Éducation : 25 % de grévistes le 31 mars, une colère réelle qui manque encore d'un plan de bataille
Tue, 31 Mar 2026 21:32:28 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalCe mardi 31 mars, un peu plus d'un enseignant sur quatre était en grève à l'occasion d'une journée de mobilisation nationale contre les suppressions de postes et l'austérité dans l'Éducation. Des chiffres qui témoignent d'une colère bien réelle, mais qui peinent encore à en refléter toute l'ampleur, faute de perspectives plus larges.

Une journée de grève nationale a mobilisé l'éducation ce mardi 31 mars contre les 4 000 suppressions de postes passées en force dans le budget Lecornu. Selon le SNUipp-FSU, 30% des enseignants du premier degré du public se sont mis en grève, tandis que le Snes-FSU annonce 25% d'enseignants grévistes dans le second degré. Des manifestations et rassemblements ont eu lieu dans plusieurs villes, avec plusieurs milliers de manifestants à Paris.
Première journée de mobilisation nationale contre les conséquences du budget 2026
La journée de grève du 31 mars a constitué la première véritable journée de mobilisation nationale contre les conséquences de l'austérité et du budget 2026. Avec un peu plus d'1/4 d'enseignant·es gréviste et 1/3 des écoles fermées, le niveau de mobilisation est comparable à ceux de la grève « Bloquons tout » du 10 septembre dernier, même s'ils restent en deçà des 45% du 18 septembre dernier, qui avait été appelée par l'intersyndicale sous pression de la base. Elle montre que la colère qui s'exprime dans les différentes mobilisations isolées ne demande qu'un plan de bataille pour se généraliser.
Dans la rue, plusieurs milliers de manifestants se sont réunis à l'échelle nationale : quelques milliers à Paris, près de 800 à Marseille, 500 à Lille, ou encore 300 à Toulouse et Bordeaux. A Paris, un rassemblement devant le rectorat a aussi réuni 1000 personnes, d'après le chiffre annoncé par les syndicats.
Des blocus lycéens ont aussi eu lieu dans plusieurs villes, notamment à Nantes, Albi et Marseille (Montgrand, Saint-Charles, Mandela, Perrier). Une expérience de jonction entre lycéens et étudiants s'est faite à Aix-Marseille, à l'occasion du vote de la hausse des loyers du Crous qui avait lieu le même jour.
Des premiers éléments de jonction entre lutte contre l'austérité et hausse des budgets militaires
Alors que les grèves et blocages des dernières semaines mobilisaient majoritairement le second degré, les personnels du premier degré, qui ont découvert l'ampleur des fermetures de classe avec la sortie des cartes scolaires la semaine dernière, ont pu exprimer leur colère ce mardi. Une institutrice de l'école primaire Jean Jaurès à Sarcelles raconte concrètement comment ces coupes se traduisent au quotidien :
« Il nous manque déjà des dizaines de postes sur tous les personnels et ils veulent nous en retirer, on a des classes avec des difficultés énormes, des enfants dans des conditions de précarité et de souffrance qui rejaillissent au quotidien. On manque déjà d'aide de soin, de moyens, on est dans une situation d'injustice permanente et on nous retire toujours plus ».
En plus de dénoncer les 4000 suppressions de postes et le manque de moyen structurel dans l'Education, dans les cortèges, les personnels et élèves mobilisés sont de plus en plus nombreux à faire le lien entre l'offensive austéritaire et la hausse massive du budget de l'armée dans un contexte de militarisation. Les lycéens du lycée Bellevue d'Albi affichaient fièrement sur leur piquet le slogan : « Moins de portes-avions, plus d'éducation ». À Chambéry, une centaine de personnels rassemblés devant la DSDEN réclamaient « Du pognon pour l'éducation, pas pour les porte-avions ! ». Un slogan similaire à celui du cortège du 92, présent à la manifestation parisienne, et qui défilait en chantant « Du fric, du fric, pour l'éducation, pas pour les marchands de canons ». Un signe qu'au-delà des revendications locales autour des suppressions d'heures des différents établissements, la colère commence à pointer le rôle que joue la préparation à la guerre menée à marche forcée par le gouvernement actuel - qui vient d'annoncer 8,5 milliards d'euros supplémentaires pour l'achat de munitions - dans la casse des services publics.
Pour amplifier la grève, il faudra imposer une autre stratégie
Cette première journée de mobilisation reste néanmoins très en deçà de la colère accumulée. C'est ce dont témoigne le décalage entre, d'une part une multiplication des grèves locales ces deux derniers mois, avec une avant-garde marseillaise particulièrement mobilisée depuis le début du mois de mars, notamment au travers de nombreux blocus lycéens sévèrement réprimés, et l'absence de plan de bataille sérieux pour réellement nationaliser le mouvement, autre qu'une nouvelle journée isolée et sans perspective.
