Nouvel hôtel de police aux Capucins : Cazenave place son mandat sous le signe de la répression
Sun, 05 Apr 2026 11:41:00 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalCe jeudi, aux côtés du Premier ministre, le nouveau maire de Bordeaux a annoncé la création d'un hôtel de police conjoint dans le quartier des Capucins. Une offensive sécuritaire qui s'inscrit dans la continuité de la politique de Pierre Hurmic et face à laquelle il faut faire front.

À Bordeaux, une page se tourne, mais le chapitre reste le même. Pierre Hurmic et EELV ne sont plus à la tête de la mairie, remplacés par le macroniste Thomas Cazenave. Sans surprise, l'agenda sécuritaire du Palais Rohan demeure d'actualité avec une nouvelle surenchère.
Ce jeudi, derrière une armée de CRS, un Premier ministre - Sébastien Lecornu, par ailleurs invisible sur la scène nationale - accompagné du ministre de l'Intérieur Laurent Nunez et de la ministre de l'Aménagement du territoire Françoise Gatel, est venu annoncer, aux côtés du nouveau maire de Bordeaux, ses « mesures renforçant la sécurité du quotidien ».
Présentant notamment projet de loi « Ripost », présenté il y a quelques jours par Laurent Nunez et visant la jeunesse ainsi que les quartiers populaires, cette visite ministérielle aura surtout servi à donner le ton du mandat de Thomas Cazenave.
Ce dernier s'est ainsi réjoui d'avoir « obtenu trois choses importantes ». La première : « une réouverture des discussions globales avec l'État pour une coopération complète entre l'État et l'action municipale ». La seconde, demandée à plusieurs reprises par Pierre Hurmic, « une unité mobile localisée à Bordeaux ».
Enfin, l'annonce phare : la création d'un hôtel de police conjoint entre les forces nationales et municipales dans le quartier populaire du centre-ville historique des Capucins. Cette annonce choc déjà évoqué pendant la campagne municipale ne doit rien au hasard, elle assume la volonté du nouveau maire de Bordeaux de chasser par la force les pauvres du centre de ville de Bordeaux afin de poursuivre les politiques de gentrification en cours depuis plusieurs années.
Lieu emblématique de Bordeaux, le quartier des Capucins constitue l'un des points de rencontre majeurs des différentes cultures de la ville. Il demeure pourtant aussi l'une de ses principales poches de pauvreté, où les immeubles dégradés se multiplient.
Ce quartier fait également l'objet des pires instrumentalisations réactionnaires et xénophobes. C'est en effet à partir d'une rhétorique centrée sur l'insécurité que se poursuit une surenchère répressive. Le cas de la rue Élie-Gintrac l'illustre pleinement : elle a déjà servi à légitimer un tournant sécuritaire porté par l'ancien maire écologiste Pierre Hurmic, notamment à travers l'armement de la police municipale d'armes létales.
La présence policière y est quotidienne, et sa violence ne cesse de s'intensifier, dans un climat de racisme décomplexé, accompagné d'opérations de communication visant à criminaliser ses habitants. Une jeune du quartier dénonçait, il y a quelques semaines, les contrôles incessants de la police, suscitant « une peur de se faire arrêter ».
Elle nous racontait : « Même si tu n'as rien sur toi, ils trouveront un prétexte pour t'emmener. C'est arrivé plein de fois à mon mari, qui vient d'ici : il a été emmené au poste sans raison, puis relâché le lendemain. Il aura simplement perdu une journée de sa vie ».
Dans son programme, Thomas Cazenave qualifiait ce quartier de « ventre de Bordeaux » et y projette « un grand projet de requalification urbaine », avec pour objectif affiché de transformer son célèbre marché. Un projet qui passerait d'abord par « un réaménagement de l'espace public », invoquant tour à tour « la saleté », « les points de deal » et « l'insécurité ». Autrement dit, la rhétorique habituelle qui prépare une accélération de la gentrification et de l'exclusion des classes populaires. Le nouvel hôtel de police s'inscrit dans cet objectif, renforçant une présence policière vingt-quatre heures sur vingt-quatre, avec une brigade d'intervention rapide chargée de « maintenir la propreté ».
Avec ces annonces, Thomas Cazenave cherche à marquer le début de son mandat dans le plus pur style macroniste. Dans ce même quartier, où dans une école à deux pas du marché, un enfant sur cinq se trouve dans une situation d'errance ou de précarité de logement, alternant entre la rue, des halls, le domicile d'un tiers ou des structures d'hébergement d'urgence, le nouveau maire n'a opposé que le mépris à ces familles, appuyant sur la surenchère policière.
Plus largement, la véritable insécurité - économique et sociale - explose au rythme des crises internationales qui pèsent sur le quotidien des travailleurs, comme en témoigne la hausse de l'inflation. Mais, à l'image de la politique du gouvernement, dont Cazenave a été ministre des Comptes publics et architecte de la cure austéritaire, la sécurité ne connaîtra pas l'austérité, contrairement aux services publics essentiels pour les travailleurs et la jeunesse.
Comme nous n'avons cessé de le répéter durant la campagne municipale menée par Petra Bernus, face à l'intensification des attaques - dont celle des Capucins est la première - il y a urgence à préparer la riposte par en bas. Il faut faire front contre les offensives sécuritaires et répressives.