Repas à 1€ : les personnels des CROUS en grève aux côtés des étudiants pour des moyens à la hauteur
Fri, 03 Apr 2026 10:17:21 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalÀ l'appel de la CGT CROUS, personnels et étudiant·es se sont mobilisé·es dans plusieurs villes ce 2 avril pour exiger les moyens nécessaires à la mise en place du repas à 1€. Une journée de grève et de rassemblements pour dénoncer la dégradation des conditions de travail et la précarité étudiante.

Ce jeudi 2 avril, de nombreux travailleurs et travailleuses du CROUS et étudiant·es étaient mobilisé·es à Strasbourg, Clermont-Ferrand, Bordeaux, Montpellier, Aix-Marseille ou encore Avignon pour revendiquer un véritable repas à 1€ à l'appel à la grève de la CGT CROUS.
Suite à la mise en place du repas à un euro en mai 2026, les travailleur·euses du CROUS exigent, pour la mise en place effective de cette mesure essentielle pour la plupart des étudiant·es, des moyens humains et financiers à hauteur des besoins. Grèves, barrage filtrant, journée de mobilisation, rassemblement ont eu lieu pour porter cette voix.
Une mobilisation inspirante dans un contexte de forte dégradation des conditions de travail des personnels : la CGT CROUS explique : « Les personnels font déjà face à une charge de travail croissante, des effectifs insuffisants et des conditions de travail dégradées. ». Un communiqué de 2024 de l'UNSA établissait même à 903 accidents de travail, correspondant à un accident pour 14 agents.
À Aix-Marseille, à Avignon ainsi que dans l'ensemble de la région PACA, la quasi-totalité des personnels du CROUS étaient en grève. Alice*, en contrat étudiant au CROUS d'Aix-Marseille Avignon, revient sur la raison de cette grève : « On en discutait avec les titulaires, le repas à 1€, c'est super mais derrière ça suit pas : on a pas plus de personnels, pas plus de place, pas plus de moyens ». Elle explique : « En plus, les restaurants universitaires et les cafets vont perdre en qualité. Si les infrastructures ne changent pas, manger en 1h sera mission impossible ». Elle rappelle d'ailleurs le fonctionnement déjà précaire du CROUS : « sans personnel étudiants, la restauration ne tourne pas ».
À Toulouse, après une semaine de communication des personnels et étudiant·es, qui faisait le lien entre la dégradation des travails des personnels Crous et la précarisation des étudiant·es, ce sont 14 personnels du Crous qui étaient en grève. Plusieurs dizaines de personnes étaient rassemblées le matin en présence des organisations étudiantes et de grévistes. Ce n'est pas une première pour ces personnels qui s'étaient déjà mobilisés contre leurs conditions de travail délétères : fuite d'eau, absence de chauffage en plein hiver.
À Montpellier, Le Poing Levé et plusieurs organisations étudiantes ont mené une journée de mobilisation contre la précarité étudiante et la direction du CROUS, pour affirmer leur solidarité vis-à-vis des personnels grévistes du CROUS. Les personnels ont ainsi confié aux étudiant·s la situation intenable de sous-effectif au RU de Vert Bois, qui ne va faire que s'approfondir en mai. Confection d'une banderole, tractages, tours de salles : cette journée était l'occasion de discuter avec les étudiant·es et personnels des attaques à venir.
À Strasbourg, le RU Paul Appell était entièrement fermé, tout comme les cafétérias CROUS de la Misha et Esplanade. Le RU Esplanade a également annoncé sa fermeture pour le service du soir. Sur le site de Cronenbourg, une douzaine d'agents se sont mobilisés. Au total, selon une syndiquée CGT du CROUS de Strasbourg, près de 23 % des agents de restauration étaient en grève (40 sur 165).
Un communiqué unitaire, signé par les organisations étudiantes et syndicales à l'initiative du Poing Levé, a été diffusé dans la journée dans les files d'attente des restaurants universitaires de la ville, afin d'informer les étudiant·es et de témoigner de leur soutien aux travailleur·euses. Au Foyer de l'Étudiant Catholique (FEC), menacé de fermeture, l'inquiétude est particulièrement forte. Le secrétaire général résumait ainsi la situation : favorable au repas à 1 euro, elle souligne que « sans moyens humains et financiers supplémentaires, cette mesure risque surtout d'aggraver des conditions de travail déjà intenables, et on peut pas continuer comme ça ».
À Clermont-Ferrand s'est tenu un rassemblement réunissant personnels grévistes et étudiants. Dans le Crous, ce sont seize restaurants universitaires, cafétérias ou markets Crous qui étaient fermés à l'occasion de cette journée de grève.
Cette journée de mobilisation des personnels du Crous s'est par ailleurs déroulée dans plusieurs villes dans un contexte de mobilisation contre l'austérité. À Bordeaux, plusieurs centaines d'étudiant·es de différents campus étaient réuni·es pour un carnaval contre l'austérité et la militarisation. À Marseille, plusieurs étudiant·es de l'école d'étude du travail social IMF étaient mobilisé·es contre les coupes austéritaires, qui dégradent durement leurs conditions d'études et de travail.
Cette journée est particulièrement importante dans un contexte où les attaques contre les services publics et les conditions de vie des étudiant·es se multiplient. Dans plusieurs villes, la solidarité entre personnels et étudiant·es a permis de mettre en lumière une réalité : sans moyens supplémentaires, le repas à 1€ ne peut pas être une avancée sociale. La tendance est encourageante et montre qu'une convergence est possible entre celles et ceux qui travaillent au sein de l'université, et celles et ceux qui en dépendent pour se loger et étudier.
Elle intervient d'ailleurs dans un moment où plusieurs organisations syndicales, la CGT comme la CFDT, ainsi que les différent·es travailleur·euses mobilisé·es, évoquent déjà la perspective d'une grève à la rentrée face à la période intense de rentrée scolaire qui mettra en lumière le manque criant de personnels et de moyens. Mais alors que les prochains mois seront marqués par de nouvelles attaques, il faut construire une mobilisation avant même la rentrée prochaine, qui apparait bien éloignée alors que travailleurs et jeunes subissent quotidiennement l'austérité et la précarité.
La lutte pour l'accès véritable au repas à 1€ ne peut être dissociée de la lutte plus générale contre l'austérité qui frappe l'université et les services publics. C'est en liant la lutte contre la précarité étudiante, la défense des conditions de travail des personnels du CROUS et le combat contre les coupes budgétaires que pourra émerger un rapport de force capable d'imposer de véritables moyens pour l'Enseignement supérieur.