De fait, les directions syndicales ont non seulement tardé à nationaliser le mouvement contre les suppressions d'heures et de postes initié par de nombreux établissements et à l'échelle locale, mais la journée a été peu préparée. C'est dans cette continuité que les directions syndicales s'apprêtent déjà à tourner la page de la mobilisation, préférant une stratégie d'interpellation. Sophie Vénétitay, secrétaire du SNES-FSU, syndicat majoritaire dans l'éducation, a ainsi déclaré : « Ces mobilisations en continu montrent qu'il faut abandonner la logique des suppressions d'emplois. Nous envoyons aussi un message fort en vue du budget 2027 : il serait irresponsable qu'il ne comporte ni revalorisations salariales ni arrêt des suppressions de postes ». Une déclaration qui montre que bien loin de chercher à réellement nationaliser la grève, les directions syndicales utilisent ce 31 mars dans une « stratégie de pression », abandonnant toute perspective de lutte contre le budget 2026 et se préparent à interpeller le gouvernement… pour le budget de l'année prochaine !
Une stratégie de la défaite qui ne peut qu'engendrer que la démoralisation, alors même que la colère est forte chez les enseignants, et que des mobilisations locales ont eu lieu un peu partout en France. En l'absence de perspective de lutte nationale, les intersyndicales locales tendent à construire des grèves de pression devant les DSDEN pour revendiquer des moyens en plus localement ce qui conduit en réalité à prioriser un dialogue social local. Si les dynamiques locales sont essentielles, elles devraient chercher plutôt à construire un rapport de force conséquent.
Face à un pouvoir radicalisé qui cherche à financer à tout prix sa préparation la guerre, il n'y a rien à espérer des négociations dans les ministères, mais il faut poursuivre les efforts déjà entrepris par en bas pour se coordonner et organiser une lutte qui ne se donne pas seulement pour objectif d'obtenir quelques miettes pour tel ou tel établissement, mais construise un réel rapport de force à même de forcer le pouvoir à abroger son budget austéritaire et militaire.
« Le résultat de la discussion avec les syndicats je le connais d'avance. Le café au ministère il doit être bon pour y retourner tous les mois ! Faisons de cette journée un point de départ pour quelque chose de conséquent, et peut-être amener dans la lutte des secteurs qui ont… pic.twitter.com/Ii4mhEowUu
— Révolution Permanente (@RevPermanente) March 31, 2026
Elargir les revendication pour massifier le mouvement
Ce 31 mars a également marquée de premier éléments d'auto-organisations qui constituent un point d'appui précieux pour tirer les bilans de la stratégie des directions syndicales et penser à reprendre en main le mouvement qui exprime depuis plusieurs semaines une colère large. C'est ce qu'illustrent les assemblées générales organisées par les personnels, notamment en Île-de-France, à Cergy, où 170 personnes se sont rassemblées pour discuter de la suite du mouvement. Jinane Hanni, professeure gréviste au lycée Bartholdi à Saint-Denis, s'est rendu à l'assemblée générale de Saint-Denis et insiste sur l'importance de ces espaces d'auto-organisation :
« C'est important qu'on y aille, qu'on commence à coordonner les différents établissements, parce que la réalité c'est qu'aujourd'hui est une date de grève isolée, une journée sans lendemain, mais on sait que pour affronter l'agenda austéritaire du gouvernement il faut une mobilisation beaucoup plus forte. Aujourd'hui bien souvent on a des luttes établissement par établissement pour obtenir une dotation horaire globale plus élevée, mais ces luttes sont limitées quand on voit l'ampleur du carnage que représente le budget 2026. Il faut faire retirer ce budget et exiger des embauches, et ça va passer par une coordination entre les différents établissements et avec les parents et les élèves. »
Ces premières Assemblées Générales devraient également permettre de penser les voix pour nationaliser la grève qui est restée inégale au niveau national. Pour élargir et nationaliser la mobilisation — les suppressions de postes ne touchant pas toutes les académies avec la même intensité —, il est indispensable de porter des revendications qui s'adressent à l'ensemble des secteurs de l'éducation. Outre l'annulation totale des suppressions de postes, nous devons exiger des moyens massifs pour l'école publique, à commencer par une baisse significative du nombre d'élèves par classe à tous les niveaux et dans tous les territoires, ainsi que la titularisation de tous les travailleurs de l'éducation. Des mesures essentielles pour améliorer les conditions d'apprentissage et de travail, d'autant plus que la baisse démographique pourrait enfin permettre de réduire les effectifs, au lieu de servir d'alibi à l'austérité.
Pour élargir la mobilisation bien au-delà de l'Éducation nationale et s'adresser aux autres secteurs durement frappés par la nouvelle saignée austéritaire, il faut également porter des revendications plus larges : des augmentations de salaires générales de 400 euros pour tous les personnels ainsi que leur indexation sur la hausse des prix, dans un contexte de retour de l'inflation où les hausses proposées restent dérisoires face à l'explosion du coût de la vie. Tout en continuant de porter des revendications antimilitaristes, en lien avec la jeunesse mobilisée contre le retour du service militaire et avec les militant·es qui dénoncent les génocides et les guerres en cours, nous devons exiger l'abrogation totale du budget 2026, un budget d'austérité et de guerre qui sacrifie l'école, la santé et les services publics au profit des dépenses militaires et des cadeaux aux plus riches.
GRÈVE DANS L'ÉDUCATION | A Paris, 5000 personnes au départ de la manifestation contre l'austérité et les suppressions de postes dans l'Education. Près de 30 % de grévistes sont annoncés parmi les enseignant·es dans le premier degré, et 25% pour le second degré au niveau… pic.twitter.com/50hfjuMgDt
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