« On est pas là pour boucher les trous ! » : journée de grève à l'EHPAD Jean Jaurès du Mans
Wed, 01 Apr 2026 18:27:49 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalLes salariées des EHPAD publics du Mans, dont la quasi-totalité de l'équipe de nuit de la maison d'accueil Jean Jaurès, se sont mobilisées ce lundi 30 mars à l'appel de la CGT, FSU et FO, pour protester contre la réorganisation de leur temps de travail et la gestion austéritaire de la municipalité.

Ce lundi 30 mars, un rassemblement d'une cinquantaine de personnes s'est tenu devant l'EHPAD Jean Jaurès au Mans à l'appel de plusieurs syndicats (CGT, FSU, FO). Grévistes, syndicalistes et soutiens extérieurs étaient présents pour dénoncer les récentes manœuvres de la direction des EHPAD publics de la ville. Celle-ci veut imposer aux salariées une présence sur site de 12h, avec 2h de pauses obligatoires, contre 7h45 d'amplitude par jour auparavant. La direction fait comprendre aux nouveaux embauchés en CDD « que s'ils n'adhèrent pas aux douze heures, ils n'auront pas de travail ».
Cette modification de l'amplitude horaire s'inscrit dans le cadre du dispositif « intersites », mis en place sur la ville en 2023 au mépris de l'avis des travailleuses de Joliot Curie et Jean Jaurès, des syndicats, des familles et des résidents. Dès avril 2023, près de 80 soignants avaient déjà manifesté contre cette réorganisation qui impose une polyvalence entre les deux sites et entre différents services, dénonçant « une politique municipale choquante et maltraitante envers un personnel fatigué ».
Le dispositif intersites : précarisation du personnel, insécurité pour les résidents
Cette réorganisation, censée apporter une solution au sous-effectif, contraint les agents à s'auto-remplacer entre les deux sites. Elle a été mise en place sans concertation ni aménagement d'horaires, pourtant nécessaire. Les salariées dénoncent les conséquences de ce fonctionnement qui les oblige à travailler sur deux sites en même temps et, en cas d'urgence, à se rendre d'un site à l'autre au moment de leur prise de service, sans remboursement des frais kilométriques.
Le manque chronique de personnels implique un renouvellement régulier des effectifs et engendre une perte du temps supposé être alloué au soin, car les nouveaux arrivants doivent en permanence être formés aux besoins spécifiques du site et des différents résidents. D'autant plus que, face au sous-effectif, la direction a recours par le biais de la plateforme Hublo à des intérimaires, et que le matériel n'est pas entretenu ni réparé. La perte de sens pour les soignantes est importante.
« Nous sommes aussi mobilisées pour nos résidents, il faut les remettre au centre des discussions », explique l'une des salariées mobilisées. « On ne veut plus de l'intersites, on est pas là pour boucher les trous ! On a 230 personnes à gérer, on les connaît par leurs habitudes, leur mode de fonctionnement. On a besoin d'être à leur côté au quotidien car ils ont besoin de repères ».
Ces problématiques n'échappent pas aux résidents, premières victimes des conséquences de ces politiques. Le sous-effectif entraîne du retard sur les soins. Certains résidents ne dorment plus la nuit, plongés dans l'incertitude quant à qui pourra s'occuper d'eux, avec désormais une seule aide-soignante prévue certaines nuits pour 80 personnes âgées. « Même les résidents se plaignent du turn-over, ne se sentent pas respectés au niveau de leur intimité en Conseil de la Vie Sociale », témoigne l'une des salariées mobilisées.
Cette mobilisation à Jean Jaurès intervient alors que d'autres EHPAD du Mans connaissent des problématiques similaires. Depuis le 7 janvier, les salariées de l'EHPAD Bérengère, géré par le groupe privé Emera, sont en grève pour dénoncer des salaires trop bas et une dégradation de leurs conditions de travail liée à un projet de réorganisation. Grâce à la mise en place d'une caisse de grève qui a déjà récolté plus de 1500 euros, elles ont pu tenir tête à leur direction depuis plus de deux mois. L'une des grévistes d'Emera est venue exprimer sa solidarité avec les grévistes de Jean Jaurès. Cette convergence montre que, dans le privé comme le public, les travailleuses du soin subissent les mêmes attaques : sous-effectif chronique, salaires au SMIC, recours à l'intérim, dégradation des conditions de travail.
Derrière les « priorités », le vrai visage de la gestion de Le Foll
Stéphane Le Foll a été réélu en prétendant faire de la santé la priorité de son nouveau mandat. Mais derrière les discours, la réalité est tout autre. Le dispositif « intersites » a été imposé en 2023, malgré les mobilisations, comme réponse au manque de personnel. Alors que la nécessité serait d'embaucher des soignantes à la hauteur des besoins, de titulariser les contractuels et d'augmenter les salaires pour celles et ceux qui prennent soin de nos aînés, la majorité municipale préfère investir 85 millions d'euros dans un nouveau palais des congrès pour attirer des « congrès d'affaires nationaux ». En attendant, les EHPAD publics continuent de se dégrader…
Cette gestion locale s'inscrit dans une politique d'austérité généralisée. Le nouveau PLFSS prévoit 3,6 milliards de coupes dans le budget de la santé en 2025. Marietta Karamanli, membre du PS qui dirige la ville, conseillère municipale du Mans depuis 37 ans, a voté pour ce budget délétère en sa qualité de députée de la circonscription (poste qu'elle occupe depuis 2007). Les travailleuses du soin, qu'elles soient dans le privé ou le public, en subissent directement les conséquences.
La grève des travailleuses de l'EHPAD Bérengère a montré qu'il était possible de relever la tête. Leur exemple inspire désormais les salariées de Jean Jaurès et peut servir de point d'appui pour d'autres mobilisations : à l'hôpital, dans les établissements de soins privés comme le Pôle Santé Sud, partout où les travailleurs et les travailleuses subissent l'austérité.
Face aux logiques de profit des groupes privés comme Emera et à la gestion austéritaire du public sous Le Foll, c'est une autre perspective qu'il faut revendiquer : celle de services de santé placés sous le contrôle des travailleuses, des travailleurs et des usagers. Pour y parvenir, il faudra élargir le mouvement, faire converger les luttes dans le secteur du soin et au-delà, construire un rapport de force par une mobilisation large, seul capable de faire reculer l'austérité.