Allocution de Trump : un discours déconnecté de la réalité, incapable de masquer la crise impérialiste
Thu, 02 Apr 2026 09:11:02 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalCe mercredi soir, Donald Trump s'est exprimé lors d'une allocution télévisée pour évoquer l'actualité de la guerre contre l'Iran. Son discours triomphaliste et truffé de mensonges ne suffit pas à dissimuler la réalité du conflit, qui est bien loin d'être la victoire totale de l'impérialisme américain qu'il a tenté de dépeindre.

Donald Trump a prononcé ce mercredi un discours diffusé sur toutes les chaînes de télévision américaines. L'allocution suscitait une certaine attente (et aussi une certaine inquiétude) car des rumeurs circulaient les jours précédents quant à son contenu : allait-il annoncer un retrait des États-Unis sous prétexte que ses objectifs militaires avaient été atteints ? Ou allait-il annoncer une nouvelle escalade qui pourrait déboucher sur une invasion terrestre de l'Iran ? En réalité, cela n'a été ni l'un ni l'autre.
Dans son discours, Trump a voulu convaincre, pour la énième fois, la population américaine que la guerre est pratiquement gagnée et que l'opération Epic Fury est un succès retentissant. Il a répété plusieurs fois que les États-Unis avaient détruit la capacité de l'Iran à représenter une quelconque menace pour les États-Unis, qu'ils avaient complètement détruit sa flotte, sa force aérienne et qu'il ne lui restait plus que peu de missiles pour mener des attaques dans la région. Une affirmation qui aurait pu être crédible s'il n'y avait pas eu, plus tôt dans la journée, une attaque à la roquette contre Israël, considérée par divers médias comme la plus importante depuis le début de la guerre, et ce alors que l'Iran continue d'attaquer les infrastructures des pays du Golfe.
Trump a poursuivi en affirmant que les objectifs de l'opération Epic Fury étaient déjà presque tous atteints et que, bien qu'ils n'aient pas cherché à renverser le régime, ils y étaient parvenus dans les faits, après l'assassinat de personnalités importantes et l'arrivée au pouvoir de responsables « plus disposés à négocier » avec les États-Unis. Un mensonge éhonté, compte tenu des multiples déclarations de responsables américains assumant l'objectif initial de « changement de régime ». Trump a toutefois déclaré que la guerre se poursuivrait « pendant deux ou trois semaines » et a de nouveau menacé l'Iran de détruire ses infrastructures énergétiques s'il continuait à se battre, et de le bombarder jusqu'à le ramener « à l'âge de pierre, là où est sa place ». Un symbole de l'arrogance pure de l'impérialisme américain.
Quant au détroit d'Ormuz, dont la fermeture par l'Iran provoque une hausse des prix du carburant et engendre une crise d'approvisionnement dont les effets se font déjà sentir partout dans le monde, Trump a presque décidé de l'ignorer. Les États-Unis n'ont pas besoin du pétrole et du gaz qui transitent par le détroit, car ils sont fondamentalement « autosuffisants » et disposent en outre des réserves du Venezuela. Dans ce cadre, les pays qui en ont besoin devront alors prendre en main la tâche de le rouvrir et de « veiller sur leur pétrole » a-t-il souligné, en référence aux impérialismes européens.
Évidemment, les États-Unis ne sont pas autosuffisants et le pétrole que ce pays vole au Venezuela ne leur suffit pas. Mais cette déclaration a deux objectifs clairs : punir les alliés américains de l'OTAN qui ont refusé de prendre part activement à la guerre contre l'Iran en leur faisant porter la responsabilité de la réouverture d'Ormuz, et justifier le refus des États-Unis de mener une opération militaire d'une telle ampleur, avec la crainte qu'elle n'ait un coût inacceptable pour le peuple américain, pour qui la guerre est déjà extrêmement impopulaire.
Concernant les effets de la fermeture d'Ormuz aux États-Unis, Trump a déclaré que les hausses de prix étaient « à court terme » et s'est félicité de son programme économique, affirmant qu'il avait éradiqué l'inflation et que l'économie américaine était plus forte et plus prospère que jamais. Une affirmation difficile à croire pour le travailleur américain moyen qui voit le prix du gallon d'essence grimper à 4 dollars (6 dollars sur la côte ouest) et qui est hanté par le spectre d'une hausse de l'inflation qui réduirait encore davantage son pouvoir d'achat. Une situation politiquement dangereuse pour Trump, dont les taux de popularité sont au plus bas et qui doit faire face aux élections de mi-mandat dans quelques mois.
Trump ne semble pas non plus avoir pris note de la dernière mobilisation de No Kings, l'une des plus importantes de l'histoire des États-Unis, dont l'un des principaux slogans était « non à la guerre ». Il est peu probable que ces 8 millions de personnes se laissent apaiser par ce genre de discours. De même, si Trump cherchait, avec son allocution télévisée, à apaiser les marchés, il a obtenu l'effet inverse : le baril de pétrole a augmenté de 4 % dès la fin de son discours, tandis que les bourses du Japon et de la Corée du Sud ont également connu des baisses une fois celui-ci terminé.
En définitive, l'allocution de Trump reflète fidèlement la situation actuelle de son gouvernement et la position des États-Unis au Moyen-Orient. Avec la possibilité d'une victoire rapide réduite à néant, sans objectifs stratégiques clairs et face à une crise des prix et de l'approvisionnement en carburant qu'ils se sont eux-mêmes infligé, Trump et son gouvernement cherchent désespérément une issue au problème dans lequel ils se sont eux-mêmes fourrés, tandis que leurs alliés préfèrent leur tourner le dos (pas pour des raisons humanitaires, mais pour se préserver) et que la population américaine montre déjà clairement qu'elle en a assez de cette aventure impérialiste. Si la possibilité d'une véritable victoire des États-Unis existe encore, elle s'amenuise de jour en jour.