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À Paris 1, face à un mal-être profond, les étudiants de MIASHS relèvent la tête contre la pression scolaire

Fri, 03 Apr 2026 22:06:57 CEST

Révolution Permanente

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Humiliations publiques, rythme scolaire éreintant, sanctions et notation arbitraires : les pratiques de la direction pour durcir la sélection sociale sont brutales. Le Poing Levé a rencontré des étudiants mobilisés de MIASHS qui témoignent de leurs conditions d'études dans la licence et racontent leur mobilisation.

Les étudiants de licence de MIASHS (Mathématiques, Informatique Appliquées aux Sciences Humaines et Sociales) de Paris 1 subissent pression, humiliation et abus de la part de la présidence. Pour la direction de l'université, cette licence a pour vocation de concurrencer les formations des écoles de commerce, en finance notamment. Dans un contexte austéritaire, cette compétition à la renommée fait se craqueler ce vernis d'« excellence » et révèle la souffrance des étudiants. Parmi eux, les étudiants de L2 ont décidé de se mobiliser ces derniers jours.

Des étudiants qui relèvent la tête

Alors que la licence de MIASHS fait l'objet du plan de dépolitisation du centre Tolbiac avec le déménagement des filières de sciences humaines, identifiées par la présidence comme plus enclines à se mobiliser. Ces dernières semaines, la promotion a initié une assemblée générale massive qui a mené au blocage de deux examens de contrôle continu. Malgré l'intervention violente du responsable de la sécurité sur ordre de la présidence et les menaces de répression policière, la mobilisation a mis en défaut la présidence. Une initiative accompagnée par les étudiants en économie du même campus qui se sont aussi mobilisés contre la dégradation des conditions d'études.

En MIASHS la colère et la politisation sont bien réelles et partent de la dénonciation d'une licence-usine qui essore jusqu'à la moelle.

« Si tu travailles, si t'es pauvre, tu dégages » : La réalité d'une fac Métro, TD, dodo

Les étudiants expliquent que les équipes pédagogiques ont mis en place un rythme d'évaluation volontairement intenable pour les étudiants. Les contrôles continus sont nombreux et se déroulent systématiquement entre 19h et 21h (souvent pendant au moins une semaine consécutive), un rythme intenable pour les étudiants qui travaillent ou qui vivent loin de la fac.

La présidence de l'UFR ordonne également des interrogations surprises lors de cours magistraux où l'assiduité n'est pourtant pas obligatoire et alors que de nombreux étudiants travaillaient. Une étudiante raconte « Au CM de développement web, on a eu une interro surprise. Pourtant, le lundi matin, on est beaucoup à travailler. Il y avait 8 personnes présentes en cours, tous les autres ont eu 0. »

Une politique de sanction et de notes arbitraires que la présidence de l'UFR encourage « Dans mon cours, on a fait un graphique de nos notes. Il y avait 20 personnes qui ont eu des 0 juste parce qu'ils étaient arrivés en retard à cause de trains retardés ou autre. »

Cette politique se renforce lors des périodes d'examens. Les étudiants font remonter au Poing Levé une pratique systématique mais pourtant illégale « Si on est en retard à un examen, même de 5 minutes, on est directement refusé par les encadrants et considéré comme défaillant. ». S., qui a subi cette pratique, dénonce « J'habite à 2 heures de la fac. Pour un examen, j'ai un RER qui est resté bloqué en gare et je suis arrivé à 8h10 pour un partiel qui commençait à 8h. Le chargé d'examen m'a dit en souriant : “Rendez-vous en rattrapage”. Avec d'autres étudiants qui subissaient la même chose, on a essayé de contester. En moins de 5 minutes, la sécurité du centre est venue et a pris en note mon numéro étudiant !. »

Pourtant, l'accès à un examen est un droit, et les encadrants sont tenus d'accepter les retards des étudiants pendant un minimum d'un tiers du temps de l'épreuve.

Ces comportements s'accompagnent d'un climat de suspicion étouffant. Lors des examens, les encadrants organisent une véritable chasse aux sorcières. Pour A., ce sont des pratiques « humiliantes » qui partent du principe que les étudiants trichent nécessairement aux examens. Alors qu'une épreuve nécessiterait des conditions sereines pour pouvoir composer avec moins de pression, on « force des étudiants à enlever leurs manteaux » sous prétexte de risque de fraude, alors même « qu'une étudiante n'avait qu'un débardeur en dessous, et qu'on était en hiver ». Les pratiques sont dignes d'un système carcéral « On nous force à nous mettre debout pour vérifier les sièges un par un et lever les bras pour vérifier qu'on n'a rien sur les poignets, pas d'Apple Watch. Et comme si ça suffisait pas, les 15 minutes passées à faire ça sont déduites de notre temps d'exam. »

