Baisses des indemnités, contrôles accrus : Lecornu veut intensifier la chasse aux arrêts maladie
Wed, 01 Apr 2026 18:26:56 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalSous couvert de « lutte contre la fraude », le gouvernement prépare une nouvelle attaque contre les arrêts maladie. Cette offensive vise à poursuivre la traque des malades, accentuer la pression mise sur les médecins, et à faire payer la crise aux travailleurs, pour défendre les profits du patronat.

Dans le viseur du gouvernement depuis plusieurs mois, les arrêts maladie sont devenus une cible centrale de l'offensive austéritaire en cours. Derrière les discours technocratiques et opportunistes sur la « maîtrise des dépenses » et de « réduction du déficit », c'est bien une nouvelle séquence de mise au pas du monde du travail que prépare le gouvernement de Lecornu.
Jeudi 19 mars dernier déjà, Sébastien Lecornu réunissait plusieurs ministres - chargés des Comptes publics, du Travail, de la Santé et de l'Industrie - lors d'une « réunion de travail sur les arrêts-maladies » pour parler de leur « régulation ». Quelques jours plus tard, vendredi 27 mars, lors d'une réunion à Bercy sur les finances publiques, Sébastien Lecornu a haussé le ton en dénonçant une « dérive très préoccupante » du nombre d'arrêts maladie, présentée comme un facteur d'aggravation du déficit. « Ça fait partie des points, si on les traite trop tard dans l'année, on ne pourra pas avoir d'action possible, utile, efficace [...], la maîtrise des finances publiques […] doit se faire quoi qu'il arrive ».
Le Premier ministre exprime sans détours qu'il s'agit de faire payer aux travailleurs tant la crise interne que « la situation géopolitique internationale ». Et ce alors même que le gouvernement a appuyé l'agression impérialiste de Trump en Iran en déployant d'importants moyens militaires dans la région et que, plus largement, il organise une casse généralisée des services publics au profit de dépenses militaires toujours plus importantes.
Une traque des malades dans un climat de suspicion généralisée
Dans la continuité de ces annonces, le gouvernement doit présenter « en avril » des propositions concrètes, et multiplie les pistes pour restreindre les arrêts maladie. Parmi elles, la traque du « nomadisme médical », c'est-à-dire des patients accusés de consulter plusieurs médecins pour obtenir un arrêt. Lecornu alimente ainsi le climat de suspicion généralisée qui participe à construire la figure du malade fraudeur, justifiant un durcissement des contrôles.
Lecornu envisagerait aussi de s'attaquer au montant des indemnités journalières : aujourd'hui fixées à 50 % du salaire dans la limite d'un plafond défini, elles pourraient être revues à la baisse pour appauvrir encore davantage les travailleurs les plus vulnérables.
Une autre mesure sur que le gouvernement pourrait remettre sur la table est le renforcement de la surveillance des médecins jugés « gros prescripteurs ». En 2024 déjà, l'Assurance maladie annonçait déjà vouloir contacter 7 000 généralistes pour « échanger sur leurs pratiques » à propos de la prescription d'arrêts ; et en septembre 2025, c'est aussi elle qui proposait à certains médecins de signer une « mise sous objectifs », les engageant à réduire de 20 à 30 % leurs prescriptions d'arrêts maladie.
Une telle tutelle budgétaire viserait directement les arrêts longs, c'est-à-dire les patients atteints de maladies graves ou chroniques. Pourtant, comme le souligne par exemple l'économiste Nicolas Da Silva, « aucun élément ne prouve que les médecins prescrivent trop d'arrêts maladie », puisque même la Cour des comptes ne parvient pas à démontrer un quelconque effet d'opportunisme. Mais peu importe, parce que l'objectif est ailleurs : faire des économies sur le dos des travailleurs. Et cette petite musique ne sort pas de nulle part, mais s'inscrit dans une série de réformes déjà engagées ces derniers mois.
Régulièrement, le gouvernement propose d'allonger les délais de carence, à savoir le nombre de jours d'arrêts maladie durant lesquels aucune indemnité n'est versée. Dans le même temps, une réforme adoptée grâce au PS dans le budget de la Sécurité sociale va désormais limiter la durée des arrêts à 30 jours maximum (les macronistes voulaient même descendre à 15 jours), et 60 en cas de prolongations.
Ces « mécanismes de régulation », validés (comme de nombreuses autres mesures austéritaires) par le Conseil constitutionnel et devant entrer en vigueur en septembre, traduisent bien la volonté de renvoyer les salariés au travail le plus vite possible, malades ou pas.
Le Parti socialiste participe activement à cette offensive et a lui aussi proposé son lot de mesures contre les malades, comme le recours au télétravail lors des arrêts.
Une fraude fantasmée pour masquer les vraies causes des dégradations de santé
Pour justifier ces attaques, l'exécutif met encore et toujours en avant la lutte contre la fraude. Or, si les arrêts maladie augmentent, les causes sont tout autres que celles dont parle le gouvernement : on pense avant tout au vieillissement de la population active ou encore la hausse du nombre de travailleurs. Mais aussi la baisse du niveau de vie des travailleurs avec des contrats toujours plus précaires et l'inflation qui fait baisser les salaires réels depuis des années.
Surtout, la dégradation généralisée des conditions de travail joue un rôle central. Intensification des rythmes, affaiblissement de la médecine du travail, disparition des CHSCT au profit des CSE : toutes les protections collectives ont été méthodiquement démantelées ces dernières années et les risques psychosociaux explosent.
Dans ce contexte, il n'est pas surprenant que les arrêts maladie augmentent. La France est même la grande championne des morts au travail en Europe, avec un record de 764 décès en 2024.
Mais loin de s'attaquer à ces causes structurelles, le gouvernement brandit son discours bien rodé sur l'insoutenabilité de la Sécurité sociale, martelé depuis des décennies par le patronat, en prétendant que le problème viendrait d'une supposée paresse des travailleurs. Un discours parfait pour justifier d'aligner l'ensemble du système de santé sur des objectifs budgétaires, de réprimer les malades et de forcer les médecins à participer à la réduction des dépenses.
A rebours de cet objectif, nous devons dénoncer l'ensemble de ces offensives et revendiquer l'abrogation du budget 2026, de la LFSS et de tous les mécanismes austéritaires qui attaquent la santé des travailleurs. Il faut exiger la redirection des budgets de l'armée pour la santé et l'ensemble des services publics comme l'éducation et les transports, mais aussi l'instauration d'une sécurité sociale universelle et sans conditions de nationalité, la reconnaissance systématique des accidents du travail et la prise en charge à 100% de toutes les maladies professionnelles.
Crédits photo : capture d'écran Youtube AFP.