« Toujours plus avec moins de moyens humains » : les bibliothécaires de Chambéry en grève
Fri, 03 Apr 2026 20:22:58 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalLes bibliothécaires municipales de Chambéry ont mené une deuxième journée de grève pour lutter contre les politiques d'austérité de la mairie. À Chambéry, les élus et les mandats se succèdent, tandis que dans les bibliothèques, le manque d'effectif est chronique et que les conditions de travail se dégradent.

Samedi 14 mars, 10 heures, la médiathèque Jean-Jacques Rousseau, établissement public de 4000 mètres carrés, doit normalement ouvrir pour son jour de plus grande affluence. Mais cette fois, tout comme la semaine précédente, les portes sont fermées et les bibliothécaires expliquent aux usagers les nombreuses raisons qui les poussent à se mobiliser collectivement à travers une grève qui fait consensus pour une très grande partie du personnel employé par la ville de Chambéry dans cet établissement.
CHAMBÉRY : grève des https://t.co/Zpou0D8RNd de la médiathèque Jean-Jacques Rousseau pour protester contre les conditions de travail, les suppressions et gels de postes pic.twitter.com/p2ekVBD5z4
— Révolution Permanente Alpes (@RP_Rhone_Alpes) March 14, 2026
Des suppressions de postes et une précarisation des emplois
Depuis une petite dizaine d'année, les bibliothèques municipales de Chambéry ont perdu 14 emplois, soit l'équivalent d'un petit établissement comme la bibliothèque Georges Brassens.
Pour autant, en nombre d'inscrits et en termes de fréquentation, la médiathèque JJ Rousseau se situe au-dessus de la moyenne nationale. Pour le seul mois de février, elle enregistre pas moins de 27 000 passages. La médiathèque se positionne comme le premier équipement culturel de l'agglomération.
Pour autant, lors de la réunion générale annuelle, le 30 janvier, les salarié.es apprennent la suppression de 3 postes et le gel de 3 autres. Ce n'est pas moins de 6 personnes qui manquent pour réaliser les tâches quotidiennes : accueil, inscriptions, animations, rangement, traitement des collections… « L'ambiance de cette réunion était terrible. On a tous eu un sentiment d'injustice. L'idée de se mobiliser a émergé à ce moment-là » raconte une bibliothécaire en grève.
Par ailleurs, la précarité refait son apparition. La mairie recourt à des CDD de 1 à 3 mois, parfois renouvelés la veille pour le lendemain. Trois personnes sont dans cette situation à la médiathèque JJ Rousseau. « Une fois, un collègue a osé demander un contrat de 6 mois, on lui a dit non ! Il a fini par en avoir un parce qu'il y a eu un poste vacant. Mais du coup c'est un titulaire remplacé par un contractuel ». Un agent contractuel nous fait part de sa situation : « Ça fait trois ans que je suis là, je suis sur trois services différents. Je bouche les trous. Je dois “dépanner” les collègues pour qu'ils aient le moins possible de surcharge. Mais je suis surchargé aussi. On tire sur la corde et on a l'impression de ne pas être entendus ».
Une surcharge de travail pour les bibliothécaires
« Comment arriver à travailler avec une fiche de poste et des missions claires quand on est sur trois services en même temps ? », déplore une autre bibliothécaire en grève. Tout.es les agent.es présent.es font part d'un épuisement généralisé, dû à une surcharge de travail. Dans certains services, les départs de responsables ne sont pas remplacés, ce qui pèse sur le reste des agents. Ce travail est reconnu par une prime d'intérim pour les responsables adjoint.es, mais la charge de travail reste lourde avec une équipe incomplète. « Et c'est la possibilité pour la mairie de dire : “ça fait 6 mois que ça tourne comme ça, ça tourne très bien, finalement vous n'en avez pas besoin de votre responsable”. Et c'est comme ça qu'on en arrive à la suppression d'un poste au service numérique ».