Des abus de pouvoir à la détresse psychologique

Cette politique consciente de non-respect des droits des étudiants encourage certains membres de la direction d'UFR à profiter de leur position « Mme XXX dans ses cours, elle pointe du doigt, elle humilie. L'année dernière, à la rentrée, elle a fait pleurer quelqu'un, et elle s'en félicite encore aujourd'hui » mais aussi lors des examens « L'année dernière, il y a une élève qui après la fin de l'épreuve prenait 3 secondes pour écrire son nom sur la copie. M. XXX lui a arraché la feuille des mains en criant “ferme ta gueule” ». Des étudiants racontent même des traitements au faciès pour des changements de cours « Certains élèves racisés se font refuser sans justification alors que d'autres élèves non racisés se sont fait accepter ».

De nombreux étudiants font remonter des conséquences importantes sur leur santé mentale, des étudiants ont été hospitalisés pour du stress, d'autres ne dorment plus. Face à ces pratiques, les étudiants revendiquent « l'arrêt des mesures abusives » et « une adaptation du rythme des évaluations ».

« Moi je suis devenu complètement paranoïaque. Tous les jours je pense : “est-ce que je justifie mon absence ?”, “est-ce que je suis défaillant ?” Tous dans la promo, on calcule nos moyennes 15 fois par jour, on fait toutes les possibilités de calcul pour voir si on passe. »

Des méthodes dans la droite lignée de celles du gouvernement pour restructurer l'université

Cette situation dans la licence MIASHS n'est pas isolée, au contraire. Elle est le reflet particulièrement aigu de l'instauration d'une université à l'image de ce que voudrait le gouvernement, professionnalisante, sélective et adaptée aux besoins du patronat. Si le gouvernement n'avance pas assez vite à son goût dans la restructuration de l'université, certaines formations lui servent de porte-étendard.

En MIASHS, le département revendique ainsi que ces formations préparent à des « métiers de la banque et de la finance, du conseil aux entreprises, de consultant, etc. ».

Par ailleurs, la période austéritaire permet au gouvernement de durcir la sélection. Les pratiques abusives que nous révélons servent cet objectif : pousser les étudiants les plus précaires à quitter la formation de force. Par exemple, les étudiants AJAC (qui n'ont pas validé certaines matières mais sont inscrits dans l'année supérieure) se sont vus refuser de manière arbitraire l'inscription à des cours de TD et ont subi des pressions pour rendre copie blanche aux examens. En bref, la direction du département cherche à les pousser à l'échec.

Les étudiants ne sont d'ailleurs pas dupes des motivations de la direction de l'UFR : « Il n'y a pas assez de places en master, alors pour l'admin, il faut filtrer », quitte à passer au forceps : « L'année dernière, il y avait 100 étudiants sur 150 aux rattrapages ». Un étudiant a été ciblé comme le « virus du groupe », considéré comme l'initiateur de blocages et réprimé en conséquence : « J'ai été menacé d'exclusion jusqu'à la fin du semestre, soit disant ils vont saisir la commission disciplinaire. Ils inventent n'importe quoi, comme quoi je serais en retard à un TD alors que ça ne m'est jamais arrivé. Je ne sais même pas quels propos ils rapportent dans le dossier, ils ne veulent pas me laisser voir, si ça se trouve c'est faux. »

Il n'y a rien non plus à attendre de la présidence, qui réprime les blocages en donnant l'ordre à la sécurité de menacer les étudiants d'une intervention policière. De leur côté, les élus de MA2S s'embourbent dans leurs politiques co-gestionnaires, ne revendiquant que l'ouverture d'un « échange avec la direction » et n'obtenant que des miettes de leurs négociations.

Seule une mobilisation des étudiants, rejoints par les travailleurs de la fac, pourra défaire les effets des coupes budgétaires qui, autrement, ne feront que se renforcer. Celles-ci visent à faire éclater l'université de tous les côtés : frais d'inscription à plusieurs milliers d'euros pour les étudiants étranger·es, travailleurs sans contrat, conditions d'examens injustes en économie et dégradation des services proposés par l'université comme avec la fermeture de la bibliothèque du campus de Lourcine à partir du 18 mai.

