Marseille : à l'IMF, les formateurs du social à nouveau en grève contre la casse des conditions de travail
Tue, 07 Apr 2026 23:20:46 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalLes mobilisations continuent à l'Institut Méditerranéen de Formation (IMF). Jeudi 2 avril, les formateurs étaient à nouveau en grève pour dénoncer la dégradation des conditions de travail et d'étude, dans un contexte d'austérité qui touche de nombreux secteurs.

Cette mobilisation s'inscrit dans une séquence ouverte début février par les étudiants, avec trois journées de mobilisation contre la dégradation de leur formation, notamment après l'annonce du non-renouvellement des formateurs externes pour raisons budgétaires. Les formateurs se sont à leur tour mobilisés en se mettant en grève le 19 mars puis à nouveau le 3 avril. Si la grève n'est pas fortement suivie, elle exprime une colère bien réelle et surtout largement partagée au sein de l'établissement. Ce qui se joue à l'IMF révèle une crise profonde qui traverse à la fois les étudiants et les salariés confrontés à une même dégradation de leur cadre de travail et d'étude.
Dans leur tract, les formateurs décrivent des équipes contraintes de « tenir l'institut à bout de bras », en compensant le manque de moyens et une surcharge de travail devenue « insoutenable ». Tous les personnels dénoncent une intensification du travail, une souffrance ignorée par la direction et des pratiques managériales jugées « inadaptées », voire « blessantes ». Les décisions sont prises sans concertation ni transparence, sans prise en compte des réalités du terrain.
Ces conditions ont des conséquences directes sur la formation. Les étudiants dénoncent des cours supprimés ou dégradés, des contenus éloignés du terrain et une perte de sens d'une formation qui « prépare plus à devenir des managers que des travailleurs sociaux ». Ils formulent également des revendications claires : être décisionnaires sur les questions qui concernent leur formation, exiger une transparence totale sur la gestion de l'établissement, obtenir plus de moyens et le retour des formateurs externes.
La mobilisation fait face à une répression de la direction, qui empêche notamment la fortification des liens entre étudiants et formateurs. Jeudi dernier, les cours sont passés en distanciel, et les formateurs craignent d'être accusés d'« instrumentaliser » les étudiants par la direction.
L'austérité au service de la militarisation
Ce qui se joue à l'IMF dépasse largement l'établissement. Le secteur du travail social est frappé depuis des années par des politiques d'austérité : manque de moyens, surcharge de travail, perte de sens. Les travailleurs doivent faire face à une contradiction de plus en plus insoutenable entre un système politique qui fabrique de plus en plus de précarité et qui donne de moins en moins les moyens pour y répondre.
Le travail social n'est pas un cas isolé, alors que l'ensemble des services publics sont touchés par l'austérité. Dans l'éducation, cela fait des semaines que, des lycéens se mobilisent à travers des blocus et des manifestations contre le manque de moyens et la dégradation de leurs conditions d'étude. Aux côtés d'enseignants, de personnels de l'éducation et de parents d'élèves, ils dénoncent des classes surchargées, des suppressions de postes et une école de plus en plus dégradée. Ces luttes expriment une même réalité : celle d'un démantèlement progressif des services publics, au détriment des travailleurs comme des usagers. Dans chacun de ces secteurs, les travailleurs sont confrontés à une intensification du travail, à une perte de sens de leurs missions et à une pression croissante pour « faire plus avec moins ».
Ces attaques ne relèvent pas d'une fatalité. Elles sont le produit de choix politiques assumés. Le nouveau budget 2026, imposé par 49.3 avec la complicité du Parti Socialiste, renforce les logiques d'austérité dans les services publics tout en augmentant massivement les dépenses militaires. Une orientation qui traduit une priorité claire : financer la militarisation au dépens des besoins sociaux. Face à cela, des mots d'ordre dans l'éducation émergent, comme « de l'argent pour l'éducation, pas pour la guerre », révélant l'origine commune des attaques subies dans différents secteurs. Or, l'isolement des différents secteurs dilue la force qu'il faudrait plutôt concentrer pour affronter un gouvernement radicalisé, déterminé à imposer son budget de guerre.
Quelles perspectives pour construire un rapport de force ?
À l'IMF, un enjeu central est la construction d'une coordination réelle entre étudiants et formateurs. Sans espaces de discussion collective, comme des assemblées générales, le mouvement reste fragmenté et peine à peser. À l'inverse, leur mise en place permettrait d'élaborer des revendications communes et de renforcer le rapport de force.
Des expériences récentes montrent que cela est possible. Depuis plusieurs mois, des tentatives d'organisation ont émergé dans le secteur social. À Marseille, des assemblées générales du social, médico-social et de l'associatif ont permis de rassembler des travailleurs de différentes structures pendant plusieurs mois. À Montpellier, une coordination du social s'est mise en place pour structurer la mobilisation dans la durée. Ces dynamiques d'auto-organisation ouvrent la voie à une convergence plus large, au-delà des cadres institutionnels, notamment avec l'éducation, aujourd'hui en première ligne. Elles doivent aussi permettre de poser des questions stratégiques centrales. Les directions syndicales, au courant des impacts du budget Lecornu depuis des mois, n'ont jamais véritablement cherché à construire un rapport de force contre ce budget, préférant négocier ou cantonner les mobilisations à des stratégies de pression locale comme on le voit dans le mouvement de l'éducation nationale. À l'inverse, les dynamiques d'auto-organisation — assemblées générales, coordinations — esquissent une autre perspective : celle d'un mouvement d'ensemble, capable de dépasser les divisions sectorielle.
À l'IMF comme ailleurs, la colère est bien là. Mais sans un saut qualitatif dans l'organisation, elle risque de s'essouffler ou de se contenter de concessions limitées. Si la direction a pu accepter certaines demandes, comme les retards des étudiants entraînant des absences, ou la création de référents handicap et harcèlement, ces mesures restent insuffisantes face à l'ensemble des revendications.
Face à un gouvernement déterminé à imposer ses politiques d'austérité et de militarisation, aucune victoire durable ne pourra être obtenue secteur par secteur, établissement par établissement. Il faut en ce sens suivre la voie tracée par les lycéens de Marseille qui pose la base pour une mobilisation plus large contre le budget de guerre.