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« Doctrine Donroe » : l'administration Trump avance en Amérique latine en pleine guerre au Moyen-Orient

Wed, 01 Apr 2026 18:52:32 CEST

Révolution Permanente

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Trump met en œuvre de manière agressive sa promesse de renforcer l'impérialisme étasunien en Amérique latine, en collaborant avec les dirigeants d'extrême droite de la région. La lutte des classes, ainsi que la mobilisation à l'échelle du continent américain contre l'impérialisme des États-Unis, peuvent freiner cette avancée.

Nous traduisons cet article initialement paru dans Left Voice, organisation sœur de Révolution Permanente aux États-Unis.

Alors que l'attention mondiale se concentre sur l'escalade de la guerre entre les États-Unis et Israël contre l'Iran, il est facile d'oublier que l'Amérique latine figurait parmi les priorités majeures de la « Stratégie de sécurité nationale » de l'administration Trump, publiée en décembre. Même si Trump n'est pas parvenu à obtenir une issue rapide à sa dernière intervention au Moyen-Orient, il a continué à faire avancer son agenda dans une région depuis longtemps considérée comme l'« arrière-cour » de l'impérialisme américain.

L'expansion de l'influence des États-Unis en Amérique latine et dans les Caraïbes s'est manifestée lors du récent sommet « Bouclier des Amériques » (« Shield of the Americas »), au cours duquel Trump a réuni des alliés d'extrême droite venus de toute la région pour annoncer la création d'une coalition militaire destinée à lutter contre les cartels. Cette relance de la « guerre contre la drogue » servira de prétexte à des forces répressives formées par les États-Unis pour s'en prendre non seulement aux cartels, mais aussi aux opposants de gauche, aux mouvements sociaux et aux communautés marginalisées qui menacent la domination économique américaine dans la région. C'était d'ailleurs le véritable objectif de la guerre contre la drogue dans les années 1980.

Le rôle de ces gouvernements d'extrême droite est de s'attaquer au droit du travail et aux protections environnementales, de privatiser les entreprises publiques et les services sociaux, et d'ouvrir les ressources et la main-d'œuvre de l'Amérique latine à une extraction et une exploitation privilégiées par les puissances impérialistes, en particulier les États-Unis. Mais du Chili à la Bolivie, l'extrême droite régionale bénéficie de périodes de calme de plus en plus courtes, alors que les luttes sociales s'intensifient pour contester ses politiques d'austérité et sa violence répressive.

L'emprise croissante des États-Unis sur l'Amérique latine

Trump a remporté une victoire majeure pour l'agenda de la « doctrine Donroe » avec l'enlèvement du président vénézuélien Nicolás Maduro. Depuis, le régime désormais dirigé par Delcy Rodríguez évolue vers l'établissement du pays comme un protectorat des États-Unis. Alors qu'il y a eu, au départ, quelques manifestations aux États-Unis contre l'intervention de Trump, cette opposition s'est largement essoufflée, même si Maduro est détenu dans une ville administrée par un maire se revendiquant « socialiste démocrate ».

Pendant ce temps, les États-Unis continuent d'étrangler Cuba en bloquant l'approvisionnement en pétrole de l'île, une escalade de l'embargo maintenu depuis des décennies aussi bien par les Républicains que par les Démocrates. Des spéculations circulent actuellement selon lesquelles Cuba pourrait bénéficier d'un certain répit après que Trump a accepté de ne pas intercepter un pétrolier russe en route vers l'île. Trump affirme toutefois maintenir le blocus, mais cette évolution récente a accru la pression sur le Mexique pour qu'il fournisse du pétrole. Historiquement, le Mexique a aidé Cuba, mais dans un revirement radical de cette politique, la présidente Claudia Sheinbaum – tout en invoquant la souveraineté – s'est montrée pleinement complice en suspendant les livraisons de pétrole à Cuba, malgré les demandes des travailleurs et des militants de gauche mexicains. Le président brésilien Lula a agi de manière similaire, alors même que des travailleurs syndiqués des entreprises pétrolières publiques du pays exigent l'envoi de pétrole.

Récemment, le convoi Nuestra America a rassemblé des militants venus de tout le continent américain et d'Europe afin d'attirer l'attention sur le blocus et d'acheminer de l'aide. Si des initiatives de solidarité comme celle-ci sont importantes, tant que Cuba manquera de pétrole – et d'un mouvement anti-impérialiste capable de formuler clairement ses revendications – les États-Unis resteront en position de force. Cela est d'autant plus vrai que le gouvernement cubain entame des négociations qui risquent de remettre en cause les acquis de la révolution, une trajectoire dans laquelle le président Díaz-Canel a déjà engagé le pays.

