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CNOUS : avec le Poing Levé, une force anticapitaliste siégera pour la première fois

Sat, 04 Apr 2026 13:33:31 CEST

Révolution Permanente

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Le 1er avril, huit représentants ont été élus par suffrage indirect au Conseil national des œuvres universitaires. Le Poing Levé y obtient un siège après avoir arraché 25 000 voix lors des élections aux CROUS. C'est la première fois qu'une organisation anticapitaliste et révolutionnaire y siégera. Retour sur les résultats.

Cette semaine se tenaient les élections pour le CNOUS (Centre national des œuvres universitaires et scolaires), organe national qui dirige les instances CROUS (Centres régionaux), qui traitent dans chaque académie des problématiques liées à la vie scolaire et la précarité : logements, bourses étudiantes, restauration universitaire. Deux mois après l'élection en suffrage direct des élus étudiants dans les différents CROUS de France, ceux-ci ont ainsi voté en tant que « Grands Électeurs » en faveur de 8 représentants étudiants nationaux pour siéger au CNOUS.

Le CNOUS, un organe chargé d'appliquer les réformes de précarisation de la jeunesse

Sur ses 29 membres, le CNOUS est notamment composé de 8 fonctionnaires nommés par le gouvernement : 4 fonctionnaires désignés par le ministre chargé de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, et 4 fonctionnaires désignés respectivement par les ministres chargés du Budget, du Logement, de la culture et des Affaires étrangères. En outre, un député et un sénateur y siègent également, ainsi que trois présidents d'université ou directeurs d'établissements supérieurs publics ou privés, et enfin deux membres désignés par l'association des maires de France, et des régions de France.

Cette composition du CNOUS, dans laquelle les étudiants sont largement sous-représentés, est à l'image du rôle de cette institution dans la mise en place et la gestion des réformes qui précarisent la jeunesse : la hausse des loyers des logements CROUS pourtant insalubres, le durcissement des critères d'attribution des aides sociales ou encore le retard des bourses CROUS qui a plongé dans de grandes difficultés les étudiants.

Ainsi, si en théorie les 8 représentants étudiants « participent à la définition de la politique générale du Centre national et des Centres régionaux, se prononcent sur le budget du CNOUS et les répartitions de crédits de l'État entre les CROUS », leur rôle est donc surtout d'accompagner le dialogue social permettant au gouvernement de réguler la misère étudiante pour en faire un levier de sa politique pro-patronale.

En contrepartie de ce mandat, chaque représentant étudiant permet non seulement aux organisations étudiantes d'être reconnues officiellement comme des Organisations Étudiantes Représentatives (ORE), mais surtout de bénéficier de subventions publiques pour leurs activités. Une motivation importante pour certains syndicats, qui sont prêts aux alliances électorales les plus opportunistes pour conserver ou acquérir ce privilège.

Alors que pendant 20 ans, la FAGE et l'UNEF se partageaient les sièges, la fragmentation des sièges au CNOUS vers la gauche est relativement nouvelle. Ce n'est qu'en 2022 que l'Union Étudiante y fait son entrée, suivie cette année du Poing Levé, de la Fédération syndicale étudiante (FSE) et des Étudiants musulmans de France (EMF). Du côté de la droite et de l'extrême droite, l'UNI, syndicat de l' « union des droites », y a possédé un à deux sièges jusqu'en 2008. Ces scores sont à l'image de la recomposition du mouvement étudiant : dans le même temps où l'extrême droite recule, et où les forces du moindre mal atteignent un plafond de verre, les listes de gauche radicale y font leur entrée.

La fragmentation de la représentation étudiante au CNOUS comme miroir de la recomposition à gauche du mouvement étudiant

Sans surprise après avoir obtenu 54 600 voix en février pour les élections CROUS, la FAGE, ou « Bouge ton Crous », liste « apolitique » qui se fait le relai du macronisme à l'université, obtient trois sièges, comme en 2022 et en 2024. Un score important, mais qui masque néanmoins un recul significatif puisqu'entre 2015 et 2019 la FAGE possédait cinq sièges sur huit. Pour tenter de conjurer ses difficultés et l'impasse de sa stratégie d'accompagnement des politiques macronistes dans la jeunesse, la FAGE s'est mise à la tête d'une politique d'épiceries solidaires sur critères sociaux, financées en partie par des secteurs du privé, comme Stellantis, la Banque Populaire ou encore la CMA-CGM, qui cherchent à redorer leur image et profiter dans le même temps de la précarité étudiante.

Du côté de la droite, et malgré la progression des idées réactionnaires au niveau de la population globale, l'UNI ne parvient pas à récupérer d'élu après avoir siégé au CNOUS jusqu'en 2008. Une bonne nouvelle, fruit de la lutte de nombreux étudiants et organisations contre leur présence et la diffusion de leurs idées racistes, antisémites et réactionnaires sur les campus.

