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Répression aux Beaux-Arts : qui est Éric de Chassey, le directeur qui veut mettre au pas les étudiants ?

Thu, 09 Apr 2026 15:55:04 CEST

Révolution Permanente

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Alors que deux étudiant·es des Beaux-Arts de Paris sont convoqué·es en conseil de discipline le 15 avril, retour sur le nouveau directeur de l'institution, un ami du pouvoir dont la mission est d'étouffer toute contestation.

Mercredi 15 avril, deux étudiant·es seront convoqué·es en conseil de discipline aux Beaux-Arts de Paris. Ce qu'on leur reproche ? Un « collage d'affiches non autorisées », qui dénonçaient l'effacement par l'administration d'un drapeau palestinien peint sur un escalier, en se permettant des jeux de mots avec le nom du directeur de l'école, l'historien de l'art Éric De Chassey : « Chassey le naturel, il revient au galop ». Mais de quel naturel parle-t-on ?

Issu d'une famille de la noblesse française, Éric de Chassey est passé par des établissements aussi renommés que l'ENS et Sciences Po Paris, et a enseigné à l'école du Louvre ainsi qu'à l'ENS Lyon. Ses occupations ne se limitent pas au champ restreint de l'Histoire de l'art, il fait aussi partie des hautes sphères économiques et politiques. Il est notamment membre du conseil d'administration de la fondation Linklaters – l'un des plus gros cabinets d'avocats au monde – et a pris part aux « Gracques », un groupe de pression libéral qui défendait au début des années 2010 l'allongement de l'âge du départ à la retraite, la fin des 35 heures, ou l'utilisation du 49.3 pour imposer la « loi Macron » anti-ouvrière.

Cet homme proche du pouvoir a donc été nommé à la tête de la Villa Médicis, prestigieux établissement français à Rome, de 2009 à 2015. À la fin de son mandat, il aurait dû hériter des Beaux-Arts de Paris, si le Canard Enchaîné n'avait pas révélé une affaire de favoritisme. En juillet 2015, en effet, le journal explique qu'Éric de Chassey aurait bénéficié de l'appui de Julie Gayet, meilleure amie de sa compagne Anne Consigny, pour accéder à ce poste. Suite au tollé, celui-ci échoit à quelqu'un d'autre. Rien de grave pour de Chassey, qui obtient simplement la présidence d'un autre établissement important, l'Institut national d'histoire de l'art (INHA). Et en juillet 2025, dix ans après le scandale et l'histoire étouffée, il arrive enfin aux Beaux-Arts de Paris.

Son projet pour l'école : débloquer entre 100 et 400 millions d'euros pour mettre en avant des collections d'art. Dans le même temps, un bâtiment entier menace de s'effondrer, l'eau est plombée, et on peut trouver des rats et des cafards dans les ateliers des élèves. Mais Éric de Chassey entend répondre à la dégradation de l'école par encore plus d'austérité.

Depuis son arrivée, il a mis fin à l'exposition CRUSH, qui servait de vitrine aux étudiant·es vis-à-vis des professionnels du secteur, il a supprimé les journées portes ouvertes, a remplacé un canal de discussion interne qui permettait d'échanger avec tout le monde par un intranet beaucoup plus fermé. Alors que ce canal était aussi utile lors des mobilisations, pour prévenir de l'organisation d'AG ou de rassemblements, de Chassey en profite pour y mettre fin.

Et c'est en somme un projet cohérent que de Chassey cache derrière ses prétextes économiques : réprimer toute tentative, non seulement de contestation, mais même de politisation. C'est pourquoi le directeur n'a pas renouvelé les contrats de six professeurs, vacataires et payés en moyenne 800 € depuis plus de quinze ans : des spécialistes des sciences sociales, qui animaient la chaire « Troubles, alliances et esthétiques » (dédiée aux études queer), ainsi que les Diagonales, des enseignements transversaux apportant des perspectives politiques.

Alors que les étudiants de l'école s'étaient mobilisés fin 2024 contre un projet de fusion de l'école avec celle d'architecture de Paris-Malaquais, et qu'ils continuent de soutenir la Palestine, l'arrivée de De Chassey à la tête des Beaux-Arts n'a rien d'anodine. Il cherche à faire taire les étudiants mobilisés, pour former des artistes au service de la bourgeoisie, et non des étudiant·es qui se révoltent contre les intérêts capitalistes et impérialistes des classes dominantes.

Ainsi, la répression aux Beaux-Arts, dirigée par de Chassey qui pressurise les agents de sécurité pour qu'ils soient plus sévères et convoque en conseil de discipline Raphaël et Clara, s'inscrit dans un contexte plus large. Toutes les écoles d'art font l'objet d'une offensive idéologique de la part du gouvernement et de l'extrême droite. De manière générale, le droit à militer est constamment attaqué dans les universités, avec des interdictions de réunions, des convocations, ou encore le passage il y a quelques mois de la loi « relative à l'antisémitisme », qui cherche à criminaliser le soutien à la Palestine au sein des facs. Un principe que la loi Yadan cherche à étendre à toute la société.

Mais les étudiants des Beaux-Arts n'ont pas l'intention de se taire face à la répression. Depuis l'annonce des convocations et conseils de discipline de Raphaël et Clara, ils ont répondu par une immense solidarité, et comptent bien continuer à le faire. Alors qu'il y a quelques semaines, 200 personnes s'étaient réunies en soutien à Raphaël et Clara, convoqué·es par la présidence, soyons nombreuses et nombreux ce mercredi 15 avril à 10h, aux Beaux-Arts de Paris !

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