois militaires lourds (faibles déclivités, gabarit maximum) ».
Dans le même sens, lors d'une réunion publique en octobre 2025, Josiane Beaud, la représentante de l'État français dans la coordination franco-italienne du projet indiquait : « si on veut envoyer rapidement des milliers de militaires en Europe de l'est, il nous faut un projet comme ça ». Alors que la crise écologique s'approfondit, ce méga projet, symbole du capitalisme vert, se double d'ambitions militaires toujours plus assumées. Dans ce cadre, malgré une opposition qui ne faiblit pas, ses soutiens peuvent compter sur l'État pour réprimer les manifestants, criminaliser le mouvement écologiste comme en 2023 ou dans les récentes actions d'Extinction Rebellion.
Pour toutes ces raisons, il faudra être nombreuses et nombreux dans la rue à 14h30 ce samedi 11 avril à Chambéry, à l'appel du Collectif Contre le Lyon Turin (CCLT). Comme le souligne l'organisation, il faudra se mobiliser « parce que la deuxième ligne Lyon-Turin est déjà un véritable carnage après seulement quelques kilomètres réalisés. Parce que la crise budgétaire rend ces 30 à 40 Milliards de dépenses encore plus injustifiables. Parce que nos territoires méritent mieux que d'être saccagés, pollués et durablement coupés en deux, Et surtout parce que la ligne actuelle suffit pour faire basculer l'essentiel des marchandises de la route vers le rail ! » mais aussi pour dénoncer ce projet et revendiquer une écologie résolument anti militariste.
Pour aller plus loin sur les liens entre l'écologie et l'anti-militarisme, RP et la librairie Jean Jacques Rousseau organiseront par ailleurs deux jours plus tard une conférence-débat, avec Vincent Rissier, auteur du livre « Contre l'écologie de guerre », lundi 13 avril, à 18h30 à l'AQCV de Chambéry.
[1] Le comité pour la Transalpine est un lobby associatif historique, créé en 1991, qui regroupe essentiellement des acteurs régionaux – collectivités, grandes entreprises, chambres de commerce et organisation patronales locales – pour pousser la réalisation de la ligne Lyon Turin Milan, ce qui fait d'elle l'un des principaux relais du pouvoir économique et institutionnel en faveur du projet.