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Chili : premières mobilisations contre Kast et les attaques austéritaires de l'extrême droite

Mon, 06 Apr 2026 22:19:53 CEST

Révolution Permanente

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Après trois semaines au pouvoir, le président d'extrême droite chilien José Antonio Kast fait déjà face à des mobilisations féministes, écologistes et étudiantes. Pour en finir avec les mesures austéritaires et extractivistes du nouveau président, il faut lier ces secteurs au mouvement ouvrier et construire une riposte massive.

Les débuts du gouvernement Kast semblaient se dérouler sans encombre. Dans le nord du Chili, lors de l'un de ses premiers déplacements, il a longuement parlé d'immigration et de délinquance, tandis que des équipes d'excavation entamaient la construction de tranchées le long des frontières avec le Pérou et la Bolivie, sur plus de 1 000 kilomètres. Le président a ensuite évoqué son agenda environnemental, annonçant le retrait d'une série de décrets qui concernaient la protection d'espèces menacées et d'autres mesures importantes, comme la création de parcs nationaux, au bénéfice des entreprises extractivistes.

Un « plan de reconstruction nationale » a également été présenté, qui ne garantit en réalité qu'une chose : accorder des avantages et des exonérations fiscales aux entreprises. Kast a acté la réduction de l'impôt sur les sociétés de 27 % à 23 %, un cadeau de 1,8 milliard de dollars (l'équivalent des coupes budgétaires qui visent aujourd'hui la santé publique, l'éducation nationale et les bourses alimentaires) au 1 % le plus riche, auquel s'ajoute l'exonération de TVA pour les spéculateurs immobiliers. Kast justifie ses offensives en utilisant l'argument selon lequel ces mesures favoriseraient l'investissement et amélioreraient les recettes fiscales. « Plus pauvres, mais plus heureux » : c'est avec cette phrase qu'un député du Parti républicain (le parti de Kast) a résumé l'horizon brutal que se donne le gouvernement qui, en seulement 15 jours, a déjà commencé à procéder à des coupes dans l'éducation et la santé.

Fin mars, le ministre des Finances a annoncé son intention de « réajuster » les prix du pétrole : le « bencinazo ». Par le biais d'un décret suprême, le mécanisme de stabilisation des prix des carburants a été modifié, ce qui entraîne des hausses qui s'échelonnent de 370 à 590 pesos, frappant une fois de plus le portefeuille des travailleurs et des classes populaires. Dans la même logique, les factures d'électricité vont à nouveau augmenter en avril, avec une hausse moyenne de 2,8 % au niveau national.

Ce n'est pas un hasard si l'exécutif a repris la rengaine désormais bien connue de Javier Milei, « il n'y a pas d'argent », répétée par le ministre des Finances et dans des communications officielles. Ce discours cherche à imposer l'idée que l'austérité est inévitable, en s'appuyant sur des chiffres trompeurs et en construisant un scénario de crise exagéré : le gouvernement a évoqué pêle-mêle la guerre en Iran, à laquelle Kast a pourtant apporté son soutien, la crise budgétaire et les difficultés économiques du pays. Mais derrière les prétextes invoqués, il ne s'agit ni plus ni moins que de faire payer les travailleurs et les classes populaires en lançant une offensive antisociale massive.

Le bencinazo est devenu un sujet de discussion incontournable dans les lycées, les foyers et les lieux de travail : on sait bien que lorsque le prix du pétrole augmente, le coût de la vie augmente aussi. À ce mécontentement s'ajoute la tentative de limiter la gratuité des études pour les plus de 30 ans, la persécution des débiteurs de prêts étudiants, l'offensive contre l'environnement et les mesures visant à renforcer l'impunité des auteurs de violations des droits humains, commises sous la dictature ou lors de la révolte de 2019.

Ces offensives ont suscité une désapprobation massive : dans les sondages, le gouvernement est désormais majoritairement désavoué après deux semaines au pouvoir. Dans la rue, le mouvement social commence à se remobiliser avec des manifestations à l'échelle nationale : la mobilisation massive du 8 mars pour la Journée internationale des droits des femmes, qui a rassemblé des centaines de milliers de personnes pour défendre les droits sexuels et reproductifs et lutter contre les violences sexistes, puis celle du dimanche 22 mars en défense de l'environnement pour la Journée mondiale de l'eau, avec des dizaines de milliers de participants. Mais surtout une mobilisation étudiante massive le 26 mars, convoquée par l'ACES (Assemblée coordinatrice des étudiants du secondaire), qui a réuni 30 000 lycéens et étudiants au centre de Santiago. Réunis devant l'ancien Congrès, ils ont marché en direction du Palais de la Moneda, où ils ont été accueillis avec des canons à eau et des gaz lacrymogènes.

