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« Nous ne faisons qu'un » : contre la peine de mort, des mobilisations à Gaza, en Cisjordanie et en Syrie

Mon, 06 Apr 2026 22:55:06 CEST

Révolution Permanente

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Suite au vote lundi dernier par le Parlement israélien d'une loi instaurant la peine de mort contre les Palestiniens, plusieurs manifestations ont eu lieu dans la région pour s'y opposer. Face aux atrocités commises par Israël au Moyen-Orient, la mobilisation des peuples de la région est plus que jamais indispensable.

De Gaza à la Cisjordanie en passant par les camps de réfugiés palestiniens en Syrie, l'unité de la cause palestinienne s'est exprimée, ces derniers jours, dans la rue contre la nouvelle loi d'apartheid qui instaure la peine de mort pour les Palestiniens jugés dans les tribunaux militaires en Cisjordanie.

La Knesset a voté définitivement le 30 mars dernier en faveur d'un texte généralisant le recours à la peine de mort pour toute personne condamnée pour des faits de « terrorisme » ayant entraîné la mort, lorsqu'ils sont commis « dans le but de rejeter l'existence de l'État d'Israël ». Instaurant une loi d'apartheid, qui ne concerne pas les Israéliens, l'État colonial met en place une justice génocidaire alors que les tribunaux militaires israéliens ont toute latitude pour condamner des Palestiniens sur la base de fausses accusations et d'aveux obtenus par la torture, avec un taux de condamnation de 96 %.

En verrouillant les voies de recours, l'État israélien s'octroie le droit de systématiser et de banaliser la mise à mort, alors que 9 000 prisonniers politiques de Cisjordanie et de Jérusalem-Est croupissent déjà dans ses geôles, la plupart soumis à l'arbitraire de la détention administrative. Dès l'adoption de la loi, l'extrême droite sioniste menée par Itamar Ben-Gvir, architecte de ce texte, s'est félicitée de cette victoire lors de scènes de célébration indignes et horrifiantes, Ben-Gvir ayant fait sauter le champagne en pleine séance de la Knesset.

Mais face au triomphalisme des génocidaires, plusieurs secteurs de la population dans la région ont exprimé, depuis mardi, leur opposition dans la rue.

À Gaza, alors que la bande vit une extrême précarité après deux ans de génocide, les scènes de manifestations dans les quartiers complètement ruinés du camp de Jabalia ont envoyé un message fort, alors que la ville était l'un des points les plus ciblés par les sièges et les bombardements répétés ces dernières années. Un rassemblement a eu lieu dans le camp de réfugiés de Bureij pour dénoncer le passage de cette nouvelle loi génocidaire. Aux côtés de photos de prisonniers palestiniens encore enfermés par Israël et des pancartes dénonçant la nouvelle loi, un manifestant a souligné l'importance d'une telle manifestation pour « envoyer un message clair à l'occupant : les prisonniers ne sont pas seuls. » Pour les Gazaouis, cette loi s'inscrit dans la continuité du génocide commencé au lendemain du 7 octobre.

Depuis le début du génocide, l'armée israélienne a arrêté plus de 12 000 Gazaouis, selon des organisations palestiniennes spécialisées dans le suivi des prisonniers. Parmi eux, au moins 3 500 seraient toujours détenus dans des centres de détention israéliens. On y compte notamment des dizaines de membres du personnel médical, de la protection civile ainsi que des journalistes.

En Cisjordanie, où l'application de la peine de mort par les tribunaux militaires menace d'être généralisée, les manifestations tiennent d'une lutte existentielle. Si l'extrême droite israélienne n'est pas parvenue à faire voter le caractère rétroactif de la loi, initialement inclus dans le projet initial, qui fait désormais l'objet d'une seconde loi en cours de rédaction, le risque de l'extension de la peine de mort pour les plus de 10 000 prisonniers palestiniens continue de peser dans les esprits des manifestants. En effet, comme le rappelle une manifestante à Ramallah, le sort des prisonniers concerne tous les Palestiniens : « Il n'y a pas une seule personne ici présente qui n'ait un frère, un mari, un fils, voire un voisin en prison. Il n'y a pas de famille palestinienne sans un prisonnier. »

De Naplouse à Hébron en passant par Ramallah, la mobilisation a traversé toute la Cisjordanie et a pris la forme de rassemblements, mais aussi de grèves dans les centres-villes et les universités. Mercredi, un appel à la grève générale a fait fermer les principaux marchés et commerces de Ramallah. Dans le discours de certains manifestants, on peut entendre toute la colère provoquée par cette nouvelle attaque contre le peuple palestinien, mais aussi une frustration croissante contre les régimes arabes et leur complicité avec Israël. À Ramallah, la mère d'un prisonnier déclare ainsi : « Cette loi est en discussion depuis 16 mois et personne n'a réagi – aucun pays arabe, aucune autorité locale, personne ne s'y est opposé. ».