Il y a quelques années, les bibliothèques de Chambéry ont reçu le label « Bibliothèque Numérique de Référence ». Ce Projet permet de développer une nouvelle offre autour du numérique. Si cette labellisation a permis d'obtenir une subvention de l'État, tous ces projets nécessitent que les agents puissent y consacrer du temps, temps qui leur manquait déjà et qu'ils ont encore moins aujourd'hui : « La mairie s'était engagée à ce que ce soit à effectifs constants. Et ce n'est pas le cas, alors qu'on a plus de travail ».
Enfin, les arrêts maladie se multiplient au sein de certaines équipes. Par exemple, dans l'équipe entretien qui doit s'occuper d'une surface de plus de 11 000 m². Cette surface va de l'espace Malraux à la Direction Générale Adjointe à Curial, en passant par la galerie Eurêka et les deux bibliothèques. C'est aussi le cas à la bibliothèque voyageuse, qui est un dispositif mobile qui permet de rendre les livres accessibles dans les crèches, les Ehpad et les prisons, et qui implique beaucoup de manutentions. Rapprocher la lecture publique des publics empêchés ou éloignés des bibliothèques c'est un engagement qui existe depuis de très nombreuses années et qui tient à cœur aux bibliothécaires.
Le rôle social des bibliothèques dangereusement menacé
Les suppressions de postes et la précarisation des emplois ont des conséquences désastreuses sur les services de la médiathèque qui revêtent une très grande importance sociale : en plus de la bibliothèque voyageuse, citons également Médiavue et Handicap, un service qui a pour mission l'inclusion et qui accueille tout au long de l'année les publics porteurs de handicaps. Ce service dispose d'une équipe réduite, qui ne lui permet pas d'offrir suffisamment d'accompagnements pour les personnes qui en ont besoin. Il faut en moyenne attendre près d'un mois pour obtenir un premier rendez-vous. De même au service numérique où les personnes en fracture numérique doivent parfois attendre plus de 2 mois pour avoir un rendez-vous.
De manière générale, la bibliothèque a un rôle social fondamental : « On est un des seuls endroits gratuits, où il fait chaud l'hiver, un peu moins chaud l'été, où il y a Internet », rappelle une agente. Ainsi, quand la mairie s'en prend aux travailleur.euses des bibliothèques, cela va plus loin : « C'est aussi une attaque contre les personnes les plus précaires, qui n'ont déjà pas de voix et qui sont donc faciles à mettre de côté ».
Avant la première journée de grève, un groupe de bibliothécaires a rencontré la direction administrative de la mairie. Concernant la précarisation des contrats, celle-ci se défendait en indiquant que la plupart des contrats répondaient à des remplacements. Or plusieurs agents contractuels occupent des postes pérennes, et la mairie n'avait pas de réponse à ce sujet. Ou alors elle s'apitoyait sur son manque de budget et la nécessité de faire des arbitrages douloureux. Mais, comme le note une agente, cette même mairie a accueilli l'année dernière le Tour de France féminin, ce qui représente 3 millions d'investissements d'après la CGT : « C'est rigolo parce que là il y a toujours de l'argent. De l'argent, comme toujours, il y en a mais le choix politique ne se porte pas sur les agents. C'est pareil dans les crèches et dans le secteur de l'éducation ».
Les bibliothécaires sont donc déterminé.es à poursuivre cette lutte même si elle s'annonce difficile et âpre face à ce que leur renvoie leur employeur. À leur image et à celle des agent·es du service public de Toulouse, il est impératif de construire un front large réunissant un maximum de travailleuses et de travailleurs de Chambéry alors que les classes dominantes aspirent à financer par l'austérité la dette qu'elles ont creusées, en offrant chaque année des centaines de milliards au patronat, et la militarisation, en faisant payer les classes populaires, la jeunesse et les travailleurs.
Les bibliothécaires ont lancé une pétition pour appeler à soutenir leur mobilisation. Signer et diffuser cette pétition est une étape importante pour construire un large front contre l'austérité.
De plus, les agent·es des médiathèques de Chambéry ont prévu une nouvelle journée de grève ce samedi 4 avril. Soyons nombreux et nombreuses à venir pour la défense des bibliothèques et des services publics !