Cette mobilisation tranche avec la passivité de l'opposition parlementaire, qui s'est contentée d'envoyer, ce vendredi, une lettre signée par des députés du PS, du PC et du Frente Amplio (parti du président sortant Boric) afin de demander l'annulation, par décret, de la récente hausse du prix des carburants. Une mesure illusoire qui ne remet pas en cause le fond du problème ni l'ensemble de la politique d'austérité en cours.

Du côté des bureaucraties étudiantes, la Confech (Confédération des étudiants du Chili), dirigée par le Frente Amplio, le Parti communiste et le Parti socialiste, considérait qu'il était « irresponsable » d'appeler à manifester dans le contexte actuel. C'est sous la pression de secteurs importants du mouvement étudiant, qui ont pris l'initiative de lancer la mobilisation, comme l'assemblée du campus Juan Gómez Millas, à laquelle ont participé environ 600 personnes par exemple, que les fédérations étudiantes ont finalement décidé de lancer l'appel.

La Centrale unitaire des travailleurs (CUT), principale centrale syndicale du pays, a également adopté une position passive face aux mesures d'austérité : le 24 mars, elle a tenu sa première réunion avec le ministre du Travail et de la Prévoyance sociale, Tomás Rau, qui s'est fait photographier avec des ministres de Kast et a appelé au « dialogue social », avant d'évoquer une timide mobilisation pour le 1ᵉʳ mai.

Les directions de la CUT et de la Confech agissent comme des digues de contention en tentant de décourager les mobilisations pour éviter que la colère n'explose dans les rues. Cependant, la manifestation massive des étudiants et lycéens a brisé le mur de la passivité et témoigne d'une vraie volonté de lutter contre Kast. Il est urgent que les organisations de masse rompent la trêve et prennent la tête de la lutte contre l'austérité. La passivité promue par les directions officielles ne fait que donner de l'air à la droite pour approfondir ses attaques.

Il est nécessaire de mobiliser l'ensemble du monde du travail en organisant une grande grève nationale capable de peser sur la situation du pays. Mais cela ne peut pas se décréter ou s'organiser du jour au lendemain : cela exige une organisation sérieuse. C'est pourquoi le Parti des travailleurs révolutionnaires, organisation sœur de Révolution Permanente au Chili, veut rassembler toutes celles et ceux qui souhaitent lutter avec une stratégie aux antipodes de l'orientation des bureaucraties syndicales et étudiantes, qui ne veulent pas s'opposer réellement au gouvernement de Kast ou qui se limitent à quelques actions pour ensuite négocier au Parlement. Nous défendons la nécessité de construire, depuis la base, une coordination large capable de préparer une grève nationale contre les attaques du gouvernement.

Il est indispensable d'avancer dans la formation de comités de base dans les différents lieux d'étude afin de constituer un front pour la grève nationale, articulant une coordination active entre les étudiants, les syndicats, les organisations de défense de l'environnement et les organisations de défense des droits humains.

Le gouvernement n'a pas encore perdu le contrôle de la situation dans la mesure où il conserve sa capacité à gouverner et sa base sociale, comme en témoigne l'annulation de la régularisation de 182 000 étrangers, une nouvelle provocation contre tous les travailleurs du pays.

Mais la polarisation qui s'accentue à chaque attaque pourrait commencer à éroder la capacité de Kast à gouverner si les travailleurs et les classes populaires répondent par une puissante grève nationale capable de bloquer le pays. Le gouvernement cherche déjà à « apaiser » les tensions en accordant des concessions limitées à certains secteurs, comme les chauffeurs de taxi et les pêcheurs. Il a ainsi annoncé un transfert de 280 millions de dollars pour fournir des bonbonnes de gaz pendant six mois aux 30 % les plus pauvres. Mais ces mesures ne suffiront en aucun cas à compenser l'impact de la hausse des prix du carburant. Face à cette situation, le PTR affirme la nécessité de faire payer la crise par les capitalistes.

De plus, les luttes des travailleurs et des étudiants qui s'organisent dans d'autres pays contre l'extrême droite et l'austérité constituent un point d'appui important, comme la grève générale des travailleurs et étudiants boliviens en décembre dernier contre l'augmentation du prix du carburant. En Argentine, la mobilisation massive du 24 mars a exprimé un profond rejet du négationnisme et des politiques d'austérité de Javier Milei, lors de laquelle des milliers de jeunes sont descendus dans la rue. En Catalogne, le mouvement étudiant a lancé une grève le 20 mars, unissant ses forces avec les travailleurs de l'éducation publique en agitant le fait que les dépenses militaires de l'État pourraient couvrir 252 fois le coût de la gratuité universitaire.

Aux États-Unis, les mobilisations massives de « No Kings » ont dénoncé les politiques autoritaires de Trump, la guerre contre l'Iran et la hausse de 30 % du prix de l'essence. Si elles se développaient encore, elles pourraient fragiliser l'allié principal de Kast et l'ensemble des gouvernements d'extrême droite en Amérique latine.

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