Globalement, et dans la continuité des élections de 2021 et 2024, c'est une représentation beaucoup plus à gauche qui ressort du scrutin de ce 1er avril, à l'image de la radicalisation sur la gauche du mouvement étudiant ces dernières années.

Pour l'UNEF, organisation historiquement liée au PS, qui a dominé le mouvement étudiant pendant des années, et possédait la moitié des sièges au CNOUS depuis les années 2000, cette élection est une nouvelle étape dans sa dégringolade, qui a commencé en 2016 avec le mouvement contre la loi Travail et le « plus jamais PS ». Son alliance avec la Coordination étudiante, scission de l'Union Étudiante, et l'UNEF-Renouveau Syndical, issue des Jeunesses socialistes obtient un seul siège, attribué à la Coordination étudiante, première sur la liste. Pour la première fois depuis la création du CNOUS, l'UNEF n'aura donc pas de représentant étudiant pour cette mandature.

De son côté, l'Union étudiante avait décidé de s'allier avec la Fédération syndicale étudiante (FSE) et les Étudiants musulmans de France (EMF) pour tenter d'obtenir le maximum de sièges en dépit de sa dégringolade électorale (perte de 23 sièges entre 2024 et 2026). Une alliance structurée autour d'une force qui a démontré ces dernières années la nature profondément cogestionnaire de son projet, allant jusqu'à s'opposer à des mobilisations de résidents CROUS, et dont la section montpelliéraine, le SCUM, est connue pour ses dirigeants qui qualifient d'« antisémites » les soutiens de la Palestine et défendaient lors des élections étudiantes sur le campus de Paul Valéry que les questions anticoloniales étaient « hors sujet ».

Des positions qui n'ont pas empêché la FSE de se mettre en troisième position sur cette liste. Alors que ce syndicat promettait lors des élections CROUS de février de lutter pour les intérêts des étudiants et « l'autogestion » des résidences universitaires, il a donc priorisé la possibilité d'obtenir un siège et une enveloppe sur les principes qu'il affiche. Une compromission qui n'est pas vraiment surprenante au regard de l'attitude de la FSE tout au long des élections, l'organisation ayant choisi de porter un programme minimal, adapté aux logiques co-gestionnaires, et bien en deçà des besoins élémentaires de la jeunesse précaire au nom du réalisme et du respect des attributions des CROUS.

A rebours de cette logique d'adaptation au réformisme en vue d'obtenir des sièges et des subventions publiques, Le Poing Levé présentait une liste indépendante des réformistes, construite autour d'un programme anticapitaliste clair et de la lutte contre la précarité, le génocide à Gaza et l'extrême-droite.

Contre l'extrême droite, la précarité et le génocide à Gaza, le Poing Levé défendra les étudiants sans compromission

L'objectif de la candidature du Poing Levé au CNOUS était non pas d'accompagner les réformes du gouvernement, mais d'être les yeux et les oreilles des étudiants au CNOUS, et utiliser une éventuelle position au service des luttes étudiantes. C'est une réussite, puisque l'organisation a obtenu un siège, en dépit d'un mode de scrutin opaque et anti-démocratique.

L'entrée du Poing Levé au CNOUS est une avancée importante, puisque c'est la première fois dans l'histoire du CROUS qu'une organisation clairement anticapitaliste et révolutionnaire y siégera. Alors que la présidence du CROUS vire des étudiants pour y loger des policiers pendant les Jeux Olympiques, signe des partenariats avec l'armée comme à Strasbourg, ou encore expulse sans sommation des étudiants de leur logement pendant le confinement, le Poing Levé siégera au CNOUS en totale indépendance d'elle, et sans aucune illusion à son égard.

Avec le Poing Levé, nous nous sommes présentés à ces élections car nous sommes profondément convaincus que les logiques de négociation et de cogestion avec la présidence du CROUS sont une impasse pour le mouvement étudiant. En pleine crise austéritaire et course à la militarisation, faire croire aux étudiants que l'on peut changer les choses de l'intérieur de ces conseils, comme le fait l'UNEF, la Coordination Étudiante mais aussi l'Union Étudiante, est illusoire.

Nous souhaitons être utile pour informer les étudiants sur leur situation, avoir accès à des informations importantes liés à la précarité, dénoncer le fonctionnement de l'institution. Bref, être des lanceurs d'alerte au service de la mobilisation. Nous voulons œuvrer à la transparence de ces conseils particulièrement anti-démocratiques, en dénonçant toutes les attaques et compromissions entre la présidence et les organisations étudiantes. Nous mettrons notre énergie à construire les mobilisations par le bas, en utilisant les conseils comme des points d'appui à la construction de mouvements.

Forts de cette nouvelle position, nous continuerons de militer au quotidien et sur le terrain pour changer l'université et la société. Alors que l'extrême-droite se renforce dans les institutions et dans la rue, que la militarisation s'accélère au profit de la guerre impérialiste au Moyen-Orient, et que la casse de l'université publique se poursuit, nous avons plus que jamais besoin de nous organiser : rejoins-nous !

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