Torture de migrants : l'ancien directeur de Frontex accusé de complicité de crimes contre l'humanité
Mon, 30 Mar 2026 19:54:52 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalAccusé de complicité de crimes contre l'humanité et de torture, l'ancien patron de Frontex et troisième tête de liste RN Fabrice Leggeri pourrait bientôt être visé par une enquête. Une affaire qui révèle le rôle central de l'agence européenne dans la politique de chasse aux migrants menée par l'Union européenne.

L'Agence France-Presse (AFP) a annoncé qu'après près de deux ans de bataille judiciaire, un juge d'instruction allait bientôt être saisi pour enquêter sur l'eurodéputé du Rassemblement National (RN) Fabrice Leggeri. Il est accusé de complicité de crimes contre l'humanité et de torture, à la suite d'une plainte déposée par les associations Utopia 56 et la Ligue des droits de l'Homme (LDH). Cette plainte vise les ordres donnés par le patron de Frontex, l'agence chargée du contrôle des frontières extérieures de l'Union européenne, entre janvier 2015 et avril 2022, période durant laquelle il s'est illustré par sa gestion criminelle des frontières.
En effet, il aurait contribué à mettre en place une politique systématique de blocage de l'arrivée de migrants sur le territoire européen en facilitant le refoulement par les autorités grecques et les interceptions des embarcations par les garde-côtes libyens. Après un premier refus d'ouvrir une enquête en 2024, cette plainte a abouti à l'ouverture d'investigations sur décision, le 18 mars, de la cour d'appel de Paris.
Haut fonctionnaire passé par l'État français avant de devenir l'un des principaux artisans de la politique européenne de fermeture des frontières, Fabrice Leggeri a fait carrière dans la chasse aux étrangers. Après un passage au ministère français de l'Intérieur, où il travaille de 1996 à 1999 sur les questions de trafic transfrontalier, de frontières et de visas, il dirige ensuite l'agence Frontex de 2015 à 2022, lorsque l'Union européenne agite le risque d'une « crise migratoire » pour mettre en place un saut sécuritaire.
Son mandat est marqué par de nombreuses accusations de refoulements illégaux, des « pushbacks », qui conduisent finalement à sa démission en 2022 après une enquête de l'Office européen de lutte antifraude (OLAF). Depuis 2024, il a rejoint le Rassemblement national et siège au Parlement européen, où il défend un renforcement toujours plus brutal des politiques de chasse aux migrants aux frontières de l'Europe forteresse.
Cette affaire éclaire le rôle de l'agence Frontex dans la militarisation des frontières européennes. Créée en 2004, elle est progressivement devenue une véritable police surarmée des frontières à l'échelle continentale. Sous la direction de Leggeri, ses moyens ont explosé : augmentation du budget de 54 % dès 2015, création de 10 000 postes de gardes-frontières d'ici 2027, contrats signés avec Airbus et des entreprises d'armement israéliennes pour se fournir en hélicoptères, en avions de reconnaissance et en drones qui serviront immédiatement à renforcer les opérations de surveillance et d'interception en Méditerranée, tout en augmentant les pouvoirs de l'agence.
En plus du refoulement illégal, l'agence est accusée de dissimuler des preuves des meurtres commis par des garde-côtes, voire de leur avoir fourni un soutien logistique et financier pour intercepter et tuer aux frontières. L'agence aurait notamment transmis les coordonnées d'embarcations aux garde-côtes grecs ou utilisé ses moyens de surveillance aériens pour permettre aux forces libyennes d'intercepter des bateaux de migrants. L'agence aurait également permis la déportation des étrangers arrêtés vers la Libye, où ils sont exposés à la détention arbitraire, à la traite d'êtres humains, aux violences sexuelles et à la torture. Depuis 2014, plus de 40 000 personnes sont mortes ou ont disparu en tentant de rejoindre les côtes européennes en Méditerranée.
L'ouverture de cette enquête met donc en lumière le rôle de la direction de l'agence Frontex dans cette situation. Mais elle doit aussi poser une question plus large : celle de la responsabilité politique des institutions qui organisent, depuis des années, la fermeture des frontières. Les pratiques dénoncées s'inscrivent dans une politique migratoire décidée par l'Union européenne et ses États membres. Alors que l'UE continue de renforcer les capacités de Frontex, qui dispose déjà d'un budget et d'effectifs en forte croissance, elle multiplie les dispositifs pour s'attaquer aux migrants : projet de création d'une « ICE européenne », création de « hubs retours » destinés à favoriser les expulsions, mise en place du pacte Asile-Immigration.
Face à cette situation, une réponse est possible. Aux États-Unis, à Minneapolis et dans l'ensemble du Minnesota, des dizaines de milliers de personnes ont montré comment l'organisation de la solidarité pouvait permettre de faire reculer les politiques anti-immigrants de Trump. À l'heure où les guerres, les crises et les politiques impérialistes poussent des millions de personnes sur les routes de l'exil, la riposte ne peut être que profondément internationaliste et anti-impérialiste. Face à l'Europe forteresse et à la montée des politiques racistes, il est nécessaire de défendre une perspective radicalement différente : l'abolition de Frontex et de tous les dispositifs répressifs visant les personnes migrantes, et l'ouverture sans conditions des frontières européennes.