Retour

Grève des personnels, actions et carnaval : la mobilisation contre l'austérité s'étend à l'université Bordeaux Montaigne !

Sat, 04 Apr 2026 19:57:50 CEST

Révolution Permanente

Ouvrir l'original

Alors que la présidence de l'Université Bordeaux Montaigne veut appliquer un plan d'austérité qui prévoit suspensions de licences, suppressions de postes et 40 000 heures de cours en moins à l'horizon 2027, la mobilisation prend de l'ampleur avec l'entrée en grève de secteurs de personnels et de nouvelles actions des étudiants.

Lundi midi, plus de 450 étudiants se sont de nouveau réunis en assemblée générale sur le campus de Montaigne pour discuter des suites à donner à la mobilisation contre les coupes budgétaires. Cette AG s'inscrit dans la continuité de la précédente, qui avait rassemblé plusieurs centaines de personnes et posé au centre la nécessité de la convergence entre étudiants et personnels face au plan d'austérité de la présidence. Une préoccupation réaffirmée au cours de cette AG, aussi bien par les interventions d'étudiants que par celles de travailleurs de la fac, appelant à ce que le mouvement s'élargisse du côté des personnels. Au cours de la discussion, les étudiants ont largement dénoncé la stratégie de la direction, qui depuis plusieurs jours tente d'étouffer le mouvement en fermant systématiquement les bâtiments à l'approche de chaque AG ou action décidée par la mobilisation. C'est dans ce contexte qu'a été votée une action « classes vides » : vider les salles de cours de leur mobilier pour symboliser les suppressions de postes, de formations et d'heures de cours que prévoit le budget adopté par la présidence.

À la suite de l'AG, plus de 300 étudiants se sont ainsi déployés dans les bâtiments pour sortir chaises et tables des salles de cours, pour illustrer les conséquences qu'auront ces baisses de moyens. Malgré les fermetures préventives décidées par la direction, l'action a pu se tenir, démontrant la capacité des étudiants à contourner les manœuvres répressives et à imposer une visibilité forte au mouvement.

Dans l'objectif de visibiliser le mouvement et de l'étendre au‑delà des murs de la fac, étudiants et personnels mobilisés ont aussi décidé de rejoindre la journée nationale de manifestation contre la casse de l'Éducation, en défilant aux côtés des autres secteurs en lutte face à l'austérité. Une façon d'affirmer que le combat contre l'austérité ne se limite pas au périmètre de l'université, mais s'inscrit dans une offensive plus large contre l'éducation ou encore la santé.

Un des tournants de la semaine a été l'entrée en grève de personnels de l'université à la suite de la confirmation par la direction du non‑renouvellement d'au moins 16 contractuels dans différents services de la fac. Alors que la présidence tente de présenter ces suppressions comme inévitables, conséquence de la baisse des dotations de l'État, les personnels ont répondu en se mettant en grève et en affirmant que ce n'est pas aux travailleurs de la fac de payer la crise du financement de l'ESR. La grève s'est particulièrement cristallisée dans le secteur de la bibliothèque universitaire, l'un des services menacés par les suppressions de postes. Des agents, parmi lesquels certains s'étaient vu promettre une CDI-sation au terme de leur CDD, sont désormais menacés de perdre leur emploi. Autour de ce piquet, plusieurs dizaines d'étudiants se sont relayés pour apporter leur soutien et discuter avec les personnels.

En prolongement de la grève, les étudiants des filières d'Art ont pris l'initiative d'organiser un grand carnaval sur le parvis du campus, qui a réuni des centaines d'étudiants et des dizaines de personnels autour d'un même mot d'ordre : refuser de laisser la présidence appliquer l'austérité que le ministre de l'ESR Philippe Baptiste défend pour l'université. Costumes, pancartes, slogans détournant la présidence : le carnaval en liant expression artistique et dénonciation politique a aussi permis de rendre visible l'attaque spécifique qui vise les formations artistiques, notamment à travers le non‑renouvellement du régisseur de la Maison des Arts, essentiel à l'exercice des disciplines artistiques des enseignants et étudiants. Dans la continuité, une nouvelle AG est appelée à se tenir mardi prochain à 12 h 30 sur le parvis, alors que les personnels reconduisent leur grève à cette occasion.

Voir cette publication sur Instagram

Une publication partagée par Le Poing Levé Bordeaux (@lepoing_leve_bordeaux)

Face à l'accentuation de la mobilisation, la présidence de Bordeaux Montaigne s'est retrouvée contrainte de se positionner. Dans un long mail adressé à l'ensemble de la communauté universitaire, le président a tenté de justifier le budget adopté, renvoyant la responsabilité au « problème de financement structurel » et cherchant à présenter les coupes comme un mal nécessaire pour prévenir « un trou de trésorerie » . Dans le même temps, il a dénigré le carnaval et les différentes formes d'action décidées par la mobilisation.

Cette position est révélatrice du choix de la direction de diminuer les budgets en présentant cette option comme préférable à une application directe de l'austérité par le rectorat, qui serait selon elle encore pire. Un faux dilemme qui sert à masquer le choix politique et la responsabilité du président Alexandre Péraud dans l'application de l'austérité, alors même qu'il a investi l'an dernier plus de 600 000 euros dans une sécurité sous-traitante pour réprimer les blocages et les mobilisations liées à cette même question.

La fébrilité de la direction, qui alterne fermetures administratives préventives et adresses à la communauté pour discréditer la mobilisation, est un indice que la situation commence à lui échapper. C'est précisément dans ce type de situation que la mobilisation peut arracher des victoires concrètes, à commencer par l'abandon des non-renouvellements des contractuels et le maintien des postes dans l'ensemble des services. Mais une telle victoire à Montaigne serait surtout un point d'appui pour construire la lutte contre l'austérité dans l'ensemble des universités. Pour s'y confronter, il faut bâtir un mouvement national qui s'appuie sur la grève des personnels universitaires et sur un mouvement étudiant fort et auto‑organisé, lié aux autres secteurs en lutte contre la casse des services publics, de l'éducation à la santé, et opposé à la militarisation et aux millions investis dans la marche à la guerre.

/ / / / / /