Loi séparatisme, événement interdit, dissolution : le gouvernement relance une offensive islamophobe
Fri, 03 Apr 2026 17:58:30 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalLaurent Nuñez a annoncé ce 3 avril un prolongement de la loi séparatisme, alors qu'une nouvelle dissolution d'organisation antiraciste se prépare. Face à la nouvelle offensive islamophobe, il faut faire front.

Ce vendredi 3 avril, le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez a annoncé la mise en place d'un renforcement de la loi séparatisme visant à élargir les prérogatives de la précédente. Ce nouveau dispositif permettrait notamment de faciliter le gel d'avoirs administratifs, d'interdire certaines publications et de faciliter la dissolution de structures. Une offensive qui s'inscrit dans la continuité des promesses d'Emmanuel Macron en juillet 2025 qui, à la suite du rapport fumeux sur « l'entrisme musulman », avaient conclu à la nécessité d'étendre la loi séparatisme.
Si le projet de Laurent Nuñez reste pour l'instant relativement flou, il s'inscrit clairement dans la continuité de la loi séparatisme en cherchant à en approfondir et étendre les effets. Alors que la loi précédente avait déjà renforcé le contrôle administratif et financier des associations, notamment via l'imposition du contrat d'engagement républicain (CER) dont la violation peut entraîner la suppression des subventions, le nouveau dispositif entend aller plus loin. Également, le gel des avoirs, jusque-là principalement réservé aux situations liées au « terrorisme », serait ainsi élargi à des cas définis comme relevant du séparatisme. Dans le même sens, les procédures de dissolution seraient assouplies, renforçant les marges de manœuvre de l'exécutif. Enfin, l'interdiction de certaines publications serait facilitée, en s'appuyant sur des critères larges comme les « appels à la haine, à la violence ou discriminatoires », permettant une application étendue de ces mesures.
Le ministre de l'Intérieur entend donc poursuivre son offensive réactionnaire des dernières années. En effet, en 2021, l'adoption la loi séparatisme avait permis de multiplier les attaques contre des organisations musulmanes, comme s'en félicitait lui-même le ministre ce vendredi : « On a fermé énormément de structures associatives qui étaient dans le séparatisme islamiste, on a fermé aussi des lieux de culte, on continue à le faire. Il y a énormément de contrôles d'accueils collectifs de mineurs ». Des mesures qui s'accompagnaient d'une multitude de dispositions facilitant la criminalisation des musulmans et la répression de celles et ceux qui dénoncent l'islamophobie.
En parallèle de cette annonce, Laurent Nuñez a par ailleurs tenté d'interdire cette semaine la Rencontre annuelle des musulmans de France, prévue ce même 3 avril, en invoquant un risque terroriste. Une décision dénoncée par l'avocat des organisateurs, Musulmans de France,, qui y voit « un projet politique [...] dans le seul but de promouvoir un projet de loi ». Le tribunal administratif a finalement autorisé la tenue de l'événement, mais cette séquence reste révélatrice de l'escalade islamophobe du pouvoir contenues dans ce projet.
De la même manière, on apprenait ce vendredi qu'une procédure de dissolution viserait le collectif anti-islamophobie Génération EDR (Espoir, Dignité, Résistance). Une annonce qui s'inscrit pleinement dans cette même dynamique. Génération EDR est un collectif qui vise à lutter contre l'islamophobie en France, réunissant, lors de sa création, l'association de lutte contre les discriminations Red Jeunes, des mouvements de jeunesse, l'Union syndicale lycéenne et les Étudiants musulmans de France, ainsi que l'organisation antifasciste la Jeune Garde. A la suite d'une prise de parole en soutien à la Jeune Garde, le ministre de l'Intérieur reproche à l'association « d'inciter à la commission d'actes de violence » ainsi que la « reconstitution de groupement dissous ». Des accusations que dénonce Yassine Benyettou, cofondateur et coresponsable de Génération EDR : « C'est une atteinte à la liberté d'expression et à la liberté d'association, pour un collectif dont les principales modalités d'action reposent sur des tables rondes, des campagnes d'affichage et des interviews de personnes voilées victimes d'islamophobie. »
Ainsi, la loi séparatisme a montré que les mesures islamophobes constituent un véritable laboratoire du durcissement autoritaire, dont les effets tendent aujourd'hui à s'étendre et à se généraliser. En ce sens, les dissolutions d'organisations musulmanes ou contre l'islamophobie, comme le CCIF et Baraka City, ont largement ouvert la voie aux offensives contre des organisations antifascistes comme le Groupe Antifasciste Lyon et Environs (GALE), ou la Jeune Garde, écologistes comme les Soulèvements de la Terre ou pro-Palestine comme le Collectif Palestine Vaincra.
Avec le nouveau projet de loi contre le séparatisme, c'est une nouvelle offensive raciste et réactionnaire qui se prépare et qu'il va falloir combattre. Contre les attaques islamophobes, il faut construire un front large. Le mouvement ouvrier doit se mobiliser massivement en alliance avec le mouvement antiraciste, pour faire reculer le gouvernement mais aussi exiger l'abrogation de toutes les lois raciste, à commencer par la loi séparatisme et la loi de 2004, matrice de nombreuses offensives islamophobes. C'est en construisant une mobilisation unitaire, ancrée dans les lieux de travail et d'étude, et en liant la lutte contre le racisme à celle contre les politiques austéritaires, que pourra être opposée une véritable contre-offensive au pouvoir et à l'extrême droite.
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