Dans ce contexte, les étudiants de MIASHS montrent la voie à suivre. Il faut se mobiliser pour arracher la fin de la sélection et de la pression scolaire. Que ce soit pour le respect strict des droits des étudiants, pour imposer l'organisation des contrôles continus sur les temps de TD et sans augmentation de la charge horaire hebdomadaire, mais aussi pour la fin immédiate des pratiques abusives et l'ouverture massive de places en licence et en master pour contrecarrer la pression sélective. Les étudiants de MIASHS ont tout intérêt à se lier avec d'autres secteurs de l'université comme les étudiants d'économie qui se mobilisent sur des problématiques similaires et les travailleurs de l'université qui ont organisé une journée de grève le 2 avril contre les coupes budgetaires.

Le Poing Levé lance un appel à témoignages pour tous les étudiants de MIASHS — ou d'autres filières — qui souhaiteraient témoigner de leurs conditions d'études et de vie. Nous encourageons tous les étudiants à se lier aux mobilisations des personnels et enseignants de l'université, et notamment la journée de mobilisation inter centre de la semaine du 13 avril.

Communiqué des étudiant·es de MIASHS

Bonjour à toutes et à tous,

Les étudiant·es de la licence MIASHS se sont mobilisé·es la semaine dernière, notamment le mercredi et le jeudi, afin de faire entendre leurs revendications face aux nombreuses difficultés rencontrées depuis le début de l'année universitaire. Dans ce cadre, les contrôles continus des matières Bases de données et Méthodes numériques ont été bloqués.

Cette mobilisation n'a rien d'anodin. Elle est le résultat d'un ras-le-bol profond, construit depuis plusieurs mois, face à des dysfonctionnements répétés, signalés à de nombreuses reprises, sans réponses satisfaisantes.

Lors du rendez-vous avec la Présidence du 20 mars, dont un compte rendu détaillé a été transmis, l'ensemble de ces difficultés a été exposé de manière précise.

Parmi les points dénoncés :

  • Un manque de transparence sur les décisions prises et une absence d'explications claires
  • Des mesures imposées sans concertation, notamment concernant les étudiant·es AJAC
  • Des pratiques pédagogiques contestables, comme les interrogations surprises en CM
  • L'application de règles injustes, notamment l'attribution de 0/20 en cas d'absence, même justifiée
  • Un nombre de contrôles continus excessif, avec un rythme insoutenable pour de nombreux·ses étudiant·es
  • Un climat général dégradé, marqué par du stress, du découragement et un fort sentiment d'injustice
  • Des situations répétées de manque de respect envers les étudiant·es
  • Une gestion de la fraude jugée abusive, instaurant un climat de pression et de suspicion permanent

    Une nouvelle réunion a eu lieu récemment entre des membres de l'UFR, de la Présidence et des équipes pédagogiques de L2. Si certains points ont été entendus et que des mesures ont été évoquées, cela reste à ce stade largement insuffisant.

    Nous souhaitons être très clairs :ce n'est pas parce que le dialogue a été engagé que la mobilisation s'arrête. Des discussions ne suffisent pas à effacer des mois de dysfonctionnements, des promesses ne compensent pas les situations déjà subies. Le premier semestre est terminé, le second est presque achevé et entre les deux, de nombreux·ses étudiant·es ont décroché, abandonné ou se trouvent aujourd'hui en grande difficulté. Ce constat est grave.

    Les étudiant·es attendent toujours la communication des RCC, indispensables pour comprendre les règles appliquées et faire valoir leurs droits.

    Ils refusent désormais :

  • de subir des décisions sans explication
  • d'être pénalisé·es malgré des absences justifiées
  • de faire face à un rythme d'évaluation intenable
  • d'évoluer dans un climat de pression permanent

    Ils demandent :

  • l'arrêt des mesures abusives
  • une transparence réelle sur les décisions prises
  • une adaptation du rythme des évaluations
  • un dialogue respectueux et effectif
  • des réponses concrètes et rapides

    Ils demandent également des excuses pour l'ensemble des situations vécues cette année.
    Nous tenons à rappeler que cette mobilisation n'est pas dirigée contre les enseignant·es, mais qu'elle traduit un épuisement collectif face à des conditions d'étude qui ne sont plus acceptables.

    Les étudiant·es ne se mobilisent pas par choix, mais par nécessité.

    Dans ce contexte, nous souhaitons également relayer l'appel à la grève intersyndicale du 2 avril à l'Université Paris 1. Cette journée de mobilisation s'inscrit dans une contestation plus large des conditions d'étude et de travail à l'université, notamment liées aux contraintes budgétaires et à leurs conséquences sur les étudiant·es comme sur les personnels.
    Cette convergence de mobilisations montre que les problèmes que nous dénonçons dépassent largement notre seule licence.

    Nous appelons donc chacun·e à s'informer et à se mobiliser.

    Les étudiant·es resteront mobilisé·es tant que des réponses concrètes ne seront pas apportées.

    Cordialement,

    Les étudiant·es mobilisé·es

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