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Pourquoi Trump a-t-il autorisé l'arrivée d'un pétrolier russe à Cuba ?

Thu, 02 Apr 2026 16:40:04 CEST

Révolution Permanente

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Ce dimanche, le président américain a annoncé devant la presse qu'il avait autorisé le passage d'un pétrolier. Cependant, quelques heures plus tard, son porte-parole a précisé qu'il ne s'agissait pas d'un changement de politique envers Cuba.

Dans un nouveau revirement de sa propre politique, le président Donald Trump a déclaré ce dimanche qu'il autoriserait le pétrolier russe Anatoly Kolodkin à décharger sa cargaison de 730 000 barils de pétrole brut dans un port cubain. Après près de trois mois d'un blocus pétrolier criminel, et dans le cadre de négociations bilatérales désormais confirmées par le président cubain, Miguel Díaz-Canel, lui-même, le magnat américain semble avoir décidé d'accorder un répit à l'île. « Si un pays veut envoyer du pétrole à Cuba dès maintenant, cela ne me pose aucun problème. Que ce soit la Russie ou d'autres pays, cela ne me dérange pas », a même déclaré Trump à la porte de l'avion présidentiel, où il a l'habitude de faire certaines de ses annonces retentissantes.

Il reste à voir si cette déclaration encouragera les pays producteurs de pétrole dirigés par des gouvernements « amis de Cuba » comme le Brésil, le Mexique ou la Colombie à envoyer du pétrole ou des carburants. En effet, ces derniers mois, ils n'en ont pas fourni une goutte. Dans le cas de Claudia Sheinbaum, elle s'est contentée d'envoyer de l'aide humanitaire et de collecter des fonds à l'initiative de López Obrador, sans jamais tenter de briser le blocus pétrolier. Quoi qu'il en soit, malgré les déclarations de Trump, sa porte-parole, Karoline Leavitt, a précisé quelques heures plus tard lors d'une conférence de presse que l'autorisation accordée au navire russe était due à une décision humanitaire et qu'elle ne modifiait en rien la politique de blocus sur le pétrole et les carburants, de sorte que d'éventuelles nouvelles livraisons, qu'elles proviennent de Russie ou d'autres pays, seront examinées « au cas par cas ».

Un geste limité dans le cadre de la continuité de l'offensive impérialiste

Le Anatoly Kolodkin fait l'objet de sanctions tant de la part des États-Unis que de l'Union européenne, mais il avait quitté la Russie à destination des Caraïbes, à la suite d'un des nombreux revirements de Trump lorsqu'il a annoncé début mars qu'il suspendait les restrictions sur la commercialisation du pétrole russe, afin que les prix internationaux ne s'envolent pas. La question de savoir si la suspension de ces sanctions à l'encontre de la Russie inclurait les échanges avec Cuba, en raison du blocus spécifique dont le pays est victime depuis janvier, a suscité de nombreuses spéculations.

Sur le fond, la réalité est que Trump craint que le régime de l'île ne s'effondre sans que personne ne puisse remplacer Díaz-Canel et son gouvernement, générant un scénario d'instabilité très dangereux. C'est pourquoi les États-Unis semblent miser sur une solution « à la vénézuélienne » où le régime serait maintenu mais où certaines figures changeraient, en se subordonnant politiquement à l'impérialisme yankee. Dans le cadre des négociations menées par le secrétaire d'État Marco Rubio et Raúl Guillermo Rodríguez Castro, petit-fils de Raúl Castro, les deux parties ont annoncé fin février que les États-Unis autoriseraient la vente de carburant au secteur privé cubain.

Dans ce cadre, on estime qu'environ 30 000 barils de diesel sont arrivés sur l'île au cours du dernier mois et demi. Il s'agit d'une quantité minimale par rapport à la consommation du secteur des transports cubain (estimée à 24 000 barils par jour), mais qui permettrait justement d'éviter l'effondrement total de l'économie, en particulier des petites et moyennes entreprises (PME), connues sous le nom de Mipyme, qui interviennent notamment dans la distribution et la vente de denrées alimentaires.

Alors que l'île a besoin d'un peu plus de 100 000 barils par jour pour alimenter ses centrales thermoélectriques, et couvre 40 % de ce besoin grâce à sa production nationale de carburant (y compris l'extraction de pétrole lourd et le raffinage), l'Anatoly Kolodkin permettra de couvrir environ 12 jours des besoins en production d'électricité, selon le type de pétrole qu'il transporte. Cela dépend également de la part destinée aux besoins des transports publics, du transport de marchandises et de l'approvisionnement des stations-service pour les voitures particulières. Quoi qu'il en soit, il s'agit d'un petit répit qui ne résout pas la très grave crise provoquée par le blocus impérialiste criminel.

