« On ne peut plus payer l'essence pour aller travailler » : une salariée des stations-services Total témoigne
Wed, 01 Apr 2026 21:10:47 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalDepuis le début de l'agression impérialiste en Iran, le prix du carburant connaît une augmentation record, dépassant les 2 euros le litre. Djamila, déléguée CGT et travailleuse dans les stations-services de la filiale de Total, Argedis, témoigne de la situation intenable pour les salariés du groupe.

Argedis est une filiale appartenant à TotalEnergies et qui gère 186 stations-services en France. Fin mars, la CGT Argedis a interpellé la direction dans un tract : « Nous travaillons pour TotalEnergies, mais nous n'avons même plus les moyens de faire le plein pour venir travailler. C'est un comble ». Révolution Permanente s'est entretenue avec Djamila, déléguée du syndicat.
Révolution Permanente : Qu'est-ce qui vous a motivé à écrire ce tract ?
Djamila : Tout le monde voyait la flambée du prix de l'essence. On se demandait si ça allait s'arrêter et si Total allait faire quelque chose. J'ai été interpellée avant de partir en congé par une salariée. Elle m'a dit qu'elle voulait se mettre en arrêt maladie car elle n'avait plus les moyens de payer le carburant pour aller au boulot. Et ce n'est pas un cas isolé car la plupart des stations sont en milieu rural donc loin du domicile des salariés. En moyenne on est à 80 km de trajet aller-retour. Avec l'essence à 2,09 le litre minimum et un plein qui coûte 125,4 euros, le calcul est vite fait, c'est de la folie.
En pleine crise des gilets jaunes, le prix du carburant était à 1.65 et c'était déjà trop cher. Aujourd'hui le carburant est plafonné à 2,09 par Total donc les stations Total sont prises d'assaut. Ça augmente la cadence de travail, ça crée des tensions en caisse et les employés ne peuvent plus faire leur propre plein. Les clients des stations payent le carburant et ils sont pour beaucoup aussi embêtés que nous. Les professions libérales telles que les infirmières, les routiers qui sont à leur compte, les artisans pêcheurs des ports, enfin, toutes ces personnes sont autant impactées.
RP : Que pensez-vous des conditions de travail à Argedis ?
D. : Les stations sont ouvertes 24h/24 et 7j/7, c'est une réglementation sur les autoroutes françaises. Donc il y a souvent des salariés qui ne font que la nuit, qui commencent très tôt à 6h ou finissent tard à 22h, qui travaillent les week-ends ou les jours férié. Pour un salaire qui est juste au-dessus du SMIC. Nous sommes dans une filiale de Total donc on touche très peu d'intéressement. Cette année l'intéressement a été pour 80 % des salariés aux alentours de 1300 €.
On est des salariés pauvres, souvent des femmes avec des contraintes horaires pour la garde des enfants. Quand tu te lèves à 5 heures pour être à 6 heures au travail, les crèches sont fermées et les gardes maternelles, ça coûte une fortune. Donc il y a beaucoup de femmes qui ne peuvent pas se permettre de travailler à plein temps parce que la soupe, elle reviendrait plus chère que le poisson.
Alors aujourd'hui avec un plein à 125 euros c'est de la folie. Tant qu'il faudra se battre, je le ferai. Parce que c'est juste incompréhensible de ne pas pouvoir vivre de son salaire, d'être à découvert le 15 du mois. Qu'en ce moment, les salariés ne puissent pas mettre de carburant pour aller travailler, ou doivent demander un acompte sur salaire.
RP : Das ce contexte, les actionnaires de Total engrangent 16% de bénéfice. Qu'est-ce que ça suscite chez toi ?
D. : Chaque année, quand il y a les résultats du groupe et en caisse les clients nous disent « vous avez fait des bénéfices, vous gagnez bien votre vie ». Mais on est les enfants pauvres de parents très très riches. Quand j'interpelle Argedis il me disent « tu n'es pas Total, et tu ne seras jamais Total, tu n'es qu'une filiale ». Et ils nous font souvent le chantage en menaçant de nous vendre. C'est la force de la direction de nous avoir en filiale et qu'on ait des écarts de salaires avec le socle social commun directement salariés de Total.
RP : Qu'est-ce que vous prévoyez pour obtenir vos revendications ?
D. : J'ai interpellé la direction mais pour l'instant pas de réponses. S'ils ne prennent pas leurs responsabilités, nous on les prendra. Mais c'est sûr que l'antithèse de Total, c'est que nous les petits on se bat. Ils ne veulent pas de grève c'est mauvais pour l'image. En 2022, on s'était mis en grève parce qu'il y avait eu cette inflation galopante et que le salaire ne suivait pas, c'était devenu très difficile. On avait obtenu une revalorisation de 20 %, c'était énorme. Donc ce qui marche, c'est le combat même s'il n'est pas facile.
Je pense qu'on ne les dérange pas trop tant qu'il n'y aura pas une grève longue. Si les camarades raffineurs se mettent en grève et que nous les stations-services aussi, c'est sûr que ça pourrait faire quelque chose.