Beaux-Arts de Paris : l'austérité au service de l'offensive idéologique de la présidence
Thu, 09 Apr 2026 18:51:23 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalEntre répression, locaux non-rénovés et suppression d'enseignements critiques, la nouvelle présidence des Beaux-Arts organise la dégradation des conditions d'étude et une reprise en main autoritaire de l'école.

Alors que les universités françaises sont dans des situations économiques catastrophiques, avec près de 100% d'entre elles qui signent un budget déficitaire en 2026, l'école des Beaux-Arts n'est pas épargnée. Située dans le 6ème arrondissement de Paris, l'état des locaux de l'école est pitoyable, et cette dégradation met en péril les conditions d'étude et de travail des usagers, comme en témoigne une étudiante : « L'eau n'est pas potable à cause de la présence de plomb, on peut pas manger le moindre gâteau sans que ça fasse apparaître des rats dans nos ateliers d'art, sans parler de l'absence d'aération dans les salles. » Combinés à l'absence d'infirmerie ou encore les inondations des sous-sols ces dernières années, cette situation met en danger les étudiants et le personnel.
Les rénovations estimées à 70 millions d'euros ne semblent pourtant pas être la priorité de la nouvelle présidence de l'école. En effet, pour faire face à ces problèmes d'ampleur, elle fait le choix de l'austérité et de la casse des conditions d'étude. Lors d'un conseil pédagogique de mars, le nouveau directeur, Éric de Chassey, a par exemple annoncé que six postes d'enseignants vacataires ne seraient pas renouvelés pour la rentrée prochaine. Il justifie ces coupes par un besoin de trouver des financements, mais le faible coût des postes non-renouvelés (les vacataires étant payés en moyenne seulement 800€ par mois) masque mal l'hypocrisie de la présidence.
En annonçant le non-renouvellement de ces postes, la présidence cherche en réalité à supprimer les enseignements les plus progressistes, en particulier des cours transversaux sur des sujets sociaux, politiques et artistiques. Un enseignant, qui a ainsi appris le non-renouvellement de son contrat un mois à peine avant la fin, explique : « ça fait pour certains d'entre nous 15 ans qu'on est là, et on est jeté comme ça. On sent bien qu'il y a une volonté idéologique à travers nos non-renouvellements de postes ». En effet, alors que la présidence justifie hypocritement l'arrêt de ces enseignements par le fait « qu'un certain nombre d'enseignants, et la majorité des étudiants, se plaignent du fait qu'il y ait trop de cours théoriques », les étudiants se retrouvent également pénalisés, dans la mesure où ces enseignants doivent quitter l'école, alors même qu'ils dirigent des mémoires de fin d'étude jusqu'en septembre. Dans le même temps, la direction prévoit de réinstaurer un socle autour de l'histoire de l'art qui éliminerait toutes les pédagogies et enseignements expérimentaux du cursus.
Enfin, cette austérité s'articule à une offensive répressive importante. Deux étudiants ont été convoqué en conseil de discipline, ce mercredi 15 avril, pour leur soutien à la Palestine. Ils sont accusés d'avoir participé à un « collage d'affiches non autorisé », qui dénonçait la politique austéritaire de la nouvelle direction, qui réprime dans le même temps les soutiens à la Palestine. Les étudiants ne se laissent pas faire : en février, une assemblée générale a regroupé plus de 120 étudiants, puis 200 personnes se sont réunies lors d'un rassemblement en soutien aux étudiants réprimés. Par ailleurs, ils portent des revendications qui dépassent la lutte contre ces attaques, et qui tentent de renouer avec les mobilisations passées des écoles d'art pour revendiquer une école gérée par ceux et celles qui la font vivre et tourner, pour une école ouverte à toutes et tous, gratuite et permettant la libre expression des étudiants. Dans ce contexte, soyons nombreuses et nombreux mercredi 15 avril à 10h aux Beaux-Arts de Paris, en soutien à Raphaël et Clara !