Éducation : un guide contre le racisme et l'antisémitisme… pour mieux réprimer le soutien à Gaza
Fri, 03 Apr 2026 19:43:30 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalEn février dernier, l'Éducation nationale a publié un nouveau vademecum intitulé « Agir contre le racisme, l'antisémitisme et les discriminations liées à l'origine ». Un guide qui ouvre la porte à un renforcement de la criminalisation du soutien à la Palestine et de l'antiracisme, visant les personnels et les élèves.

Une politique d'instrumentalisation de la lutte contre l'antisémitisme à l'école
Sous couvert d'un guide antiraciste, le nouveau vademecum de l'Éducation Nationale, intitulé « Agir contre le racisme, l'antisémitisme et les discriminations liées à l'origine », représente un véritable outil de répression du soutien à la Palestine et des critiques de l'Etat d'Israël et de ses politiques génocidaires qui pourraient émaner des personnels et des élèves.
Co-écrit par la Délégation interministérielle à la lutte contre le racisme, l'antisémitisme et la haine anti-LGBT (DILCRAH), le Conseil des sages de la laïcité et la direction générale de l'enseignement scolaire, ce texte est actuellement diffusé auprès des enseignants, des inspecteurs et des chefs d'établissement en vue de leur fournir un ensemble de « repères théoriques et juridiques pour comprendre le racisme, l'antisémitisme et les discriminations liées à l'origine (…) [et] répondre au mieux à des situations concrètes souvent délicates ».
Alors que le génocide du peuple palestinien se poursuit et que les attaques des colons et les interventions militaires s'intensifient en Cisjordanie et dans les territoires occupés, le vademecum évoque la guerre à Gaza et les crimes de guerres et contre l'humanité dont sont accusés Benjamin Netanyahu et Yoav Gallant par le Cour pénale internationale, mais nie tout crime de génocide, arguant qu'aucune instance de justice internationale ne l'aurait reconnu.
Tout comme la loi Yadan qui sera soumise au vote de l'Assemblée nationale le 16 avril prochain, le vademecum s'appuie sur la définition de l'antisémitisme de l'Alliance Internationale pour le Souvenir de l'holocauste (IHRA), déjà mise en cause par l'UJFP et Tsedek. Dans ce cadre, si le document souligne que « critiquer Israël comme on critiquerait tout autre État ne peut pas être considéré comme de l'antisémitisme », il explique par exemple que l'antisionisme défini comme « la critique véhémente de la politique menée par Israël » peut « parfois cacher une propagande antisémite », tandis que le « mot “sionistes” » serait utilisé « pour s'en prendre en réalité aux juifs ». Finalement, il est purement et simplement assené que « l'antisionisme, s'il devait se réaliser, impliquerait la destruction de cet État et donc l'expulsion ou l'élimination des juifs de la région ».
On retrouve aussi dans le document la dénonciation des propos que la loi Yadan prévoit de criminaliser, à savoir « le refus du droit à l'autodétermination des juifs, en affirmant par exemple que l'existence de l'État d'Israël est le fruit d'une entreprise raciste » ; « le traitement inégalitaire de l'État d'Israël, à qui l'on demande d'adopter des comportements qui ne sont ni attendus ni exigés de tout autre État démocratique » ; ou encore « l'établissement de comparaisons entre la politique israélienne contemporaine et celle des nazis ». Il s'agit ici d'un cas d'école de l'instrumentalisation de l'antisémitisme visant à faire taire toute critique légitime de la politique de l'Etat d'Israel, qui s'inscrit dans la dynamique actuelle de durcissement de la répression des soutiens à la Palestine, et dont témoignent la récente condamnation à 24 mois de prison avec sursis d'Olivia Zemor ainsi que l'adoption de la loi « relative à la lutte contre l'antisémitisme dans l'enseignement supérieur ». L'éducation nationale s'illustre donc à nouveau comme un pilier des politiques répressives, anticipant même l'adoption de la loi.
