Saint-Denis : un rassemblement massif contre le racisme et l'extrême droite
Mon, 06 Apr 2026 20:43:52 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalA l'appel de la France Insoumise, près de 10 000 personnes étaient réunies samedi devant l'Hôtel de ville. Une première réponse face à la déferlante raciste visant Bally Bagayoko et les habitants de Saint-Denis, qui remet au premier plan la nécessité de construire une riposte ouvrière et populaire face à l'extrême droite, au gouvernement et à tous ceux qui leur pavent la voix.

Depuis son élection, le nouveau maire insoumis de Saint-Denis, Bally Bagayoko, subit une offensive raciste et négrophobe sans précédent. Ce dernier a fait l'objet, en seulement trois semaines, d'une campagne de fake news racistes initiée par l'extrême droite, avant d'être la cible d'une offensive médiatique d'ampleur visant sa volonté de retirer le LBD à la police municipale et de subir les diatribes racistes de Jean Dorido et Michel Onfray sur le plateau de CNews. C'est dans ce cadre que la France Insoumise appelait à un rassemblement à Saint-Denis, ce samedi 4 avril, pour s'opposer « au racisme, aux discriminations et à la haine de l'autre ». Un appel rejoint par de nombreuses organisations politiques, associatives et syndicales.
« Siamo tutti antifascisti ! » : sur le parvis de l'Hôtel de ville de la deuxième plus grande ville d'Île-de-France, nombreux sont celles et ceux qui ont souhaité envoyer un message de résistance. Face au racisme décomplexé qui frappe non seulement le nouveau maire insoumis, mais qui vise aussi plus largement l'ensemble des travailleurs et des habitants racisés des quartiers populaires, la réponse a pris une ampleur massive, inédite pour Saint-Denis. « Je ne suis que celui, en fin de compte, par lequel les stigmates ont été posés, mais avant moi, il y a beaucoup d'habitants et d'habitantes qui en ont été victimes », résume Bally Bagayoko en introduction du rassemblement.
Sur scène se sont succédés des collectifs Le Comité vérité pour Adama, Génération EDR, menacé de dissolution, la troupe de théâtre Commedia Nostra, ou encore SUD et CGT 93. « Le racisme c'est une stratégie pour dominer et exploiter. Notre département est trop souvent utilisé comme épouvantail par l'extrême droite. On le voyait déjà quand Génération Identitaire était venu à Bobigny en 2019, on l'a vu avec les discours racistes des chaînes Bolloré », dénonce Kamel Brahmi, délégué CGT 93, accompagné de travailleurs sans-papiers en lutte pour leur régularisation. Aux cotés d'Assa Traoré, Christophe Sinnan, membre du Comité justice pour Claude Jean-Pierre, s'exprime également : « Quand on se bat contre les violences policières, on se bat contre les violences coloniales également ! On se bat contre ce système capitaliste qui nous tue ! ».
De nombreux élus insoumis ont également pris la parole, comme le maire de la Courneuve, Aly Diouara, l'insoumise Manon Monmirel, conseillère municipale à Saint-Ouen, ou Mohamed Gnabaly, maire écologiste de L'Île-Saint-Denis, témoignant du racisme violent auquel ils ont été confrontés en grandissant, mais également au cours de leur parcours politique. Le discours de Bally Bagayoko est venu conclure ce rassemblement. « Résistance ! », a fait scander le maire insoumis la place de l'Hôtel de Ville, qui a appelé à faire de cette journée un point départ pour la construction de la marche contre le racisme et l'extrême droite du 3 mai prochain, date à laquelle il invite « tous les antifascistes, tous ceux qui luttent contre toutes les formes de racisme ». Une perspective couplée à une démarche sur le terrain institutionnel, avec la mise en place d'un « réseaux des élus » qui portent « la lutte impérieuse contre l'extrême droite et contre le racisme », et surtout une demande de rendez-vous avec le chef du gouvernement Sébastien Lecornu, avec l'espoir qu'en émerge une « plateforme de revendications pour agir ».
