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Together Alliance : manifestation historique contre l'extrême droite à Londres

Tue, 31 Mar 2026 18:02:48 CEST

Révolution Permanente

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Samedi dernier, la Together Alliance a rassemblé à Londres plusieurs centaines de milliers de personnes dans une manifestation historique contre l'extrême droite.

Samedi dernier, c'est toute la gauche (et même par-delà) qui s'est retrouvée dans la rue pour manifester contre l'extrême droite. Le caractère massif de la manifestation est inédit. Au total, 500 000 participants sont revendiqués par la Together Alliance, faisant d'elle une des plus grandes manifestations antifasciste dans l'histoire du pays. C'est la première grande réponse de rue face à l'extrême droite qui a multiplié les démonstrations de force ces dernières années, que ce soit à travers des pogroms visant les immigrés et les musulmans ou son grand meeting organisé par Tommy Robinson en septembre dernier et réunissant toute l'extrême droite européenne.

Une mobilisation historique contre l'extrême droite

Ce succès quantitatif a permis d'éclipser, le temps d'une journée, la mobilisation de Robinson. De ce point de vue, il s'agit d'un succès indéniable pour les organisateurs, en grande partie issus du Socialist Workers Party et de son front antiraciste Stand Up To Racism, dont l'ambition était d'intégrer le plus largement — voire indistinctement — les différentes composantes critiques de Nigel Farage afin de constituer le front le plus massif possible.

La liste des soutiens — plus de 500 organisations — est à cet égard impressionnante. Des cortèges issus de nombreux secteurs étaient présents : juristes, mouvements féministes, organisations LGBT, travailleurs pas de la santé, syndicats, collectifs de sans-papiers. La présence particulièrement massive des cortèges pro-palestiniens est à noter alors qu'ils ont donné une dimension anti-impérialiste importante, en dénonçant par exemple la guerre impérialiste contre l'Iran, menée par les États-Unis et Israël.

La mobilisation a également trouvé un écho international alors qu'elle se déroulait le même jour que les manifestations « No Kings » aux États-Unis, qui ont rassemblé 8 millions de personnes, contre Trump, l'ICE et la guerre en Iran. Plus questionnable, en revanche, est la présence significative des députés travaillistes — voire libéraux. Ils étaient près d'une cinquantaine, certains affichant une distance relative avec certaines orientations du gouvernement, d'autres non. Plusieurs de ces députés ont pris la parole, mais peu d'organisations, y compris parmi celles qui critiquent habituellement le gouvernement, ont cherché à s'en démarquer.

Afin de préserver un espace consensuel pour les bureaucraties syndicales et les élus travaillistes, il y a eu une tendance à maintenir les revendications sur une base minimale — centrées sur « l'amour » et « l'unité » — tandis que des questions centrales comme la Palestine ou l'Iran ont été mises à l'arrière-plan. À la lumière de la capacité du mouvement de solidarité avec la Palestine au Royaume-Uni à mobiliser massivement (jusqu'à un million de personnes lors d'une marche), le lien entre racisme et oppression coloniale a été dilué, à rebours de l'effet mobilisateur que cette jonction aurait pu permettre.

La manifestation constitue néanmoins un point d'appui très important, dans une période marquée par la progression des idées d'extrême droite et d'accélération des tendances réactionnaires à la chasse aux étrangers, au réarmement et à la guerre. Mais pour que cette mobilisation déjà historique grandisse encore et atteigne son plein potentiel, il est nécessaire d'interroger cette tolérance à l'égard du Labour et de poser la question de la stratégie pour affronter l'extrême droite et la séquence réactionnaire actuelle.

Retour sur une séquence historique de montée réactionnaire

L'émergence de la Together Alliance s'inscrit dans une séquence de montée brutale de l'extrême droite au Royaume-Uni. L'été 2025 a été marqué par des émeutes à caractère pogromiste envers des migrants dans plus de vingt villes. En septembre, l'extrême droite a réussi une démonstration de force historique, rassemblant près de 150 000 personnes autour de figures comme Tommy Robinson, avec la présence de soutiens internationaux comme Elon Musk ou Eric Zemmour. En face, la riposte est apparue fragmentée et insuffisante : à peine 15 000 personnes mobilisées dans une contre-manifestation attaquée par des militants fascistes. Cette séquence a été largement perçue comme une humiliation pour le mouvement antiraciste.

Mais ce contexte favorable à l'extrême droite est inséparable de la politique anti-ouvrière et raciste du Labour. Dès les élections de 2024, Reform UK a réalisé un score historique de 14 % qui lui a seulement permis de prendre 5 sièges. Cette dynamique n'a cessé de croître ces dernières années, portée par les discours racistes hérités du Brexit et les faillites successives du Parti conservateur puis du Labour Party (équivalent du Parti Socialiste en France). Ainsi, seulement 6 mois après la formation du gouvernement travailliste de Keir Starmer, dont les politiques austéritaires exacerbées ont plongé dans la désillusion une partie de son électorat, Reform UK a doublé ses intentions de vote, gravitant depuis autour de la barre des 30%.