En Syrie aussi, des actions rassemblant des milliers de personnes se sont tenues mardi et mercredi à travers tout le pays contre la nouvelle loi israélienne. Elles ont largement couvert le territoire, de la capitale Damas et ses environs au nord, à Alep et Idlib, jusqu'au sud à Daraa et Qouneitra, en passant par la côte à Lattaquié et la Syrie centrale, notamment dans la province de Deir ez-Zor. Lors des différentes actions, les manifestants ont dénoncé fermement la brutalité et la cruauté de l'État israélien et ont affirmé leur solidarité avec le peuple palestinien.

À Alep, deuxième ville la plus peuplée de Syrie, des centaines d'étudiants ont participé à un sit-in à l'université en solidarité avec le peuple palestinien, avant de rejoindre une manifestation au centre-ville aux côtés des habitants.

L'épicentre des mobilisations en Syrie a été les camps de réfugiés dont la création remonte à la Nakba, dont ceux de Yarmouk à Damas, Neirab à Alep et al-Raml à Lattaquié. Alors que les Palestiniens subissent une extrême précarité, ont été meurtris par la répression du régime des Assad, les massacres et affrontements de la guerre civile et les offensives de l'État islamique, leur détermination reste intacte. C'est cette unité du peuple palestinien, à travers les frontières coloniales, la répression et les déplacements forcés qu'ont voulu exprimer les manifestants en chantant : « Avec Gaza, nous ne faisons qu'un ».

Dans le sud du pays, où Israël occupe le plateau du Golan et au-delà, cherchant à instrumentaliser les divisions confessionnelles et ethniques pour fragmenter le pays et étendre sa domination régionale, les manifestations se faisaient parfois à quelques kilomètres de l'armée israélienne, comme à Daraa et Quneitra où les manifestants qui se sont dirigés vers le Golan syrien occupé ont été dispersés par Tsahal.

De la Palestine à la Syrie, un élan d'unité progresse face aux atrocités commises par Israël, qui multiplie les offensives sur tous les fronts : génocide à Gaza, invasion du sud du Liban, bombardements en Syrie et en Iran, annexion de la Cisjordanie. Plus que jamais, l'unité des peuples de la région est indispensable pour mettre fin aux violences coloniales au Moyen-Orient.

En France, cette lutte doit se traduire par une intensification des mobilisations en solidarité avec les peuples du Moyen-Orient. En Palestine, les luttes doivent s'intensifier, en toute indépendance du Fatah, qui a participé à l'organisation de ces mobilisations. Alors qu'une aile considérable du parti siège désormais au sein de l'Autorité palestinienne, qui agit comme une force supplétive d'Israël, et que sa direction a approuvé le plan ultra-colonial de Trump pour Gaza, aucune confiance ne peut être accordée aux signataires des accords d'Oslo.

Pour protéger les régimes réactionnaires avec lesquels il s'est allié, le Fatah n'a pas hésité à sacrifier l'autodétermination de la Palestine en acceptant un accord de capitulation historique pour étouffer le puissant mouvement de solidarité régionale qui avait émergé avec la première Intifada, des mobilisations en Égypte à la grève générale de solidarité au Soudan en passant par les soulèvements de la jeunesse en Algérie et en Jordanie. C'est seulement en indépendance des directions bourgeoises et de leurs alliés dans la région et des institutions pourrissantes de l'Autorité palestinienne qu'il sera possible de construire un mouvement offensif, susceptible de repousser la colonisation et les offensives de l'État d'Israël, en lien avec la lutte des travailleurs et des classes populaires de toute la région, face à l'impérialisme qui dévaste l'Iran et aux États réactionnaires arabes qui agissent comme ses relais dans la région.

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