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Procès : SUD Educ 93 exclut des antiracistes et se justifie avec des arguments d'extrême-droite

Wed, 08 Apr 2026 17:45:38 CEST

Révolution Permanente

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Ce jeudi 9 avril, le délibéré du procès visant Sud Education 93 qui a exclu sa commission antiraciste et, plus largement, l'aile gauche du syndicat sera rendu. Une décision importante, alors que le syndicat a fermement défendu cette exclusion par la voix de son avocat, lors d'une plaidoirie reprenant des arguments dignes de l'extrême droite.

Le jeudi 12 février dernier, se tenait le procès du dernier congrès de SUD Éducation 93, qui a conduit à une véritable purge politique de la commission antiraciste et de militants critiques de l'orientation de la direction, dont certains étaient également membres de Révolution Permanente. À la suite de ces exclusions, plusieurs adhérents ont saisi la justice pour faire annuler ce congrès antidémocratique, contrevenant aux statuts [1]. Si lors de son congrès, la direction du syndicat avait d'abord assumé une logique de purge politique contre la commission antiraciste [2], avant de parler d'une refonte organisationnelle, la plaidoirie de SUD Educ 93 à l'occasion du procès a clarifié les motivations du syndicat, assumant des arguments très politiques, proches de ceux de Blanquer et de l'extrême droite. Retour sur une audience importante.

« C'est un coup de force ! » : une purge bureaucratique et anti-statutaire

Face à la purge, les adhérents exclus dénonçaient le caractère bureaucratique de l'exclusion. Dans un premier temps, l'avocate des assignataires a donc rappelé le caractère antistatutaire des textes imposés, citant notamment « l'article 9D » des statuts de Solidaires, qui affirme que toute décision relevant d'un bouleversement du syndicat doit être adoptée aux deux tiers du quorum, et non à la majorité simple comme l'a imposé la direction du syndicat.

L'avocate a ensuite pointé que les textes votés à l'issue du congrès constituaient une « exclusion de fait de certains adhérents », dénonçant l'offensive anti-démocratique qui s'en est suivie post-Congrès : « On a dissout les commissions. On a fermé les canaux d'expression de façon très autoritaire, quitte à ce qu'il y ait des difficultés à gérer des dossiers syndicaux. On a dissout les assemblées générales départementales et on les a sectorisées en AG locales. Les adhérents ne se réunissent plus en AG régulièrement. Dorénavant, seuls les secrétaires de secteur et départementaux peuvent poster des messages sur la liste mail sur laquelle initialement tous les adhérents pouvaient échanger. On a verrouillé le syndicat. Le syndicat s'est rabougri et centralisé. On en est là ».

Elle a également réfuté l'argument de la partie adverse selon lequel les assignateurs seraient un groupe minoritaire voulant « semer le chaos », rappelant que ceux qui exigent l'annulation du congrès et de l'exclusion le font « en leur nom mais aussi pour la fraction du syndicat qui a refusé ces mesures », soit 66 adhérents qui ont voté contre ces mesures, face à 89 pour. Elle a également rappelé que sur les 13 personnes qui ont assigné, 7 avaient des responsabilités au sein du syndicat. La plaidoirie s'est conclue par une demande d'annulation du congrès : « Si on applique l'exécution provisoire, on entérine, jusqu'au futur congrès, un syndicat adopté de façon antistatutaire et avec une exclusion d'un nombre non négligeable d'adhérents. C'est un coup de force ! ».

« Des cerbères devant les salles de réunion » : SUD Educ 93, Blanquer même combat ?

Du côté de SUD Éducation 93, la plaidoirie a eu de quoi surprendre les anciens militants. Pour défendre leur exclusion, l'avocat Slim Ben Achour a visé particulièrement la commission antiraciste et ses méthodes. En difficulté sur le plan juridique pour démontrer le caractère statutaire des textes adoptés lors du congrès, il a déplacé le débat sur un terrain politique, en reprenant des arguments largement inspirés de ceux de Blanquer et de l'extrême droite.

L'avocat a d'abord fustigé le fonctionnement de la commission antiraciste : « Les commissions non mixtes ne sont pas la modalité pour permettre de partager sur l'expérience du racisme », a-t-il lancé, avant de déplorer qu'elle soit devenue « une commission limitée, sanctuarisée aux personnes racisées, mais qui est racisé ? ». Avant de poursuivre : « depuis l'épisode Blanquer, on peut voir des cerbères devant les salles de réunion qui se permettent de décider qui est racisé et qui peut exclure des gens ».

En invoquant cet épisode de 2017, le syndicat reprend en réalité la logique répressive du ministre de l'Éducation nationale de l'époque, qui s'était acharné contre le syndicat pour ses stages en non-mixité, comme le soulignait Politis à l'époque. Une offensive poursuivie par cinq parlementaires Les Républicains (LR), qui après avoir perdu en première instance ont fait appel de la décision, de sorte qu'une nouvelle audience avait eu lieu en novembre 2025.