L'institution scolaire, un relais du racisme d'Etat, de l'impérialisme et de la militarisation
Dernièrement, l'Éducation Nationale a vu se multiplier en son sein l'invocation du devoir de réserve et de neutralité pour sanctionner des enseignants pour leur soutien à la Palestine ; les signalements pour atteinte à la laïcité se renforcent et on se rappelle de la traque qui a visé les élèves musulmanes ou supposées telles suite à la circulaire abaya, ou encore des centaines d'élèves signalés au procureur suite au saut autoritaire ayant suivi l'assassinat de Samuel Paty.
Poursuivant cette même logique, le vademecum demande à ce que les propos et les actes racistes et antisémites soient « systématiquement signalés et sanctionnés », encourageant les enseignants à réprimer toujours davantage leurs élèves. En même temps, l'institution passe systématiquement sous silence les attaques racistes et islamophobes à l'encontre des personnels ou des élèves, et fait taire celles et ceux qui les dénoncent et s'organisent collectivement pour y répondre.
L'institution scolaire n'est donc pas une institution neutre. Elle joue en réalité un rôle de relais d'un racisme d'Etat, qui s'exprime en particulier à travers la loi de 2004 et la « circulaire abaya » qui sous couvert de laïcité avance dans ses offensives islamophobes. D'ailleurs, le vademecum alerte sur le fait que « les personnels de l'Éducation nationale peuvent se trouver en présence d'affirmations selon lesquelles « l'État est raciste » », jetant aussi le soupçon sur « l'emploi du terme « racisme systémique » qui (…) sert parfois de couvertures à de telles affirmations ». Il conclut finalement qu'« en aucun cas la France ne peut être considérée comme un État raciste et on ne peut pas parler de racisme d'État en France ». Ce document sert donc non seulement d'outil idéologique dans l'offensive réactionnaire et raciste, mais pourra désormais également servir de support pour réprimer les élèves sur le sujet, et signaler et sanctionner, au nom du devoir de réserve, les personnels qui dénonceraient le racisme d'État.
De même, le vademecum est tout entier au service de la répression des voix dénonçant le colonialisme israélien et le génocide à Gaza qui s'expriment dans la jeunesse. Si l'institution scolaire ne peut tolérer cette critique et cherche à organiser le consentement au génocide, c'est que la lutte contre la politique coloniale israélienne met également en cause les puissances impérialistes comme la France qui soutiennent inconditionnellement l'État génocidaire.
Cette offensive s'inscrit dans le contexte où depuis plusieurs mois les liens entre l'école et l'armée se resserrent sur fond d'aiguisement des tensions impérialistes. Tandis que le budget ultra-austéritaire de Lecornu, qui investit massivement dans le réarmement, promet d'aggraver le manque structurel de moyens dans l'éducation, l'institution cherche à accentuer la mise au pas des personnels et des élèves, collaborant à l'embrigadement de la jeunesse pour mieux servir l'impérialisme français ; on le voit déjà avec le nouveau service militaire « volontaire », la multiplication des « classes défenses » et des partenariats entre l'école et la police et l'armée. Participant de cette accélération, une proposition de loi visant à renforcer l'enseignement à la défense nationale en vue de « restaurer l'esprit de défense » chez les élèves a été adoptée par l'Assemblée Nationale, en première lecture, ce jeudi 26 mars.
Face à ces offensives, une lutte déterminée contre la militarisation, capable de déployer une politique antiraciste et anti-impérialiste conséquente est une nécessité. Dans la lignée des fortes mobilisations en Allemagne, en Catalogne, mais aussi dans une moindre mesure à Marseille, il devient crucial de construire un mouvement large qui dénonce et s'oppose à une école qui sert à préparer les corps et les esprits des élèves à la guerre. Les revendications des personnels de l'éducation, en coordination avec les parents et les élèves, doivent être indissociablement anti-austéritaires, anti-impérialistes, antiracistes, et inséparable de la lutte pour la libération de la Palestine.