Au total, ce sont essentiellement les élus LFI et PCF qui auront été invités à parler, donnant au rassemblement une tonalité républicaine et institutionnelle. Cependant, dans la foule, de nombreuses autres organisations étaient présentes, notamment du côté de l'extrême-gauche, avec Lutte ouvrière et Révolution Permanente. Anasse Kazib, cheminot et porte-parole de Révolution Permanente présent au rassemblement, a fermement condamné l'offensive : « Ils ne tolèrent pas qu'une ville populaire soit dirigée par un maire racisé. Malgré tout leur racisme sur les plateaux télé, ça n'a pas empêché les gens de voter pour des maires qui leur ressemblent. Ça les met en rage de voir les travailleurs qui osent huer des maires sortants qui ont mené des politiques racistes et anti-ouvrières ». Le militant cheminot a également dessiné des perspectives pour la suite : « Les rassemblements c'est une première étape, mais pour faire face aux politiques réactionnaires et à l'extrême droite, on va avoir besoin d'organisation par en bas ».
« On était présent pour dénoncer la vague du racisme et de négrophobie inédite qu'a subi Bally Bagayoko. Les classes dominantes et l'extrême-droite ne tolèrent pas que les villes des quartiers populaires soient dirigés par des maires racisés. Saint-Denis doit devenir la capitale… pic.twitter.com/tCwk3SIhA1
— Révolution Permanente (@RevPermanente) April 4, 2026
« Bally Bagayoko a pris un arrêt anti-expulsion suite à la fin de la trêve hivernale, une mesure progressiste et minimale pour faire face à la violence sociale. Le préfet du 93 a empêché son application. Cela montre la nécessité d'organiser une riposte depuis le mouvement ouvrier, comme ça a été le cas à Minneapolis pour s'affronter à l'ICE, pour faire de Saint-Denis la capitale de la résistance face à toutes les offensives réactionnaires » conclut le cheminot. De son côté, Elsa Marcel, militante à Révolution Permanente et conseillère municipale de la ville, note : « Il faut rappeler que la lutte contre le racisme et l'extrême droite doit se faire en indépendance de ceux qui leur pavent la voie, que ce soit la macronie mais aussi du Parti socialiste qui ont été les premiers à lancer des rumeurs racistes. ».
🔴 « Face à la déferlante raciste, il est important d'envoyer un signal politique fort depuis Saint-Denis. Mais la lutte contre le racisme doit se mener en indépendance de ceux qui lui pavent la voie, que ce soit la macronie ou le Parti socialiste qui a été le premier à diffuser… pic.twitter.com/F2WtDSFX0O
— Révolution Permanente (@RevPermanente) April 4, 2026
Le rassemblement de samedi est incontestablement une démonstration de force des habitants de Saint-Denis face à l'extrême droite et au racisme. Une réussite qui pose cependant la question de comment construire une riposte ouvrière et populaire contre le racisme, au-delà de la solidarité élémentaire avec le maire de Saint-Denis. Pour Révolution Permanente, à l'heure où une nouvelle offensive islamophobe se prépare et où l'extrême-droite renforce, ce combat doit être mené sans illusion dans la macronie ou la gauche bourgeoise, mais aussi en toute indépendance de l'Etat. C'est un mouvement antiraciste qui s'appuie sur la force du mouvement ouvrier et de la jeunesse à Saint-Denis et dans le pays qui peut permettre d'affronter les offensives racistes et d'arracher des revendications essentielles comme la régularisation de tous les sans-papiers, le désarmement de la police municipale ou le droit de vote des étrangers, tout en articulant ce combat avec la lutte anti-impérialiste et anticapitaliste. Comme l'a souligné Elsa Marcel : « Depuis Saint-Denis, on répondra à toutes ces attaques. Il faut prolonger cette riposte, s'organiser par en bas, c'est par le rapport de force, par l'organisation des travailleurs et de la jeunesse des quartiers populaires qu'on pourra se battre jusqu'au bout contre ces offensives ».
crédit photo : Aurélie Trouvé