Stop au blocus criminel contre Cuba !

Qualifier ce blocus de criminel n'est pas une métaphore, mais une réalité tout à fait objective. La pénurie de carburant provoque d'énormes et longues coupures d'électricité dans tout le pays, des problèmes de transport, des perturbations dans l'approvisionnement en eau courante, dans le ramassage des déchets et dans le fonctionnement des hôpitaux, entre autres. En d'autres termes, Trump et son gouvernement, avec le secrétaire d'État Marco Rubio en figure de proue, utilisent délibérément la stratégie consistant à générer le plus de souffrances possibles parmi les masses laborieuses afin d'imposer leur volonté au pays agressé.

L'un des objectifs était de provoquer un soulèvement populaire contre le gouvernement discrédité de Miguel Díaz-Canel, ce qui lui permettrait de forcer le régime à se soumettre, comme ce fut récemment le cas au Venezuela, mais sans recourir à une attaque militaire (une option très risquée à Cuba). Bien que de nombreuses manifestations aient été enregistrées ces dernières semaines dans tout le pays — sous la forme de « cacerolazos » nocturnes dans les rues, d'une manifestation étudiante à La Havane — et même d'une explosion sociale locale dans la ville de Morón (Ciego de Ávila) qui s'est soldée par le pillage du siège du Parti communiste, la situation n'est pas devenue incontrôlable.

Les raisons sont multiples. De la crainte de la répression du régime du parti unique qui, depuis 2021, a imposé un code pénal totalement répressif à l'égard de la contestation sociale ; en passant par des secteurs de la population qui continuent de supporter une bureaucratie complètement discréditée, face à un scénario éventuel de « prise de contrôle » du pays par l'impérialisme, comme l'a déclaré Trump ; jusqu'aux mesures palliatives telles que l'introduction assez massive de sources alternatives de production d'électricité, notamment solaire, qui parviennent à couvrir 10 % des besoins pendant la journée, lesquelles, ajoutées à la production nationale, permettent d'éviter l'effondrement total des hôpitaux ou d'autres secteurs stratégiques.

La nécessité d'une riposte anti-impérialiste

Comme nous le dénonçons constamment, cette offensive se produit dans un contexte où la bureaucratie du Parti communiste fait peser sur les travailleurs et le peuple la crise générée par le blocus. Les revenus économiques réduits du pays ne sont pas affectés aux besoins les plus urgents de la population, tels que la réparation des centrales électriques, la production alimentaire (Cuba doit importer près de 80 % de ce qu'elle consomme) ou la construction de logements, pour n'en citer que quelques-uns. La majeure partie est consacrée à la construction d'hôtels et à d'autres secteurs permettant d'attirer davantage de devises ; à financer de diverses manières le secteur privé, le « chouchou » de la bureaucratie ; et à garantir le fonctionnement normal des principales institutions et structures de l'État, c'est-à-dire de la haute sphère de la bureaucratie elle-même. D'où l'énorme discrédit du gouvernement de Díaz-Canel, de la famille Castro qui gère l'empire commercial GAESA et d'autres hauts fonctionnaires et chefs des FAR.

Toutes les mesures économiques sont imposées d'en haut, sans véritable débat national, local et par unité de production, qui permettrait d'impliquer et de mobiliser l'ensemble de la population dans les villes, à la campagne, parmi les étudiants, sur la manière de sortir le pays de la crise, de vaincre le blocus impérialiste, de déterminer les domaines à privilégier et les secteurs à restructurer. Toutes ces discussions et décisions sont interdites au peuple qui n'a pour seul rôle que de « résister de manière créative », comme aime à le dire Díaz-Canel.

A l'inverse, la sortie de crise pour Cuba réside dans l'organisation et la mobilisation de son peuple, visant en premier lieu à vaincre le blocus, à mettre fin à la bureaucratie au pouvoir et au régime réactionnaire du parti unique, et à réorganiser le pays selon les intérêts de la classe ouvrière et des paysans pauvres, en faisant appel à la solidarité et à la mobilisation de l'ensemble des travailleurs à travers tout le continent.

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