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Paris 1. Une grève inédite face aux politiques austéritaires et xénophobes de la présidence

Wed, 08 Apr 2026 20:12:46 CEST

Révolution Permanente

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Ce jeudi 2 avril, des personnels et enseignant·es de l'université participaient à une journée de grève contre les politique austéritaires et réactionnaires dans l'ESR. Initiative inédite depuis plus d'une dizaine d'années, elle est le signe d'une colère profonde contre les projets de la présidence et du gouvernement.

Ce jeudi 2 avril, l'ambiance était à la riposte à Paris 1. Après plusieurs années de coupes budgétaires et de casse des conditions de travail, la décision de faire payer la crise aux étranger·es a été la goutte de trop qui a réveillé la colère des enseignant·es et personnels de l'université. Le semestre dernier, plusieurs centaines d'étudiant·es s'étaient déjà mobilisées contre la hausse des frais d'inscription des étudiant·es étranger·es. Depuis janvier, ce sont les enseignant·es qui ont repris le flambeau en organisant une rétention des notes massive de plusieurs mois. Ce jeudi, tous les secteurs de l'université ont décidé de passer à l'offensive par la grève.

Avec un appel de l'intersyndicale professionnelle à destination de tous les services et corps de métiers de l'université – chose inédite depuis plus d'une dizaine d'années au sein de Paris 1 – la grève a été suivie dans tous les services de l'université avec des taux pouvant atteindre jusqu'à un tiers de grévistes, comme chez les titulaires de la bibliothèque du centre La Chapelle.

Après avoir rédigé un cahier de doléances dans la matinée, environ 200 enseignant·es et personnels se sont réuni·es à l'occasion d'un rassemblement réussi au centre Panthéon, auquel étaient présent·es en soutien une cinquantaine d'étudiant·es. Une centaine de travailleur·euses se sont ensuite réunie·es en Assemblée Générale après avoir déposé leur cahier de revendications à la présidence : abrogation des frais d'inscription différenciés, internalisation des métiers sous-traités, paiement des heures non-rémunérées, à travail égal salaire égal, augmentation des salaires, des embauches massives, contractualisation des vacataires. La présidence n'a pour l'instant fait parvenir aucune réponse aux syndicats professionnels.

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A l'Assemblée Générale, souffrance au travail et désir de relever la tête sont ressortent à chaque intervention. Des grévistes de la bibliothèque Cujas racontent leurs conditions de travail dégradées : statuts précaires, paye avec 2 mois de décalage en début d'année, non remboursement des paniers repas lors des soirées de travail jusqu'à 21h.

Des vacataires et enseignant·es de différents départements racontent la rétention des notes, qui a pu marquer une mobilisation inédite : « A l'UFR 27, on a organisé une semaine de rétention des notes. C'est pas beaucoup, mais c'est une UFR qui ne se mobilise quasiment jamais. C'est un bon début ! ». Une bibliothécaire explique les sources de la mobilisation : il s'agit de lutter pour les conditions de travail, mais aussi pour les étudiant·es. « On est attaché à la qualité des études, moi je veux pas travailler dans une université qui sélectionne les étudiant·es sur des critères d'origine sociale ou de nationalité. »

Les travailleur·euses racontent aussi les pressions qui s'exercent sur elles et eux. Entre mails de menaces, intimidations de certains supérieurs, pressions de retenues sur salaire, et même sous-entendus sur les perspectives de carrière dans la recherche pour certains vacataires, les équipes de la présidence ne reculent devant rien pour essayer de casser la mobilisation. Elles essaient aussi de diviser enseignant·es et étudiant·es en menaçant d'envoyer tous·tes les étudiant·es dont les enseignant·es retiennent les notes aux rattrapages.

Pour avancer sur leurs revendications, et empêcher les menaces de prendre forme, l'Assemblée Générale a discuté du bilan de la journée et des perspectives de mobilisation. Une doctorante historienne rétentionnaire est lucide « La question centrale c'est celle du rapport de force que va mettre la présidence, et du rapport de force qu'on peut lui opposer ».

Cassandra, militante au Poing Levé, est intervenue pour remettre aux personnels une caisse de grève de 200€ récoltée dans la journée auprès des étudiant·es pour renforcer la grève : « Étudiant·es, travailleur·euses, on a des souffrances partagées qui sont le fruit de problèmes systémiques de l'université. On a les mêmes problèmes, il faut qu'on lutte ensemble contre, avec un mouvement entre étudiant·es et travailleur·euses. On voulait construire cette solidarité de manière effective avec une caisse de grève. »

La discussion a finalement abordé la poursuite de la mobilisation. Si les travailleur·euses ont discuté des modalités – une nouvelle rétention des notes, de nouvelles journées de grèves – ce sont surtout les perspectives politiques qui sont au cœur des débats. « L'essentiel ça va être de réussir à élargir la mobilisation, aux secteurs moins mobilisés et aux étudiant·es » préconise un enseignant du DDL syndiqué au SNESUP-FSU. Dans la même lignée, une bibliothécaire de la bibliothèque Cujas et syndiquée CGT raconte « Ce matin, avec les mentors de la bibliothèque, on a organisé un piquet de grève sur le site de la bibliothèque, le but c'était de visibiliser la grève auprès des lecteur·ices et de gagner leur soutien ».

La question de l'extension de la mobilisation va être un élément central dans les possibilités de victoire du mouvement. La grève des personnels intervient en effet à contretemps à l'égard de la mobilisation étudiante, qui a perdu de sa force durant ce second semestre. Face à cela, les travailleur·euses se sont peu donné l'objectif de militer consciemment leur mouvement en direction des étudiant·es. Pourtant, la mobilisation étudiante avait montré toute son explosivité au premier semestre en faisant annuler plusieurs Conseils d'Administration. Explosivité qui aurait bénéficié du rapport de force plus profond et conséquent d'une grève à ce moment là.

En plus des revendications immédiates du mouvement, c'est aussi les perspectives qu'a posé Le Poing Levé dans l'AG avec une intervention d'Adrien : « Il faut aussi voir qu'il s'agit d'une contestation contre les budgets austéritaires du gouvernement dont les effets vont durer sur le long terme et qui nécessite une riposte d'ampleur et étendue à toute l'université. La mobilisation actuelle permet de construire ses bases mais il faut travailler activement à créer une véritable organisation collective des étudiant·es et des travailleur·euses ».

Finalement, l'AG a voté la poursuite de la rétention des notes jusqu'au 9 avril, et a acté du principe d'une nouvelle rétention de notes pour le second semestre, d'une nouvelle Assemblée Générale travailleur·eusespour le 9 avril et surtout, de l'organisation d'une journée « multi-AG » avec la volonté d'organiser sur plusieurs centres de l'université des AG entre étudiant·es et personnels la semaine du 13 avril. Tisser ces liens constitue une tâche essentielle pour construire une mobilisation à même d'arracher une amélioration des conditions de travail et d'étude à l'université, et l'abrogation des frais d'inscription différenciés pour les étudiant·es étranger·es.

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