Profiteur de guerre : TotalEnergies a gagné 1 milliard de dollars en spéculant sur l'agression contre l'Iran
Wed, 01 Apr 2026 18:27:42 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalAlors que la guerre fait flamber les prix, le Financial Times révèle que TotalEnergies a engrangé des profits records grâce des acquisitions massives de pétrole anticipant l'agression impérialiste de l'Iran. Une stratégie qui révèle comment la « crise » devient une opportunité pour les actionnaires, au détriment direct des consommateurs et des travailleurs.

La crise n'en est pas une pour tout le monde. Dans un article mis sous presses cette semaine, le quotidien économique britannique The Financial Times révèle que le géant français TotalEnergies serait parvenu à engranger plus d'un milliard de dollars (868 millions d'euros) grâce à une opération spéculative débutée au mois de mars. D'après Adi Imsirovic, maître de conférences en systèmes énergétiques à l'université d'Oxford, « il s'agit potentiellement de la plus importante prise de position jamais réalisée dans l'histoire des marchés pétroliers ».
L'entreprise aurait en effet acheté la cargaison de 70 bateaux-pétroliers (environ 34 millions de barils) en provenance d'Oman et des Emirats arabes unis, issus de voies d'acheminement contournant le détroit d'Ormuz (il s'agit des deux seuls pays du Moyen-Orient producteurs d'hydrocarbures, avec l'Iran, qui disposent d'une façade directe avec l'Océan indien). Un achat qui correspond à plus du double de ceux du mois de février.
Une opération avec un objectif simple : détourner une partie du pétrole produit et le stocker sans le vendre, le temps que ses prix s'envolent à la suite du blocus du détroit d'Ormuz et des bombardements d'infrastructures pétrolières et gazières au Moyen-Orient. Une telle opération permet de faire grimper artificiellement la différence entre le prix de vente et les coûts de production pour l'entreprise.
Les 1 milliard de dollars tirés de cette opération ne tombent pas du ciel, il s'agit très précisément d'un transfert d'argent des consommateurs vers les actionnaires de Total, qui profitent d'une guerre impérialiste pour spéculer sur les risques de pénurie et donc faire grimper les prix bien au-delà du choc induit par la guerre.
The Financial Times pointe dans son article cette opération financière en particulier, mais Total tire bénéfices de la crise de nombreuses autres manières. L'entreprise, qui profite de l'emprise néocoloniale française pour occuper une place centrale dans l'exploitation d'hydrocarbures de nombreux pays africains (Gabon, Mozambique, Cameroun, République du Congo, Sénégal, Ouganda, etc), est en effet proportionnellement moins impactée que d'autres multinationales dont l'activité est plus implantée au Moyen-Orient. Pourtant, ses prix ont augmenté à des niveaux semblables à ceux de ces autres entreprises. Puisque ses coûts augmentent moins mais que ses prix augmentent autant, alors la différence – prise, rappelons-le, directement dans la poche des travailleurs – vient grossir les profits de l'entreprise.
Les grands capitalistes ne s'y trompent pas : alors qu'entre le 27 février (veille de l'agression israélo-étasunienne de l'Iran) et ce mercredi 1er avril les actions des entreprises du CAC40 ont perdu un peu moins de 7% de leur valeur en moyenne, celles de TotalEnergies ont augmenté de presque 19% sur la même période. Si on remonte jusqu'au 2 janvier, veille de l'opération impérialiste des Etats-Unis contre le Vénézuéla, lui aussi très gros producteur d'hydrocarbures, on constate que le prix de l'action de Total a grimpé de 40% en trois mois ! Si la guerre pèse sur les finances des travailleurs, avec la flambée du prix à la pompe et une inflation généralisée, les grandes entreprises pétrolières et leurs actionnaires, de leur côté, peuvent bien se réjouir des massacres impérialistes commis par les Etats-Unis et Israël.
Comble de l'ironie, pendant que Total engrange des profits records en capitalisant sur les peurs suscitées par les velléités impérialistes, les gouvernements exhortent les classes populaires à se serrer la ceinture et à bouleverser leur quotidien pour faire face à la « crise ». Ainsi, le haut-commissaire européen à l'énergie, Dan Jørgensen, a notamment appelé ce mardi 31 mars les citoyens de l'UE à travailler à domicile et à réduire leur utilisation de la voiture et de l'avion.
Les grands bourgeois et leurs relais politiques tentent à tout prix de faire passer la situation en cours pour une « crise énergétique ». En réalité, la flambée des prix du pétrole est une politique consciente des grands capitalistes pour s'enrichir encore davantage sur le dos des travailleurs. Alors, il y a urgence à penser un programme et une stratégie pour y résister. En cela, le communiqué de la CGT Total, qui exige notamment une baisse et un plafonnement immédiats des prix à 1,50€/L et une transparence totale sur les profits, montre la voie à suivre. L'heure est désormais à construire une mobilisation réunissant travailleurs du secteur et consommateurs, afin d'arracher non seulement ces revendications, mais aussi l'indexation des salaires sur l'inflation et la nationalisation de Total sous contrôle ouvrier.
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