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Flambée des prix du carburant : il faut défendre l'indexation des salaires sur l'inflation

Tue, 31 Mar 2026 21:43:26 CEST

Révolution Permanente

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La flambée des prix du carburant liée à la guerre impérialiste menée par les États-Unis et Israël marque le début d'un nouveau choc inflationniste. Tandis que les travailleurs voient leur niveau de vie reculer, les groupes pétroliers accumulent des profits records. Face à cette crise qui s'installe, le mouvement ouvrier doit riposter et défendre l'indexation des salaires sur l'inflation.

La guerre menée par les États-Unis et Israël contre l'Iran et ses contradictions sont en train d'engendrer une nouvelle poussée inflationniste, qui s'est très rapidement vue à la pompe mais qui commence à se répercuter plus largement sur d'autres biens et l'ensemble de l'économie. En mars, l'inflation a bondi en France à 1,7 % sur un an, contre 0,9 % en février, sous l'effet de la hausse des prix de l'énergie. Dans la zone euro, elle est passée de 1,9 % à 2,5 % en un mois, son plus haut niveau depuis janvier 2025. Si le gouvernement Lecornu cherche à jouer la montre, tous ses pronostics sur une fin rapide de la guerre se sont révélés erronées et l'inflation fait pour l'heure son retour et frappe durement les travailleurs.

Ce sont d'abord les prix des carburants qui les frappent de plein fouet. Ceux qui doivent prendre leur voiture pour aller bosser, faire des tournées, se déplacer d'un établissement à l'autre ou simplement tenir jusqu'à la fin du mois voient déjà la note exploser. En un mois, le gazole a bondi de 27,10 %, soit près de 50 centimes par litre, tandis que l'essence continue de grimper et se rapproche des 2 euros le litre. Pendant que des millions de travailleurs doivent compter chaque euro, ce sont les grands groupes pétroliers qui empochent la mise. La filiale de trading de TotalEnergies, Totsa, a ainsi engrangé 1 milliard de dollars de profits exceptionnels en mars après avoir parié sur la hausse des cours pétroliers au début de l'offensive impérialiste. D'un côté, ceux qui paient ; de l'autre, ceux qui spéculent et s'enrichissent grâce à la guerre.

Et l'essence pourrait bien n'être qu'un début. Car ce qui se joue ne concerne pas seulement le prix affiché à la pompe, mais l'ensemble des chaînes de production, de transport et d'approvisionnement. Gaz, électricité, produits alimentaires, biens industriels, transports : toute l'économie peut être touchée par contrecoup. Comme le souligne l'économiste Sylvain Bersinger, « le choc inflationniste n'a pas encore eu le temps de se diffuser sur l'ensemble de la chaîne de valeur ». La Commission de la régulation de l'énergie (CRE) anticipe une hausse des factures de gaz d'environ 15 % dès mai. Le plastique est déjà touché, ce qui se répercute sur les produits du quotidien. L'aluminium, la chimie et les engrais sont eux aussi sous tension, tandis que le blocage du détroit d'Ormuz perturbe l'ensemble des flux commerciaux entre l'Asie, le Moyen-Orient et l'Europe. Derrière la flambée des carburants, c'est donc une crise bien plus profonde qui se prépare, et avec elle une urgence sociale à laquelle le mouvement ouvrier doit répondre avec son propre programme.

Un choc inflationniste qui aiguise la misère et la crise sociales

Dans certaines régions, la situation atteint des niveaux extrêmes, avec des stations où le carburant monte à 2,97 € le litre. Cette inflation n'a rien d'un indicateur abstrait : elle impose des arbitrages impossibles, des kilomètres supplémentaires pour trouver moins cher, du rationnement, et met directement en danger les conditions de vie et de travail des classes populaires.

Dans le concret, cela signifie déjà des sacrifices massifs. Un agriculteur explique à France 3 être contraint de faire 20 km de plus pour se ravitailler, de réduire ses pleins et même de limiter ses passages sur ses cultures pour économiser du carburant. Les travailleurs des stations-service TotalEnergies expliquent eux qu'ils ne peuvent même plus aller travailler à cause du prix de l'essence dans un communiqué de la CGT.

D'autant plus que les travailleurs abordent cette nouvelle vague inflationniste déjà fragilisés. Avant même la pleine diffusion du choc, les dépenses de consommation de biens ont reculé de 1,4 % en février. Depuis 2022, les hausses de prix n'ont pas été compensées par des augmentations de salaires équivalentes : concrètement, le salaire réel a reculé et le niveau de vie s'est dégradé. La nouvelle flambée énergétique ne fait qu'accélérer cette dynamique : les travailleurs se serrent déjà la ceinture, et l'inflation vient aiguiser encore davantage la crise sociale.

Face à cela, le gouvernement persiste dans la même ligne : une politique austéritaire maintenue coûte que coûte. Les mesures annoncées ne représentent qu'une enveloppe d'environ 69 à 70 millions d'euros, limitée à certains secteurs et au seul mois d'avril, et surtout financée par des annulations de crédits dans les ministères. On est bien loin du « quoi qu'il en coûte » déployé durant le Covid.
Ce décalage est d'autant plus frappant que, il y a encore quelques semaines, certains responsables affirmaient que la hausse pourrait être temporaire et que « 2026 n'est pas 2022 ». Or la réalité est en train de les démentir rapidement. Ce que révèle la situation actuelle, c'est que la classe dirigeante a fait le pari d'un choc bref alors que tout indique au contraire une crise durable, profonde, et socialement explosive.

