Deux cheminots se suicident en deux jours : « avant c'était France Télécom, aujourd'hui la SNCF »
Wed, 01 Apr 2026 18:27:34 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalEn seulement deux jours, deux travailleurs de la SNCF ont mis fin à leurs jours. Laura Varlet, cheminote et militante à Révolution Permanente, s'exprime sur ces drames et les politiques mortifères qui en sont la cause.

En seulement deux jours, deux personnes se sont suicidées à la SNCF. Depuis le 1er janvier, 9 suicides ont eu lieu à la SNCF. Ces drames sont indissociables de la politique mortifère menée par la direction de la SNCF et de leurs conséquences directes sur les conditions de travail des agents : +50% d'accidents de travail en 3 ans, +21% en 1 an. Face au silence insoutenable de Jean Castex, président de la SNCF, Laura Varlet, cheminote, militante à Révolution Permanente et à Sud Rail, s'exprime.
C'est avec un profond effroi que j'ai appris que 2 collègues se sont suicidés aujourd'hui. Il est impossible de détacher ces drames de l'augmentation de la souffrance au travail à la SNCF, dont les conséquences sont insoutenables. Avant France Télécom, aujourd'hui La Poste ou la SNCF, il faut que ça s'arrête !
Le nombre de suicides de collègues cheminots bat des records. Cette explosion n'est pas sans cause : management agressif, suppressions de poste, réorganisations à la chaîne… Les conditions de travail des agents ne cessent de se détériorer sous les coups des offensives austéritaires, de l'ouverture à la concurrence et de la privatisation. Les usagers aussi subissent les conséquences de ces politiques au quotidien : retards, suppressions de trains, réseau vieillissant et des billets toujours plus chers.
Il faut aussi souligner que l'on vit dans un monde de plus en plus anxiogène. La guerre en Iran et au Moyen-Orient menée par Trump et Netanyahou, avec la complicité des puissances occidentales, est en train d'anéantir des populations entières, après avoir commis un génocide en Palestine pendant des années.
Le coût de ces guerres, ils veulent le faire porter aux travailleurs ! Depuis le début de la guerre contre l'Iran, le prix du baril explose. Le détroit d'Ormuz, par lequel transite 20% du pétrole mondial, est au cœur du conflit. Résultat : le carburant flambe à la pompe ! Résultat, on doit choisir entre faire le plein ou remplir le frigo, pendant que Total engendre des milliards de profits.
En parallèle, partout où la guerre avance, l'austérité suit. Les budgets militaires explosent en Europe — +40% en France entre 2017 et 2025 — pendant qu'on nous dit qu'il n'y a pas d'argent pour les salaires, les hôpitaux, les écoles, les trains. Par exemple, de nombreux collègues discutaient ces derniers jours les conséquences des mesures annoncées pour les écoles, en Seine-Saint Denis ce sont des dizaines de classes qui ferment.
Pourtant, on a les trains, on a les voies, on a notre savoir-faire, mais le service public ferroviaire se dégrade. Tout cela résulte d'une politique consciente du gouvernement et de ses alliés : ouverture à la concurrence, privatisation, sous-investissement chronique dans le réseau...
Je tiens à adresser toutes mes condoléances à la famille et aux proches de nos collègues décédés, et à leur faire part de toute ma compassion, ainsi que de ma colère face au système qui a rendu possible ces drames.
Cette situation n'est pourtant pas une fatalité. Elle met en lumière la nécessité de s'organiser pour faire face à la flambée des prix, pour refuser de payer la crise ou de voir nos services publics détruits pour alimenter la course à la militarisation. En tant que cheminots, nous avons des réponses concrètes et immédiates à porter, telles que la gratuité des transports ou l'augmentation immédiate des salaires et leur indexation sur l'inflation, car si les prix augmentent, les salaires doivent suivre ! Pour les arracher, il sera nécessaire de commencer à construire des alliances avec les usagers.
Et surtout, à l'image des dockers et des travailleurs italiens mobilisés contre le génocide en Palestine, les travailleurs du chemin de fer et d'ailleurs avons un rôle central à jouer pour revendiquer d'autres perspectives que l'avenir de guerre et de misère que le gouvernement nous propose.