L'expansion des opérations militaires étasuniennes en Amérique latine, notamment au Panama et en Équateur, suscite encore moins d'attention. En novembre, des informations ont indiqué que les forces étasuniennes avaient repris leurs activités à Fort Sherman, une base panaméenne inactive depuis 1999. La marine étasunienne est désormais présente dans les eaux du Panama pour la première fois depuis 50 ans. En réalité, la présence de troupes étasuniennes au Panama est devenue un élément récurrent de la communication du Commandement Sud des États-Unis (voir ici, ici, ici, ici, ou ici). Trump avait d'ailleurs menacé, au début de son second mandat, de reprendre le contrôle du canal de Panama par la force, mais il a trouvé avec le président José Raúl Mulino un partenaire prêt à subordonner la souveraineté du pays aux exigences de Washington, allant jusqu'à réprimer brutalement une rébellion l'an dernier contre l'impérialisme étasunien. Désormais, le président équatorien Daniel Noboa joue un rôle similaire. Bien que la population équatorienne ait massivement rejeté l'installation d'une base militaire étasunienne lors d'un référendum en novembre, des troupes étasuniennes ont récemment commencé à mener des opérations conjointes avec les forces équatoriennes.

L'expansion des opérations étasuniennes en Amérique latine, baptisée « Opération Extermination totale » – un nom qui semble tout droit sorti de l'imagination d'un adolescent de 12 ans accro à Internet – représente une menace réelle pour les populations de la région. En témoignent les frappes américaines contre des cartels présumés en Équateur, qui se sont déjà étendues à la Colombie et ont entraîné le bombardement d'une ferme laitière et d'habitations dans des villages d'Amazonie.

La lutte des classes peut contraindre l'impérialisme à reculer

L'agressivité de Trump s'inscrit dans un contexte de droitisation de l'ensemble de la région. Depuis le début de son second mandat, il s'appuie sur des alliés d'extrême droite comme le président argentin Javier Milei et celui du Salvador Nayib Bukele. Une vague d'élections en Amérique latine a porté au pouvoir d'autres gouvernements d'extrême droite, de la Bolivie au Chili en passant par le Costa Rica. Nombre de ces gouvernements ont émergé dans un contexte de désillusion vis-à-vis des administrations de centre gauche. Les précédentes vagues de dirigeants dits « progressistes » avaient fait campagne en s'appuyant sur les aspirations des classes populaires, des étudiants et des mouvements sociaux, avant de composer avec le capital une fois au pouvoir et de maintenir le système d'exploitation existant.

Mais ce tournant à droite ne signifie pas pour autant une consolidation durable de l'extrême droite, car aucun de ces gouvernements n'est en mesure de résoudre les multiples crises auxquelles sont confrontées les classes populaires. Même la répression exercée par l'extrême droite, soutenue par l'impérialisme étasunien, n'a pas réussi à étouffer la lutte des classes, comme en témoignent les soulèvements populaires du Panama au Pérou en passant par la Bolivie.

Au Chili, par exemple, la nouvelle administration de José Antonio Kast n'aura tenu que trois semaines avant de voir sa popularité décliner, tandis que des militants écologistes et le puissant mouvement étudiant du pays ont recommencé à descendre dans la rue. En Bolivie, le nouveau président d'extrême droite Rodrigo Paz a connu une période d'accalmie tout aussi brève, confronté à un soulèvement d'ampleur en janvier. Si ce processus a été temporairement détourné – en grande partie en raison d'accords passés par la Centrale ouvrière bolivienne (COB) avec le gouvernement – le cycle des luttes pourrait y reprendre de plus belle.

Pendant ce temps, en Argentine, où Javier Milei a largement inspiré les nouveaux dirigeants d'extrême droite de la région, la gauche révolutionnaire gagne en popularité. Plusieurs sondages indiquent que la députée trotskyste Myriam Bregman figure parmi les personnalités politiques les plus populaires du pays. Le 24 mars, des centaines de milliers d'Argentins sont descendus dans la rue pour commémorer le 50e anniversaire du coup d'État qui avait instauré une dictature militaire brutale. Ces mobilisations ont cristallisé un rejet puissant de Milei, qui a nié les crimes commis par la dictature. Elles ont été portées notamment par une coalition de partis trotskystes, dont le PTS (Parti des travailleurs socialistes), auquel appartient Bregman.

Il apparaît clairement que, même si Trump et ses alliés régionaux poursuivent leur agenda, ils ne restent pas sans opposition. Il est urgent de renforcer la résistance face à Trump et à ses alliés en Amérique latine – comme Milei, Kast et l'ensemble de l'extrême droite régionale – qui cherchent à livrer les ressources du continent à l'impérialisme. Aux États-Unis, la lutte contre l'ICE (Immigration and Customs Enforcement, la police fédérale chargée du contrôle de l'immigration) et contre la guerre en Iran doit s'inscrire pleinement dans une solidarité avec les peuples d'Amérique latine, en rejoignant leur rejet des politiques d'austérité. Une classe ouvrière unie à l'échelle du continent américain, dépassant les frontières autour de mots d'ordre comme « Du pétrole pour Cuba maintenant ! » et « Troupes étasuniennes hors d'Amérique latine et des Caraïbes ! », est essentielle pour faire face à la doctrine Donroe.

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