Toulouse : le CHU va former des astronautes aux soins d'urgence pour préparer l'extractivisme spatial
Tue, 31 Mar 2026 21:50:36 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalLe CHU de Toulouse étend son rayonnement à l'international en devenant le premier Centre Hospitalier Universitaire européen à former les astronautes de l'Agence spatiale européenne (ESA) aux soins d'urgence adaptés aux missions spatiales. Un programme qui s'inscrit dans une course impérialiste pour le pillage des ressources de la Lune, dans un contexte de militarisation de la ville.

Le CHU de Toulouse est devenu l'unique établissement hospitalier universitaire en Europe à proposer une formation en soins d'urgence adaptée spécifiquement aux missions spatiales pour les astronautes de l'Agence Spatiale Européenne (ESA). « Ce programme unique vise à renforcer l'autonomie médicale des équipages dans des environnements extrêmes où la prise en charge de l'urgence est très contrainte », détaille le CHU.
Dans le cadre de cette formation, le CHU enseignera aux astronautes des gestes médicaux concrets, tels que la réanimation cardio-pulmonaire, l'intubation ou encore la prise en charge de traumatismes graves. Des compétences stratégiques à l'heure où l'exploration spatiale se projette vers des missions de longue durée, notamment en orbite lointaine ou vers la Lune, dans un contexte de compétition impérialiste pour l'extraction des ressources stratégiques dans l'espace.
Une compétition impérialiste pour le partage de l'espace
En effet, dans le cadre de l'ESA, la France participe au programme Artemis, un programme spatial dont l'objectif vise à implanter une base spatiale permanente autour de la Lune. Ce projet est conduit par la NASA en collaboration avec des entreprises privées, comme Space X, propriété du multimilliardaire et ex-bras droit de Trump, Elon Musk.
Alors que la compétition spatiale a connu une accélération après Chang'e 4, la mission robotique ayant permis à la Chine de réaliser un atterrissage sur la face cachée de la Lune, cette base permanente permettrait aux puissances impérialistes d'accéder à la face cachée de la Lune, un lieu de ressources énergétiques et minières naturelles rares en quantité importantes. En effet, au-delà de l'eau en quantité abondante, le sol lunaire contient de l'Hélium-3, considéré comme le carburant idéal pour la fusion nucléaire, ainsi que des métaux comme le titane, l'aluminium, le fer et des terres rares, indispensables pour l'industrie technologique et militaire.
La base lunaire constituerait ainsi un axe commercial stratégique dans un futur proche, dans une optique « d'expansion coloniale spatiale ». Le seul programme spatial de cette envergure ayant déjà vu le jour était le programme Apollo (1961-1972), lancé par les États-Unis dans un contexte de compétition pour l'exploration spatiale face à l'URSS, en pleine Guerre froide. Alors que les puissances impérialistes se livrent une compétition brutale pour l'extractivisme, à l'image des États-Unis et de la Chine pour les ressources naturelles en Amérique latine, cette course s'étend désormais au milieu spatial.
Toulouse, ville phare de l'aérospatial civil et militaire
Si le CHU de Toulouse a été désigné pour cette expérience, ce n'est pas le fruit du hasard : le « meilleur hôpital de France », outre la diversité de son offre de soin, est situé au cœur de la « capitale française de l'aérospatial ».
Fleuron historique de cette industrie, l'Occitanie revendique la première position française et européenne, en concentrant à elle seule 40 % des effectifs français et un tiers des emplois européens du spatial. Toulouse, avec l'implantation du CNES, de Airbus Defence and Space et de Thales Alenia Space, constitue un pôle de centres industriels et de recherche majeurs jouant un rôle clé dans le développement de l'industrie aérospatiale française, aussi bien dans le domaine civil que militaire.
Ainsi, l'ESA profite de la proximité du CHU avec le CNES (Centre National d'Études Spatiales) qui travaille étroitement avec l'agence spatiale européenne, de l'Institut de Médecine et de Physiologie Spatiale (Medes), « créé il y a plus de 35 ans par le CNES et le CHU de Toulouse pour favoriser ces synergies entre spatial et santé », mais également du pôle industriel aérospatial. En effet, dans le cadre du projet Artemis, l'ESA français participe à la mission au niveau financier, technologique et industriel, via Thales, très impliqué dans la construction de deux modules de la future station spatiale. Situé au cœur de cet écosystème, le CHU de Toulouse revêt une importance stratégique pour l'impérialisme français.
Refuser l'austérité et la militarisation !
Si l'on peut saluer la prouesse médicale du CHU de Toulouse de rendre autonomes des astronautes en orbite lointaine, la mise en place de ce programme interroge à plusieurs égards.
D'une part, sur le sens des priorités budgétaires en matière de développement de l'accès aux soins à Toulouse. Il y aurait de l'argent pour former des astronautes, mais il faudrait accepter l'austérité pour les soins essentiels : les urgences restent partiellement fermées, faute de moyens, une épidémie aussi banale que la grippe peut mettre en péril le fonctionnement de l'hôpital, et les centres de santé communautaires sont menacés de mettre la clé sous la porte suite au vote du budget austéritaire par le gouvernement, avec la complicité du Parti socialiste.
D'autre part, à l'heure où l'espace devient « un champ de bataille », le gouvernement veut faire de Toulouse la capitale de la militarisation, en développant l'industrie aéronautique et spatiale pour la guerre, avec la bénédiction du patronat qui voit dans ce tournant une nouvelle manne financière sur le dos des travailleurs, et du maire réélu, Jean-Luc Moudenc (divers droite), qui ambitionne de « soutenir la défense spatiale ».
Dans cet objectif, Emmanuel Macron était présent l'année dernière à Toulouse pour l'inauguration du Commandement de l'Espace, une base spatiale militaire, en étroit lien avec un Centre d'Excellence Spatiale de l'OTAN et le CNES. Une nouvelle étape visant à renforcer le complexe militaro-industriel dans une ville centrale pour l'impérialisme français et ses alliés européens. Ainsi, dans un contexte de réarmement européen, la course pour l'exploitation des ressources stratégiques de la Lune ne peut être détachée des objectifs militaires des puissances impérialistes.
Alors que le budget austéritaire du gouvernement offre des milliards à l'armée pendant qu'il approfondit la casse de l'hôpital public, il faut exiger dès à présent que l'argent du patronat de l'aérospatial serve pour répondre aux réels besoins de la population et soit investi massivement dans la santé, sous contrôle des travailleuses et des travailleurs, dans l'aérospatial comme dans la santé.
Alors que le pillage impérialiste ne conduit qu'à des interventions militaires brutales, comme le prouvent les opérations de Trump au Venezuela ou en Iran, tandis que le patronat de l'aérospatial est impliqué dans les pires atrocités telles que le génocide à Gaza ou encore les rafles de migrants commises par l'ICE, il faut refuser que le secteur de la santé à Toulouse soit réorganisé selon l'orientation militaire du gouvernement et que notre science soit mise au profit de l'impérialisme.
Comme l'expliquait Vanessa Pedinotti, travailleuse de l'aérospatial et ex-candidate aux élections municipales de Toulouse pour Révolution Permanente : « On doit refuser que notre travail et nos connaissances servent à la guerre et aux génocides. Ils devraient servir à améliorer les conditions de vie de l'ensemble de la population, pas aux intérêts de l'armée et du grand patronat de l'aéro ».
Crédit photo : siège du CNES