Tentant d'articuler le registre politique et le juridique, l'avocat a ensuite dénoncé « une commission qui exclut ». Selon lui, « cela a pris une situation dramatique et qui explique que nous en sommes là aujourd'hui ». Il a ajouté que certains, parmi ceux qui assignent le syndicat, ne se cachent pas « de vouloir détruire le syndicat ». Enfin, il a estimé que ces cadres en non-mixité « visent à imposer une vision du monde qui heurte, qui ne respecte pas nos métaprincipes. C'est une violation flagrante de notre façon de vivre dans ce pays ».

Loin d'être anecdotique, l'image des « cerbères » s'inscrit dans la continuité des attaques menées depuis des années par le gouvernement et l'offensive « anti-woke » contre les pratiques de non-mixité. En articulant ce discours avec la nécessité de ne pas heurter « notre façon de vivre dans le pays », la direction de SUD Éducation 93 mène ainsi une purge politique avec des arguments d'extrême-droite contre sa propre commission antiraciste.

Une adaptation totale à la répression et au racisme d'Etat

L'audience a largement choqué les assignataires. Interrogé par Révolution Permanente, note l'un d'eux : « on a en face de nous des personnes qui ont l'air d'utiliser la justice bourgeoise pour attaquer des luttes et des causes antiracistes. On essaie de nous faire passer pour les méchants racisés qui menaceraient la République, le pays, la société, tous les principes et les valeurs que ces gens revendiquent. J'avoue que je suis un peu choqué par tout ça. » Même son de cloche du côté d'une autre adhérente : « Il y a eu une volonté claire de focaliser la plaidoirie sur la commission antiraciste et les non-blancs, avec tout le vocabulaire du chaos, de la dangerosité, pour détourner l'attention de l'affaire, à savoir l'aspect légal, juridique, des statuts, terrain sur lequel il n'a jamais répondu dans ses vingt minutes de plaidoirie ».

En ce sens, la plaidoirie avait le mérite d'assumer que la commission antiraciste était bien la cible prioritaire de la purge politique, illustrant en même temps l'adaptation totale du syndicat face à l'offensive menée depuis 2017 par l'État contre les pratiques de non-mixité. Une attitude qui contraste fortement avec la ligne défendue par le même syndicat de 2017 à 2024, qui s'était exprimée à travers de nombreuses tribunes, ou encore dans le texte d'orientation voté par le IVe Congrès départemental de SUD Éducation 93 en mai 2024. A l'époque, le syndicat se félicitait de sa victoire en première instance contre les élus LR : « Nous avons gagné le procès intenté par des députés LR pour demander la dissolution de notre syndicat suite aux ateliers en non-mixité lors du stage antiracisme de 2017. Cette victoire conforte le syndicat dans la nécessité de porter ces revendications antiracistes, mais cette tentative inédite rappelle à la vigilance et la nécessité de renforcer notre syndicalisme de lutte pour continuer à défendre et diffuser nos revendications légitimes ».

Le tournant à 180 degrés opéré deux ans plus tard vient couronner une offensive répressive au long cours de l'Etat depuis 2017. En définitive, SUD Éducation 93 aura réussi à liquider sa propre commission antiraciste, là où le gouvernement, Blanquer, Les Républicains et l'extrême droite avaient échoué. Une purge bureaucratique brutale, à rebours des traditions démocratiques du mouvement ouvrier, mais également une capitulation grave face à la répression et au racisme d'État, et cela d'autant plus que se multiplient les procédures de dissolution et la criminalisation de la gauche.

Henda, membre de Révolution Permanente et de la commission antiraciste de Sud Education 93 avant son exclusion, note en ce sens : « Je suis scandalisée de ce qu'il se passe depuis des mois dans le syndicat, et d'autant plus après cette plaidoirie abjecte. Je suis doublement concernée en tant que membre de la commission anti-raciste du syndicat et militante à RP. Dans le contexte de montée des idées racistes et réactionnaires, cette purge est un symbole grave : nos camarades se faisaient virer alors qu'ils étaient en même temps réprimés par l'institution pour leur syndicalisme antiraciste ! » Cette attaque appelle à une mobilisation et une dénonciation collective, tant au sein de SUD Éduc que dans l'ensemble des sections syndicales combatives.

Alors que le verdict sera annoncé ce jeudi 9 avril, il faut faire front, comme lors de la soirée de soutien aux membres victimes de la purge du congrès de juin de 2025, organisée en table ronde le 27 mars 2026 à la Bourse du travail de Saint-Denis.

Pour donner à la cagnotte des frais de justice des adhérents exclus du syndicat : « Pour la défense de la démocratie syndicale »


[1] En plus d'être scandaleuses et dignes des pires méthodes bureaucratiques, les mesures prises lors de ce congrès — dissolution des commissions, suppression des organes de communication entre adhérents, suppression des assemblées générales départementales — relèvent de changements statutaires. Elles auraient donc dû être votées aux deux tiers du quorum, conformément aux statuts de Solidaires. Elles ont pourtant été imposées à la majorité simple, en contradiction avec les statuts et la charte du congrès. C'est à ce titre que des adhérents exclus ont exigé l'annulation du congrès.

[2] Dans un texte intitulé « Pistes de réflexions pour un scénario de séparation », il est question ni plus ni moins de l'organisation d'un congrès de purge d'une partie des adhérents. Cette phrase avait le mérite d'être claire sur les objectifs : « à l'issue de ce vote, les personnes signataires des textes minoritaires sont radiées du syndicat ».

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