Face à une inflation persistante, il faut un programme à la hauteur

Cela pose directement la question centrale du programme pour répondre à la crise : chaque hausse de prix doit s'accompagner d'une hausse des salaires. Face à une inflation qui s'installe et se diffuse, les mesures comme le blocage ou le plafonnement des prix peuvent répondre à l'urgence, mais elles restent insuffisantes si elles ne s'accompagnent pas d'une indexation des salaires. Car si les prix continuent d'augmenter dans les mois à venir, comme l'annoncent déjà les premières données et les projections, seule une compensation systématique des hausses par des augmentations de salaire permet de défendre réellement le niveau de vie. Une ré-évaluation mois à mois de cette inflation afin de la répercuter sur les salaires est la seule mesure à même de protéger les conditions de vie des travailleurs. C'est sur ce programme que doivent s'appuyer les secteurs de notre classe qui commencent à exprimer leur colère face à l'enrichissement de quelques-uns sur le dos de millions d'autres.

Le communiqué de la coordination CGT du groupe Total met ainsi en avant des mesures progressistes, comme la baisse et le plafonnement des prix à 1,50 € le litre et la transparence complète des profits du groupe afin que les travailleurs puissent décider par eux-mêmes des prix des produits qu'ils fabriquent. Dans ce communiqué, les travailleurs proposent de financier le plafonnement des prix en prenant directement sur les marges et les profits de Total. Ces prises de position partent directement de la réalité vécue par les travailleurs et constituent un point d'appui pour construire une réponse plus globale, qui est une urgence vitale pour notre classe.
Pour autant, du côté des directions syndicales, la réponse reste enfermée dans le cadre fixé par le gouvernement, avec des appels à des aides ciblées aux secteurs pas concernés par les aides actuelles du côté de la CFDT. Dans son discours, Marylise Léon légitime la position anti-ouvrière et austéritaire du gouvernement, en expliquant qu'il « n'a plus les moyens d'arroser le sable, comme on l'a fait en 2022 ». Véritable coup d'épée dans l'eau à l'heure des profits records du CAC40, elle lance un « un appel aux entreprises et à l'État pour qu'ils fassent des aides ciblées », qui n'est rien d'autre qu'une logique de conciliation de classe alors que les profiteurs de guerre s'enrichissent sur le dos des travailleurs et des peuples opprimés.

De leur côté, la CGT et Sophie Binet ont revendiqué un « blocage des prix » en parlant à juste titre d'une « situation au moins aussi grave que le choc pétrolier de 1973 » et de l'urgence sociale qu'elle génère. Pour autant, cette revendication n'est adossée à aucun plan concret pour l'imposer au patronat et au gouvernement, dont la priorité est évidemment de préserver les profits et les marges des grands groupes pétroliers. Si cette position marque une opposition nette avec la ligne gouvernementale et met en cause les profits des majors, elle elle reste en deçà de ce qu'exige la situation et la diffusion de l'inflation à l'ensemble des biens essentiels.

Surtout, sans plan de bataille, sans mobilisation et sans revendication centrale sur les salaires, le blocage des prix reste une mesure abstraite. À ce stade, aucune échéance ni dynamique de lutte n'est proposée, alors même que la crise s'aggrave. Il faut donc aller plus loin : poser non seulement le plafonnement des prix, mais aussi l'augmentation immédiate des salaires et leur indexation sur l'inflation. Car face à une inflation qui s'installe et se diffuse à toute l'économie, il ne s'agit pas de bricoler des rustines, mais d'imposer une défense permanente du salaire réel.

Tendances à la guerre et crise sociale : il faut une riposte d'ampleur du mouvement ouvrier

La situation actuelle le montre clairement : la guerre, les profits des grandes entreprises et l'aggravation de la crise sociale sont indissociables. Déjà, certains responsables européens appellent à réduire la consommation en demandant de « rouler moins, voler moins », autrement dit à faire payer une fois de plus la crise aux travailleurs. Mais pendant que les classes populaires devraient se serrer la ceinture, les majors pétrolières continuent d'empocher des profits exceptionnels.

Face à cela, les premiers positionnements venus d'en bas, comme ceux des travailleurs de Total qui dénoncent les prix et revendiquent leur plafonnement, montrent la voie. Mais pour faire reculer le gouvernement et les profiteurs de guerre, il faudra bien plus : une riposte d'ampleur du mouvement ouvrier, capable d'imposer ses propres solutions, comme la baisse et le plafonnement des prix, mais aussi l'indexation des salaires sur l'inflation. La grève des raffineurs en 2022 a montré qu'il était possible de bloquer l'économie. Aujourd'hui, face à une inflation qui repart et à une attaque directe contre le niveau de vie, la question est posée à l'ensemble du mouvement ouvrier : se contenter d'accompagner la crise, ou organiser la lutte pour faire payer ceux qui en profitent.

Crédit photo : Capture d'écran France 3 Nouvelle-Aquitaine

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