Dès lors, affaibli par son impopularité historique, Starmer et son parti, désireux de conserver le pouvoir après plus d'une décennie dans l'opposition, font mine de « combattre » Reform UK à l'aide d'une stratégie toute trouvée : adopter sa politique. Ce gouvernement et sa très réactionnaire ministre travailliste de l'Intérieur, Shabana Mahmood - admiratrice de Thatcher qui a peu à envier à Bruno Retailleau - mènent de concert l'une des politiques migratoires les plus agressives d'Europe : allongement jusqu'à 20 ans de l'accès à l'installation permanente pour certains réfugiés, suppression des droits automatiques au regroupement familial ; ciblage de certaines nationalités par des restrictions sur les visas étudiants ; généralisation du réexamen précaire des statuts avec menace d'expulsion ; intensification des raids migratoires contre des travailleurs et commerces immigrés, avec une hausse de 77 % depuis l'arrivée de Labour au pouvoir. Des mesures et des chiffres que le gouvernement arbore avec fierté à la manière de Donald Trump avec sa milice ICE.

Alors que les travaillistes ont fait monter l'extrême droite, en reprenant ses thèmes et ses propositions, leur participation à la manifestation laisse craindre que l'énergie et la combativité qui se sont exprimées dans la rue ne soit en dernière instance mise au service d'une stratégie d'alliance électorale de l'ensemble de la gauche pour affronter l'extrême droite dans les urnes.

Les dernières initiatives de Together Alliance semblent aller dans ce sens, notamment à travers la mise en avant d'une page appelant à l'inscription sur les listes électorales pour « combattre l'extrême droite. » Combinée à l'absence de démarcation claire avec le Labour, cette situation laisse entrevoir la perspective d'un front populaire, aussi bien pour les élections locales de mai que, plus largement, en vue des élections générales de 2029 — si celles-ci n'interviennent pas plus tôt.

En outre, la récente victoire des Verts à Gorton and Denton lors des élections anticipées a installé une pression croissante pour se rallier à Zack Polanski. Les liens organiques que les directions syndicales, qui ont participé à la manifestation, entretiennent avec le Labour Party pourrait renforcer cette dynamique d'alliance électorale large au sein de la Together Alliance, si celle-ci devait se pérenniser.

Quelles perspectives pour la résistance contre l'extrême droite ?

Une telle perspective menace de diluer la radicalité du mouvement tout en l'empêchant de dialoguer avec les secteurs de la classe ouvrière aujourd'hui attirés par Nigel Farage, contre lesquels Starmer et ses prédécesseurs ont multiplié les attaques austéritaires et antisociales.

L'impasse de cette stratégie est manifeste. En France, le Nouveau Front populaire, construit par LFI dans l'urgence pour faire barrage au Rassemblement national, a ressuscité le PS (1,7 % aux présidentielles 2022) tout en désarmant le monde du travail, la jeunesse et les quartiers populaires en se centrant uniquement sur le terrain électoral. Résultat : ce barrage a permis au PS de jouer à nouveau un rôle de nuisance en jouant de tout son poids pour soutenir le gouvernement et les projets antisociaux et autoritaires du régime (budget austéritaire, loi Yadan), tandis que la colère et la démoralisation amenée par cette nouvelle compromission de la gauche sert de carburant pour la montée de l'extrême droite.

À cet égard, la mobilisation récente à Minneapolis constitue un contre-exemple stratégique important. En janvier 2026, des dizaines de milliers de personnes ont affronté l'ICE avec les méthodes de la lutte des classes en faisant grève pour perturber les opérations des milices trumpistes et du Department of Homeland Security (DHS), jusqu'à infliger une première défaite à Trump sur le terrain de la lutte des classes. Cette mobilisation, soutenue par des secteurs syndicaux mais largement portée par la base pourrait servir d'exemple au Royaume-Uni face à l'Immigration Enforcement — l'équivalent britannique d'ICE — dont les activités ont fortement augmenté sous Starmer, avec plus de 60 000 personnes renvoyées ou expulsées, suscitant une indignation croissante et des comparaisons de plus en plus fréquentes avec l'agence américaine.

Pour sortir de la crise actuelle, il faut défendre un antiracisme indépendant du Parti travailliste comme des Greens, dont l'antiracisme reste enfermé dans un cadre libéral et institutionnel. Un antiracisme de classe qui articule frontalement la lutte contre les idées réactionnaires, contre l'autoritarisme de la politique de Starmer et contre les attaques austéritaires à répétition que les travaillistes mènent pour préserver les intérêts des classes dominantes, alors que le capitalisme britannique, rentier et pourrissant, s'enfonce dans une crise très profonde. L'enjeu est d'autant plus immédiat que Tommy Robinson appelle à une nouvelle mobilisation le 16 mai, jour de commémoration de la Nakba. Cette échéance, pour laquelle le Palestine Solidarity Campaign a déjà prévu une manifestation de masse, peut constituer un point d'appui pour esquisser une convergence à la base entre mouvement antiraciste, antifasciste et solidarité avec la Palestine.

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